Catalogne : face à la mondialisation, le « régionationalisme »

Nous ne sommes plus en 1936, la Catalogne ne se bat pas contre les fascistes franquistes. Le référendum sur l’indépendance constitue, dans le fond, le déni du monde d’aujourd’hui.

2017 n'est pas 1936 et le combat de la Catalogne est l'expression d'un nouveau "régionationalisme". Foto: Nationaal Archief NL / Wikimedia Commons / PD

(KL) – Les violences des forces de l’ordre espagnoles pour empêcher le référendum en Catalogne sont terribles. Des centaines de blessés, des bureaux de vote dévastés, l’état espagnol a voulu faire passer un message autoritaire. Et si ces violences policières représentent un dépôt de bilan du processus démocratique, force est de constater que les gouvernements en Europe auraient probablement réagi de la même manière.

Est-ce que Berlin regarderait les bras croisés si la Bavière organisait un référendum sur son indépendance de la République Fédérale ? Est-ce que Rome ne réagirait pas si le Tyrol du Sud faisait voter sa population sur la sortie de la République Italienne ? Est-ce que Paris permettrait un référendum en Alsace ou en Bretagne sur l’indépendance de ces régions de la République Française ?

Les images du weekend en provenance de la Catalogne, ressemblent à celles de 1936 et du combat de la Deuxième République espagnole face aux putschistes de Franco. Cette guerre civile en Espagne constituait une étape importante dans la montée du fascisme en Allemagne puisque les nazis avaient combattu avec les fascistes espagnols. Cette mémoire collective, ces images des Républicains qui, mal équipés, tentaient de stopper le fascisme, explique en partie la sympathie que certains éprouvent pour l’envie d’indépendance de la Catalogne. Mais nous sommes en 2017 et non plus en 1936. Et quelque part, cette lutte pour l’indépendance n’est autre que le déni d’un monde globalisé.

L’Europe, pendant des siècles, a vécu ce que la langue allemande décrit si bien avec le terme « Kleinstaaterei » (système des petits états). Et cette « Kleinstaaterei » se trouvait à la base d’une histoire belliqueuse de notre continent qui n’a trouvé sa fin qu’avec la création des institutions européennes le lendemain de la IIe Guerre Mondiale. A titre d’exemple, avant la création de l’état allemand en 1871, le territoire allemand était composé d’environ 350 états et mini-états, avec autant de frontières, monnaies et conflits. Est-ce que c’est vers cet état des choses que l’Europe veut revenir ?

Les états et les régions doivent redéfinir leurs relations et les adapter aux réalités de l’ère de la Révolution Technologique. Il est quelque part logique que face à la mondialisation, la question identitaire mérite davantage de considération. Cette identification avec son territoire, avec sa région, passe aussi par une gestion selon le principe de la subsidiarité et une forte autonomie dans le domaine des langues régionales ou dans la culture. Les gens ont besoin de pouvoir s’identifier à leur terroir, à leur région, mais il ne faut en aucun cas que cela conduise à une sorte de « régionationalisme » – l’Europe a déjà vécu ce système et de millions de victimes de cette vision du monde devraient nous rappeler qu’il convient de faire autrement.

Pour survivre dans le monde d’aujourd’hui, ce « régionationalisme » politique ne constitue pas la bonne réponse. Le conflit entre la Catalogne et l’Espagne le montre une nouvelle fois. Et c’est le moment où on aimerait entendre davantage une institution européenne bien trop timide – le Conseil de l’Europe. Le Conseil de l’Europe dispose d’une structure, l’Assemblée des Régions de l’Europe, qui devrait se faire fort pour cette redéfinition des relations entre les états et les régions. On ne peut pas faire fi de ce besoin d’une identité régionale dans un monde globalisé, et en même temps, on ne devrait pas affaiblir l’Europe par un fractionnement en petits états ou même mini-états. L’Europe doit s’affirmer dans le concert mondial et non pas s’enliser dans ce « régionationalisme » qui lui, nous ramènerait droit vers les travers du Moyen Age. A quand une proposition en ce sens de la part du Conseil de l’Europe et de l’ARE ?

3 Kommentare zu Catalogne : face à la mondialisation, le « régionationalisme »

  1. Un autre point de vue est envisageable à celui de “régionationalisme” : cette revendication d’autonomie régionale est peut-être également une réponse à la perte de contrôle démocratique de plus en plus importante et accélérée des populations des États européens.

    Les gouvernements européens appliquent des politiques qui sont largement rejetées par les populations, qui n’ont plus aucun contrôle démocratique : quoi qu’elles votent, c’est une politique pro-finance qui est pratiquée. Et on constate que plus c’est grand, moins c’est contrôlable par la population : quel est le levier démocratique sur la politique européenne?

    Dernières cartouches : votes extrêmes (France et Allemagne récemment), recherche de l’indépendance locale en espérant pouvoir reprendre sa destinée en main…

    Par ailleurs, volonté d’indépendance ne signifie pas rejet de l’Europe : il faut rappeler qu’actuellement si l’Écosse se pose la question de son indépendance vis à vis des Royaumes-Unis, c’est justement pour RESTER dans l’UE.

    Donc tout analyser sous le seul angle du repli sur soi et de la peur de mondialisation me semble très superficiel et n’aboutit qu’à formuler des jugements de valeurs.

    • Eurojournalist(e) // 4. Oktober 2017 um 12:58 // Antworten

      Oui, mais l’Ecosse réagit au “Brexit” qui lui est imposé, l’Ecosse ayant voté majoritairement contre le “Brexit”. Je crois que la portée de la question est plus large – comment organiser nos systèmes politiques et électoraux plus en phase avec les réalités du monde d’aujourd’hui ? Voter extrémiste ne peut en aucun cas constituer une réponse et je suis désolé, ce “régionationalisme” n’est autre que le repli sur soi, l’expression d’une angoisse face à la mondialisation, l’expression du besoin d’une identification et réalité locale ou régionale. Il faut en tenir compte de ce besoin tout à fait compréhensible dans l’élaboration de nos systèmes de demain…

      • Pour l’Écosse, il me semble qu’on est d’accord : réaction d’une population qui se voit imposée un choix qu’elle n’approuve pas…

        Et relisez-moi : je ne dis absolument pas que le vote extrémiste est une réponse (comme solution), je dis qu’il s’agit à mon avis d’une réaction d’une partie de la population. De même pour les phénomènes d’indépendances locales qui peuvent être interprétées comme une autre réaction pour tenter une reprise en main de la politique. Notez bien qu’il ne s’agit pas d’une approbation, mais d’une explication possible. Et tenter de comprendre n’est absolument pas justifier : c’est se donner les moyens d’agir, à bon escient.

        Et justement pour pouvoir “organiser nos systèmes politiques et électoraux plus en phase avec les réalités du monde d’aujourd’hui”, il faut comprendre. Alors qu’est-ce qui vous permet de réduire la démarche catalane au nationalisme? Rien, vous vous contentez de donner une opinion, en la paraphrasant (que le nationalisme est un repli sur soi est une tautologie) mais sans l’étayer, et surtout en excluant tout autre facteur.

        Or en partant du postulat que des millions d’européens sont soit des gros cons, soit de pauvres créatures apeurées, vous vous privez de toute compréhension fine et plus proche de réalité, et les seuls réponses possibles seront celles qui s’adressent aux gros cons apeurés, et tant pis pour les autres…

        Certes le format court de vos articles ne permet peut-être pas de longues et fines analyses, mais il n’oblige pas non plus je pense au manichéisme.

        Bien cordialement,

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