Changeons de voie !

Edgar Morin, dans un ouvrage paru après le confinement, tirant les leçon du coronavirus, nous invite à changer de voie.

Edgar Morin à Porto Alegre en 2011. Foto: Fronteiras do Pensamento / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 2.0

(Jean-Marc Claus) – Peu de temps après le confinement qui figea la France durant 55 jours, c’est-à-dire autant que le siège du quartier des ambassades à Pékin lors de la Révolte des Boxers 120 ans plus tôt, Edgar Morin, le sociologue quasi centenaire, publiait un ouvrage assez peu médiatisé intitulé « Changeons de voie ». Ceci expliquerait-il le peu d’empressement de nos contemporains, dont nombre de politiques, à s’en approprier le contenu ? Il est vrai qu’Edgar Morin ne s’embarrasse pas de périphrases et de formules creuses du genre « Plus rien ne sera comme avant. ».

Dans un préambule autobiographique allant de la grippe espagnole, dont il se dit victime (collatérale) car né-mort et réanimé, jusqu’à la pandémie de Covid-19, dont il s’estime jusqu’ici survivant, il trace à grand traits l’évolution de notre société. Rien que ces 16 pages donnent déjà matière à réflexion car, ne cédant en rien à la tentation du culte de la personnalité, Edgar Morin met en perspective son parcours et les tribulations du siècle écoulé depuis 1921. Une belle leçon d’humilité pour certaines personnes publiques s’échinant à entrer dans l’histoire, fut-ce à l’aide d’un chausse pied médiatique !

L’ouvrage, se voulant accessible à tous, développe la thématique annoncée sous la forme d’un triptyque. Aux leçons du coronavirus succèdent les défis de l’après-corona, pour en arriver à la méthode permettant de changer de voie. Un programme politique en somme, pour un non-candidat à quelque élection que ce soit, Edgar Morin se plaçant bien au-dessus des batailles électorales reflétant avant tout des querelles d’égo.

Il pourrait, par contre, s’avérer judicieux, de souffler à l’oreille des prétendant(e)s à la présidence de la république, que ses idées développées en 2020 et applicables dès à présent, ne seront pas défraîchies durant la période 2022-2027. Encore faut-il que des candidat(e)s acceptent de promouvoir et de porter les changements radicaux proposés par le sociologue-philosophe. S’il n’y a en l’espèce, aucun espoir à droite de l’arc politique, et encore moins du côté de la Macronie, sur la gauche rien n’est encore gagné, la logique mélanchonienne d’archipel ne facilite pas les convergences.

Or, il est urgent d’arrêter, tant de ne rien faire, que d’en avoir rien à faire. Les propositions énoncées par Edgar Morin peuvent être portées par un large rassemblement à gauche se montrant inclusif envers celles et ceux qui, sans étiquettes politiques, se sentent concernés et veulent agir. Agir, car c’est ce que prône le docteur honoris causa de 14 universités situées sur 3 continents. Alors  mettons-nous à son école.

Pour lui, point de révolution, car les révolutions soviétiques et maoïstes produisant une oppression contraire à leurs ambitions  initiales d’émancipation, ont fini par instaurer ce qu’elles s’étaient promises de liquider : le capitalisme et la religion. Edgar Morin ne parle pas de projet de société et, peut-on aisément imaginer, assurément pas en braillant le mot projet depuis une tribune ! Notion statique, le projet de société est pour lui en totale inadéquation avec un monde en continuelle transformation.

La nouvelle voie, esquissée par le philosophe-sociologue, procède d’abord de l’éveil des consciences. Ensuite, il développe les concepts de politique de nation sans nationalisme, de politique civilisation sans choc des civilisations, de politique d’humanité allant au delà de l’humanitarisme, et de la terre sans « gaïalâtrie ». L’humanisme régénéré prôné par Edgar Morin, clef du changement de voie nécessaire à notre société, se fonde aussi sur un principe réaliste d’espérance. D’où son affirmation : « L’espoir n’est pas certitude, il porte la conscience des dangers et des menaces, mais il nous fait prendre parti et faire pari. ».

« Changeons de voie – les leçons du coronavirus »
Edgar Morin avec la collaboration de Sabah Abouessalam
Éditions Denoël, 155 p,  DL 06/2020, 14,90 €

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