72 ans plus tard…

La ministre de la défense allemande s'attaque -enfin !- à l'héritage de la Wehrmacht qui est encore vivant dans la Bundeswehr. Ce qui est assez incroyable.

Et il y en a qui osent dire que Helmut Lent (dans le cercueil, au pupitre Herrmann Göring) n'était pas proche du nazisme... Foto: Bundesarchiv Bild 183-J27851 / Lange, Eitel / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(KL) – Mais que fait l’hiérarchie de l’armée allemande, la Bundeswehr ? Le cas du lieutenant Franco A., stationné à Illkirch au Jägerbataillon 291, a déclenché une attention nouvelle sur ce qu’il se passe dans la Bundeswehr. Et à bien y regarder, c’est assez incroyable. La Bundeswehr maintient et soigne l’héritage de la « Wehrmacht », soutenant ainsi la vieille légende qui veut que la « Wehrmacht » et les nazis faisaient deux. Maintenant, c’est à la ministre de la défense Ursula von der Leyen de faire le ménage dans une structure qui semble encore rêver d’une époque honteuse.

Et – la Bundeswehr ne cache même pas son admiration pour la « Wehrmacht », ayant nommé même des casernes d’après des soit-disants « héros » de la « Wehrmacht » qui n’étaient autres que des criminels de guerre, des tueurs, des bourreaux, ce que certains révisionnistes souhaitent remettre en question. Ainsi, une caserne à Rotenburg (Basse-Saxe) porte le nom de Helmut Lent. En dehors des militaires et historiens allemands, personne ne sait qui était Helmut Lent.

Helmut Lent était un aviateur militaire et une figure de propagande des nazis, un soldate hautement décoré ayant causé la mort de nombreuses victimes pendant la IIe Guerre Mondiale. Ce n’est que maintenant que la municipalité de Rotenburg s’en est rendue compte et suite à un vote au conseil municipal, la ville est intervenue auprès de la Bundeswehr. Mais celle-ci reste assez sourde dans ce dossier.

Une initiative citoyenne réclame à ce que cette caserne soit rénommée en « Caserne Helmut Schmidt » d’après l’ancien chancellier allemand, pour mettre enfin un terme à cette vénération de vieux nazis. Et si aujourd’hui, un conseiller municipal CDU à Rotenburg déclare que des « recherches approfondies » n’aient pas produit des preuves d’une « attitude nationalsocialiste » de Helmut Lent, cet homme « oublie » allègrement que lors de l’enterrement de l’aviateur en 1944, un certain Herrmann  Göring avait prononcé une allocution…

Et cela relance le débat en Allemagne, car pendant plusieurs décennies, les générations ayant participé à la guerre avaient maintenu cette légende que les soldats de la Wehrmacht n’étaient que des simples soldats sans aucun rapport avec les nazis. Foutaises ! Si on peut discuter de la culpabilité individuelle des simples soldats incorporés dans l’armée sans qu’on leur demande leur avis, l’état-major de la « Wehrmacht » était l’un des piliers du système nazi et le fait qu’on honore encore aujourd’hui cet héritage lourd et cruel au sein de la Bundeswehr, est un scandale.

Une douzaine de casernes concernées – Le ministère d’Ursula von der Leyen est sur le coup et il est grand temps que la ministre intervienne. Actuellement, une douzaine de casernes de la Bundeswehr portent les noms d’anciens de la « Wehrmacht » qui, sans exception, sont vénérés comme des « héros » pendant la IIe Guerre Mondiale. Mais quand est-ce qu’on comprendra enfin qu’il n’y a pas eu de héros pendant la IIe Guerre Mondiale en Allemagne, à l’exception des citoyens courageux et peu nombreux qui cachaient des juifs et d’autres victimes de ce régime barbare et de cette poignée de résistants comme les Scholl ou Georg Elser qui, isolés, tentaient l’impossible ?

Pendant longtemps, la Bundeswehr n’a pas été molestée dans ce « travail de mémoire » plus que dérangeant. Maintenant, l’attention se tourne enfin sur la Bundeswehr et on découvre ces noms. Cette vénération de hauts militaires du système nazi ayant fait, à l’époque, la « gloire » de ce régime barbare, est insupportable.

Si Ursula von der Leyen souhaite maintenant mettre un terme à cette glorification écoeurante, elle se heurte encore à la résistance de la Bundeswehr qui, étrangement, fait valoir une « tradition ». Il est inconcevable qu’une « tradition » consiste à perpétuer et honorer des noms de personnes ayant porté des responsabilités dans le système nazi.

A Rotenburg, lors d’un vote des soldats sur le nom de leur caserne, une majorité s’est exprimée en faveur du nom terrible qu’elle porte. Ceci qui indique que le cas de Franco A. ne représente que le pic de l’iceberg et que la mémoire de la « Wehrmacht » continue à être soignée au sein de la Bundeswehr. En 2017.

A la ministre de nettoyer ces écuries d’Augias. 72 ans après la fin de cette horrible guerre, force est de constater que la bête n’est toujours pas morte. Il faut donc continuer à la combattre.

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