Balkans : Bloquer l’élargissement de l’UE ?

Un geste discutable de la France et une résolution difficile

A Skopje (Macédoine), des Penseurs pensent à l'Europe Foto: jjmusgrove/Wikimédia Commons/CC-BY-SA 2.0Gen

(Marc Chaudeur) – Le blocage tonitruant de l’élargissement de l’UE à de nouveaux membres (in extenso l’Albanie et la Macédoine du Nord), alors même qu’il est encore question de l’entrée de leurs voisins, la Serbie et le Monténégro) a suscité de nombreux et assez violents remous. Mardi dernier à Bruxelles, notamment, lors de la réunion des ministres des Etats membres.Mais que faire ? Imposer de nouveaux impératifs qui s’ajouteraient aux innombrables actuels ? Remettre à plus tard (ce qui revient au même) ? Passer outre ?

Certes, les institutions de l’UE ne fonctionnent pas merveilleusement bien, pour des raisons multiples et contrastées. On est surtout frappé, bien évidemment – c’est le cas d’Emmanuel Macron – des différences de perception entre les Etats de l’Ouest, ceux de l’Europe Centrale et ceux des Balkans : les cas les plus criants sont ceux de la Hongrie d’Orbán et de la Pologne de Kaczynski. Deux Etats membres qui heurtent sans cesse les principes mêmes de l’Union, malgré l’immense bénéfice économique et les transformations de ces sociétés rendues possibles par les massives subventions européennes.

Du côté des Balkans, disons le franchement (nous en avons parlé assez longuement ici même…) : qu’il s’agisse de pays ayant depuis plusieurs années intégré l’UE (la Croatie, la Roumanie, la Bulgarie…), ou de pays ayant demandé leur adhésion, on constate un schéma grosso modo commun : une corruption qui fait partie du fonctionnement des structures politiques mêmes, un discours pro-européen opportuniste et souvent peu convaincant, une xénophobie d’État qui nuit à tout discernement… Quoi d’étonnant alors que Macron – mais pas seulement lui ; on a seulement moins médiatisé les autres – veuille faire une pause dans les négociations de ces Etats pour l’entrée dans l’UE ?

Pourtant, mardi dernier à Bruxelles, la discussion a été chaude, à juste titre. Objet de cette rencontre : ramasser les débris, et donner un signal positif à la région (i.a. aux Balkans occidentaux). Mais la veille, la France avait lancé une série de considérations (des propositions ? Pas sûr…) sur l’ élargissement, comme on lance un hamster sur un jeu de monopoly. Le document comprend… des considérations sur l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du Nord. Celle-ci devrait reposer, y lit-on, sur 4 principes : le rapprochement effectif de ces pays à l’égard de l’UE, par delà tous les « blocs » politiques plus ou mois polarisés (ex : Visegrad) ; le respect des normes et valeurs européennes dans des conditions durables ; des avantages concrets et un soutien accru pour les candidats ; et enfin, le processus complet doit être irréversible.

Cela suppose, dit le même document, une réforme de l’UE. Mais quelle réforme ? Mystère et boule de gomme. Et bien des Etats membres soupçonnent Paris de vouloir simplement retarder l’élargissement aux calendes grecques. Six pays (Italie, Autriche, Slovénie, Tchéquie, Slovaquie, Pologne) ont ainsi écrit une Lettre de protestation à Juncker pour réclamer la poursuite sans délai du processus.

Sans entrer dans les détails : le document français évoque 7 étapes nécessaires à l’élargissement, de la réforme de la justice à l’ajustement économique, social, éducatif et financier. Et au lieu des 35 chapitres que comprend le processus actuel, le Conseil des ministres de l’UE devrait décider, sur recommandation de la Commission, de l’ouverture et de la décision finale de chacun de ces 35 points. Inconvénient majeur, selon ses critiques (pertinents) : les considérations politiques jouent un rôle considérable dans ce genre de discussions et de négociations.

En Albanie et en Macédoine du Nord, la perte de confiance dans l’UE est énorme, et sera difficile à réparer. La Macédoine du Nord est candidate depuis 2005 ; recalée 10 fois, elle a fourni des efforts considérables, et même changé de nom, au grand dam des nationalistes de la Grèce limitrophe. Mais précisions tout de même que si crise politique il y a dans ce pays (Zoran Zaev, le Président du gouvernement, annonce des élections anticipées en 2020), c’est au moins autant imputable à des affaires de corruption auxquelles Zaev est lié… plus qu’étroitement.Intimement. Reste évidemment que, comme nous le répétons souvent ici, là où l’UE se retire, les autres puissances avancent comme la marée : la Turquie, la Russie, la Chine, les Emirats arabes sont depuis longtemps ultra présentes dans les Balkans – mais l’absence de l’UE ne fera que précipiter le mouvement et l’aggraver.

Peut-être y aurait-il une solution, point mauvaise ; le dirigeant de l’ISE (Initiative de Stabilité Européenne), Gerald Knaus, suggère à plusieurs Etats membres de proposer à l’Albanie et à la macédoine du Nord d’intégrer l’Espace Economique Européen : ils deviendraient ainsi membres de facto, en participant au marché intérieur européen. Avantage supplémentaire : ces Etats ne disposeraient pas du droit de veto dans les décisions de l’UE, ce que redoutait Macron.

Pour l’instant, rien n’a été décidé, malgré la gravité et l’urgence de la situation. Rendez-vous au printemps prochain sur ce thème de l’élargissement. A ce moment, la nouvelle Commission Européenne sera dans son plein exercice. En attendant, il fait froid à Skopje, froid à Tirana.

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