En 1349, la Saint-Valentin à Strasbourg

Exclus de toute provenance, unissez-vous !

Migrants à la gare de l'Est (Keleti) de Budapest Foto: Elekes Andor / Wikimédia Commons / CC-BY-SA 4.0Int

(Marc Chaudeur) – La Fête rose bonbon, la Fête des Zamoureuh ? Oui oui, mais pas seulement. Ce jour là, le 14 février 1349, 2000 juifs environ ont été brûlés dans Strasbourg, accusés d’avoir empoisonné les puits, d‘avoir propagé la peste, d’avoir sacrifié le p’tit Jésus, et autres accusations patibulaires qui manifestent la pathologie collective du bon peuple. « Hommes et femmes, enfants et vieillards furent égorgés sans pitié, rapporte un tanneur témoin du pogrom. Dans les maisons incendiées, des familles entières disparurent sans laisser de trace ». « Mais nos enfants aussi sont touchés par la peste ! », remarque un vieillard juif. Réponse du gros Herrmann, boucher : « Quand on a tué le fils de Dieu, on peut bien empoisonner un de ses enfants, pour faire croire à son innocence ! On sait à quel point vous êtes rusés, vous, les juifs !». Paranoïa collective, en somme.

Aujourd’hui, le Cercle Menahem Taffel et Georges Federmann vont draper la statue de la place de la République de crêpe noir, comme elle le fait depuis plusieurs années. Une commémoration ? Oui, mais pas seulement, et pas dans un esprit étroitement communautariste. Si les grandes lignes du pogrom médiéval seront rappelées, il s’agit essentiellement pour le Cercle et pour Georges d’exposer la condition universelle de l’exclu. L’actualité est tragique ; elle l’est pour des millions d’êtres humains, en Europe comme ailleurs – mais c’est essentiellement en Europe que nous pouvons y changer quelque chose.

La première fois que la statue a été drapée de noir, c’était en 1953 : au moment du Procès de Bordeaux, lorsque les incorporés de force alsaciens dans la Wehrmacht ont été jugés sans nulle compréhension de la situation et discriminés. Oui, cette histoire appartient à la longue cohorte des exclusions que vit l’humanité, sans cesse, et peut-être toujours davantage. Ce qu’ont vécu les Alsaciens de la première moitié du 20e siècle et ce que vivent aujourd’hui les minorités et les personnes victimes de ce que Georges a appelé « la jouissance du pouvoir d’exclure » des puissants et des moins puissants. Ainsi donc, le travail de mémoire et d’évocation doit s’ élargir et s’ouvrir à toute souffrance et à toute exclusion.

La rencontre, cette année, sera plus précisément centrée sur :
- une protestation contre les pratiques des médecins de l’OFII, qui rejettent massivement les dossiers médicaux des migrants alors même qu’ils sont soutenus par les médecins traitants,
- la protestation contre le « délit d’ hospitalité » et la condamnation des militants qui font simplement œuvre humaine d’accueil et d’hospitalité envers des personnes abandonnées à elles-mêmes sur la grande route, à des milliers de kilomètres de leur pays d’origine.

Rendez-vous donc à Strasbourg, Place de la République, à 12h45, au pied de la statue – et au pied du ginkgo biloba offert en 1880 à Guillaume II, l’ occupant virtuel du Palais à gauche en face, par l’Empereur du Japon…

L’invitation à cette manifestation porte une citation de Rémi Fraisse, mort à 21 ans près du barrage de Sivens à la Toussaint 2014, d’une grenade tombée du ciel  :

« Quand la vie te présente mille raisons de pleurer, montre lui que tu as mille raisons de sourire. »

2 Kommentare zu En 1349, la Saint-Valentin à Strasbourg

  1. HEMMERLÉ Pierre // 16. Februar 2019 um 21:01 // Antworten

    La commune de Strasbourg au nom de ses ressortissants prépare en ce même instant les pogroms futurs.
    En 1349, les édiles n’étaient pas plus idiots ou clairvoyants que les édiles d’aujourd’hui.
    Mais à voir les journalistes en meute se prostituer devant les édiles, on comprend que les fanatiques civils et religieux ne font que jeter de la poudre aux yeux.
    Il est certes plus ingénieux de s’en prendre à nos aïeux.

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