Errare humanum est…

Suite au vote britannique en faveur de la sortie de l’Union Européenne, il convient de marquer une pause de réflexion. Au lieu de précipiter l’Europe dans une impasse définitive.

Laissons l'amour et le calme agir - au lieu d'entériner hâtivement une erreur historique. Foto: Katy Blackwood / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(KL) – L’erreur est humaine. Quand on est gamin, on nous apprend qu’il convient d’avouer nos erreurs, de les réparer si possible et de les assumer. « Faute avouée, à moitié pardonnée », dit le proverbe. En ce qui concerne le « Brexit », ceci devrait aussi s’appliquer. La Grande Bretagne a certes voté pour le « Brexit », mais il serait formidable si les différents acteurs britanniques et européens admettaient qu’ils se sont trompés. Et s’ils revenaient sur une décision dont les conséquences désastreuses se montrent déjà quelques jours après ce vote malheureux. Ce n’est pas le moment de crier à la précipitation en demandant à ce que la Grande Bretagne sorte le plus vite possible de l’Union Européenne, mais c’est une occasion unique d’introduire une toute nouvelle dimension dans la politique : « l’erreur avouée et réparée ».

Aujourd’hui, la Grande Bretagne se trouve face à un choix cornélien. Soit, elle valide le référendum du 23 juin et invoque l’article 50 du Traité de Lisbonne en déclarant sa sortie de l’UE, acceptant par cette démarche l’implosion du Royaume Uni, soit elle outrepasse le vote du peuple anglais et gallois et décide de rester dans l’Union. Ou plutôt, de rentrer pour de bon dans la famille européenne.

Dans le premier cas, l‘Ecosse et l’Irlande du Nord quitteraient sans doute la Grande Bretagne qui du coup, se retrouverait fractionnée, une sorte de « Petite Bretagne ». Ni les Vikings, ni les Nazis, ni d’autres ennemis de la Grande Bretagne n’ont réussi à casser le Royaume Uni – mais le vote du 23 juin ? Cette perspective représenterait une catastrophe pour nos amis britanniques. Et cette catastrophe se dessine depuis le 23 juin très clairement.

Dans le deuxième cas, le gouvernement britannique devait outrepasser un vote démocratique, ce qui n’est certes pas élégant, mais il convient aussi de voir que ce vote a été fait sur fond de mensonges électoraux, dans une ambiance surchauffée par les populistes et nationalistes. Mais une décision du gouvernement britannique de rester (ou plutôt de rentrer pour de bon) dans l’Union Européenne, pourrait éviter la dégringolade européenne qui a commencé le matin du 24 juin. Certes, le gouvernement britannique perdrait la face en prenant une telle décision, mais si cette décision pouvait éviter une catastrophe historique ?

Aujourd’hui, de nombreux Européens réclament à ce que tout se passe rapidement. Vite, vite, l’article 50, abolition de la langue de Shakespeare comme « lingua franca » en Europe, carton rouge aux eurodéputés britanniques et qu’ils partent vite et loin ! Non ! Donnons le temps de réflexion à David Cameron, aux Britanniques, aux Européens pour pouvoir évaluer calmement ce qui s’est passé et donnons la chance à David Cameron de se présenter devant le parlement britannique ET le Parlement Européen pour dire la chose suivante : « J’ai commis une erreur énorme. J’ai sous-estimé les conséquences que ce référendum pouvait avoir et j’en assume les conséquences politiques. Pour éviter de conduire la Grande Bretagne et l’Europe dans une catastrophe de dimension historique, j’ai décidé d’invalider le vote du 23 juin et je déclare que la Grande Bretagne restera et intègrera pour de bon la famille européenne. Mon pays travaillera avec nos partenaires européens à une réforme fondamentale de l’Union Européenne pour que celle-ci puisse continuer à garantir la paix en Europe, pour que nous puissions travailler ensemble à la construction d’une Europe fédérale, sociale, solidaire et prospère. Je m’excuse auprès du peuple britannique et l’Europe et je présente ma démission. Vive l’Europe, vive la Grande Bretagne ! »

Entre deux maux, David Cameron aura à choisir le moindre mal – et cette deuxième option serait le moindre mal pour la Grande Bretagne et une vraie solution pour la cohésion européenne. Au lieu de crier maintenant « qu’ils sortent et tout de suite ! », il faut marquer une pause de réflexion et permettre à David Cameron de faire quelque chose de grand, une chose dont les responsables politiques n’ont pas l’habitude. Avouer et corriger une faute. Si cela mettait un terme à la carrière politique de David Cameron, il entrerait quand même dans les livres d’histoire comme celui qui aura sauvé le Royaume Uni et qui aura donné une impulsion pour la reconstruction de l’Europe.

Donc, arrêtez de crier et de demander à ce qu’une erreur historique aux conséquences néfastes pour l’Europe ET la Grande Bretagne soit entérinée le plus vite possible – laissons la chance à la Grande Bretagne de reconnaître de s’être trompée, d’avoir été bernée par des populistes et nationalistes, et de prendre une décision qui pourrait éviter une catastrophe à toute l’Europe. Et ensuite, travaillons tous ensemble à la construction d’une « nouvelle Europe » qui serait, enfin, digne des objectifs formulés par les « pères fondateurs » de l’Europe.

Vive l’Europe, vive la Grande Bretagne !

4 Kommentare zu Errare humanum est…

  1. James Cameron et Titanic.
    David Cameron et … la boîte de Pandore, puis la tâche titanesque.

  2. Un peu dangereux tout de même de s’assoir sur des résultats électoraux au motif de “ce vote a été fait sur fond de mensonges électoraux”. A ce compte, toutes les élections pourraient être négligées car quelle élection ne comporte pas son lot de mensonges? Quand un parti remporte une élection avec 3~4% d’écart avec le second, qu’est-ce qui permet d’affirmer que cet écart n’est pas le résultat de mensonges électoraux? Alors ne faudrait-il pas finalement supprimer les élections (mise à part une fraction éclairée les électeurs sont au fond soit immatures, soit des imbéciles, n’est-ce pas) et confier la gestion des pays et de l’Europe à des experts évidemment parfaitement neutres et le plus à même de prendre les bonnes décisions dans notre monde complexe?

    Faire l’inverse de ce qui a été voté ou ce pour quoi on a été élu, il me semble que c’est le principal reproche fait au PS français, et c’est ça qui dévalorise la démocratie et risque d’amener le FN au pouvoir, plus que de “mauvais” votes.

    • Eurojournalist(e) // 30. Juni 2016 um 10:45 // Antworten

      Pas faux, Jean, néanmoins, nous sommes face à une situation de portée historique. L’Europe est en train de se casser la figure et à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Un moment donné, même des responsables politiques devraient avoir le courage de dire : “je me suis trompé”…

      • Certes, mais l’exception ayant la flacheuse tendance à se transformer en norme, surtout actuellement (état d’urgence permanent, par exemple…), je crains que le remède soit encore pire que le mal : outre la dévalorisation du vote, ce serait faire un magnifique cadeau aux nationalistes de tout poils (sur le thème de “la caste de l’establishment qui protège ses intérêts et qui n’écoute le peuple que quand ça l’arrange”, ou quelque chose de ce genre).

        Cameron devrait dire quoi, d’ailleurs? “Je me suis trompé, je n’aurais jamais du vous demander votre avis”? ça serait plutôt aux électeurs de dire s’ils se sont trompés ou non à la lumière des premières conséquences, mais à travers un nouveau vote. Mais en cas de confirmation du Brexit, il faudrait bien accorder le discours à la pratique : en démocratie c’est le peuple qui (en principe) choisit. Il n’y a pas que l’Europe en jeu, mais aussi la démocratie, et elle est déjà en piteux état. Et l’affaiblir encore plus ne renforcera pas l’idée européenne, bien au contraire.

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