Conjoncture en Alsace : toujours des lueurs d’espoir…

… mais pas de réel redressement !

Les chiffres montrent un léger mieux pour la conjoncture en Alsace, avant que la région ne soit fusionnée le 1er janvier 2016. Foto: Sting, modifications par Wikiline / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(Par Alain Howiller) – «Des lueurs d’espoir, mais pas encore de sortie du tunnel», c’est ce que j’écrivais, ici même (eurojournalist.eu du 23 Septembre), il y a quelques 6 semaines, pour commenter la conjoncture en Alsace : les dernières statistiques publiées n’infirment malheureusement pas cette analyse, même si elles établissent que la situation a continué à s’améliorer quelque peu et à un rythme supérieur à celui enregistré sur le la plan national. Jusqu’ici la situation se dégradait plutôt davantage par rapport au plan national.

C’était notamment le cas du chômage où l’Alsace, après avoir enregistré des résultats meilleurs que ceux enregistrés sur le plan national, avait vu sa situation se dégrader au fil des derniers mois. Au vu des derniers éléments publiés, la situation s’est (provisoirement ?) inversée : alors que le chômage a régressé de 0,7% sur le plan national selon les derniers chiffres disponibles (début octobre), la régression a été de 1,2% en Alsace par rapport au mois précédent. Un élément de satisfaction qu’il faut néanmoins relativiser car les données restent supérieures à celles affichées il y a un an !

Au final, le constat dressé par la Direction régionale de la Banque de France reste prudent : «Corrigée des variations saisonnières, la production industrielle et les livraisons apparaissent sans relief en septembre. La progression des commandes assure le simple renouvellement des carnets. L’activité et la demande évoluent favorablement dans les services. Une hausse de la production industrielle et de l’activité dans les services est attendue en octobre», souligne l’analyse de la conjoncture.

Une légère amélioration du climat des affaires ! – L’indicateur du climat des affaires passe de 97 à 99 en Alsace, alors qu’il passe de 98 à 97 sur le plan national. Alors que, sur an, les défaillances d’entreprise ont diminué (- 2%) en Alsace, l’observatoire de l’économie alsacienne(1) constate lui aussi, une relative amélioration de la situation économique de la région : 58% des chefs d’entreprise (contre 54% précédemment) consultés dans le cadre de cet observatoire estiment que leurs carnets de commande vont se maintenir, 75% d’entre eux (contre 73%) estiment, quant à eux, que les effectifs vont se maintenir, mais 56% (contre 59%) pensent que leur rentabilité va se maintenir (16% contre 9% lors de l’enquête précédente pensent qu’au contraire qu’elle va s’améliorer alors que 27% contre 31% pensent qu’elle va se dégrader).

Alors que le taux de chômage (9,2%) reste élevé, c’est évidemment l’emploi qui préoccupe le plus l’opinion relativement peu sensible à la légère amélioration relevée plus haut. Alors que l’URSSAF-Alsace («Union de Recouvrement des Cotisations de Sécurité Sociale et d’Allocations Familiales») souligne que la masse salariale continue, malgré la situation, à progresser (+0,8% sur un an, contre +1,4% sur le plan national), l’INSEE-Alsace(2), dans une analyse qui vient de paraître et qui porte sur les résultats du deuxième trimestre 2015, note : «Sur un an, la région a perdu 3.500 emplois. En France métropolitaine, l’emploi progresse très légèrement (+0,2%). Qu’il soit orienté à la baisse ou à la hausse, l’emploi évolue moins favorablement en Alsace qu’au niveau national dans tous les grands secteurs d’activités».

Du Bade-Wurtemberg aux cantons suisses. – La même analyse relève que : «Avec +2,3%, la croissance dans le Bade-Wurtemberg reste soutenue au deuxième trimestre, après un premier trimestre vigoureux… Sur les 6 premiers mois de 2015, la croissance atteint +3,1% dans le Land… Le produit Intérieur brut (PIB) en Rhénanie-Palatinat a progresse de 1,2% , la croissance du Land est (là aussi) soutenue par l’industrie dont le chiffre d’affaires est en hausse de 1,4%, mais surtout par les services (+3,1%). En Suisse, le PIB a progressé de 0,2%… 577.000 emplois sont enregistrés en Suisse du Nord-Ouest, soit une augmentation de 0,4% en comparaison annuelle, mais en net repli par rapport au premier trimestre 2015. Le nombre des frontaliers résidant en Alsace et travaillant dans les cinq cantons de la Suisse du Nord-Ouest augmente de 3% entre 2014 et 2015… Le taux de chômage de la Suisse du Nord-Ouest recule d’un point à 3,1%».

Depuis ces éléments du début de l’été, les dernières statistiques nous livrent un taux de chômage de 6% en Allemagne (pour 3,3% en Bavière, 3,7% au Bade-Wurtemberg, 4,8% en Rhénanie-Palatinat) et de 3,2% en Suisse (2,7% en Bâle-Campagne et 3,8% à Bâle-Ville). (voir aussi eurojournalist.eu des 1er et 12 Octobre).

Pas suffisant pour réduire le chômage ! – En présentant l’état de la conjoncture en Alsace, le Directeur de la Banque de France-Strasbourg Philippe Gabarra avait précisé qu’à son sens : «L’amélioration du climat des affaires est largement insuffisante pour faire reculer le chômage». Pour cela, il faudrait une relance importante des investissements que l’appréciation de la rentabilité de leurs entreprise ne laisse guère espérer. Il faudrait que les chefs d’entreprise puisent dans la politique menée des éléments de confiance déterminants : cette politique comporte des éléments positifs (comme le «Crédit d’Impôt pour la compétitivité et l’emploi-CICE», qui allège les charges des entreprises), mais dont la visibilité est sans cesse remise en cause en raison de la politique des «trois pas» (un pas en avant, un pas en arrière et un… pas de côté !) et des contestations incessantes au sein de la majorité des «cadeaux aux entreprises» ! C’est ce qui a conduit 20 patrons du CAC-40 à publier une sorte de manifeste dénonçant le climat que vivent les entreprises françaises aujourd’hui.

Oubliant le tassement de l’euro, la baisse des coûts de l’énergie, les taux d’intérêt bas, le CICE, une amélioration (légère, mais tout de même !) que l’INSEE vient de relever dans une nouvelle étude, ils expriment le sentiment d’être dénigrés, insultés, pas aimés alors que, selon eux, la croissance tarde, que le coût du travail continue de peser, que les capitaux pour investir manquent, que la concurrence continue de croître.

Un test : la réforme du code du travail ! – Déjà oubliées, les séances de «câlinothérapie» déployées par le Premier Ministre et son Ministre de l’Economie qui affirmaient «aimer les entreprises» ? La procédure de réforme du code du travail permettra, sans doute, d’apporter des éléments de réponse attendues par les entrepreneurs : les débats les rassureront ou, au contraire, renforceront leurs convictions négatives.

En attendant, l’Unedic, le régime d’assurance-chômage, qui avait annoncé pour l’été 2015, un reflux du nombre des demandeurs d’emplois, a corrigé ses prévisions. Malgré la légère amélioration notée plus haut, elle ne prévoit pas de baisse du chômage avant l’année prochaine. Prudente, elle estime qu’à la fin 2016, le taux de chômage aura régressé de 10 à 9,7% ! La réalité nous montrera ce qu’il en sera, y compris dans cette Alsace qui s’apprête à s’insérer dans la «méga-région» de l’Est : Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne.

(1) L’observatoire a été créé, on le sait, par l’Ordre des Experts Comptables d’Alsace, le Crédit Agricole Alsace-Vosges et le quotidien «DNA». Réalisée tous les trimestres, il s’agit là, réalisée avec le concours de «l’Ecole de Management de Strasbourg-EMS», de la 49ème consultation de l’Observatoire.

(2) L’étude de l’INSEE-Alsace a été réalisée par Corinne Challand, Nicolas Deboudt, Marie-José Durr, Marie-Laure Kayali et Philippe Marchet.

1 Kommentar zu Conjoncture en Alsace : toujours des lueurs d’espoir…

  1. Alexis LEHMANN // 14. November 2015 um 11:16 // Antworten

    Bravo à Alain HOWILLER pour cet article très documenté qui reflète bien la situation alsacienne et sa dépendance par rapport à ses voisins rhénans.

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