Europe Centrale : blocage et demande de reconnaissance

Les réactions de Visegrád aux nominations des dirigeants européens

Les jeunes militants (pas tous), un espoir pour l'Europe à venir : par exemple Malgorzata Tracz, présidente des Verts polonais Foto: Elzbieta Holowenko/Wikimédia Commons/CC-BY-SA 3.0Unp

(Marc Chaudeur) – Comment les dirigeants du Groupe de Visegrád, et plus largement, les dirigeants des Etats d’Europe Centrale, apprécient-ils les nouveaux élus européens ? Leurs chances d’être un peu plus et un peu mieux considérés augmentent-elles ? Peut-on espérer les voir enfin jouer un rôle positif et constructif ?

Ces gouvernements se félicitent du départ du socialiste Frans Timmermans, qui est dans une certaine mesure leur bête noire, et d’avoir formé une horde de cour de récré – lâche, mais stridente – avec le national-populiste italien Matteo Salvini. Et en même temps, leur importance n’en augmente nullement dans les institutions européennes. Bien au contraire.

Les réactions des 4 pays de Visegrád ne sont pas unanimes. Devinez pourquoi. Parce qu’ à la tête de la Slovaquie se trouve quelqu’un qui se réclame de la social-démocratie – à juste titre, hélas, du moins dans une perspective historique – et qui est membre du Parti socialiste européen : Peter Pellegrini, le Premier ministre, camarade de parti et successeur de Robert Fico mouillé jusqu’aux yeux en 2017 dans le meurtre d’un journaliste de 28 ans et… dans ses intimes relations mafieuses. Peter Pellegrini a déclaré voici 2 jours, lèvres pincées : «  Je suis heureux de cette décision prise unanimement et heureux pour la Slovaquie. » Point.

Les réactions de Visegradopolis, cette planète en lévitation, ne sont d’une certaine manière qu’une variante de ce split général du vote européen du 27 Mai ; de ce vote qui suscite l’image d’une bombe qui aurait éclaté dans une bouse de vache. Où sont les résultats démocratiques des votes au scrutin universel, mis en œuvre dans les 28 Etats de l’Union Européenne ? Le « Plan Osaka » de la semaine dernière prévoyait pourtant d’en tenir compte ; mais voilà…

Ne nous étonnons pas, dans notre Ouest fatigué, si les pays du Centre et de l’Est de notre continent n’ont à peu près plus d’appétence pour l’UE : tout semble être fait à dessein pour produire le sentiment d’une essentielle insignifiance. Bonjour, Frau von der Leyen ; c’est à quel sujet ?

Une bête noire donc pour les Etats d’Europe centrale : le candidat de gauche Frans Timmermans. Il fallait lui barrer la digue à tout prix. Au prix sans doute de postes réservés implicitement à des personnalités de l’Est et du Centre : notamment les Bulgares Sergej Stanichev, socialiste, et Kristalina Georgieva, postulante conservatrice. Mais Timmermans est celui qui sans cesse bataillait contre les décisions autoritaires et anti-humanistes de Varsovie et de Budapest, et contre les dérogations assourdissantes ou subreptices que s’arrogeaient les 4 gouvernements populistes. Il fallait donc s’en débarrasser, du vénérable Néerlandais.

Les 4 Etats de Visegrád se félicitent d’avoir eu suffisamment de poids pour réussir ce nettoyage. C’est la seule chose dont ils puissent se féliciter, de manière très douteuse : ils ne font ainsi que confirmer, que renforcer leur pouvoir d’obstruction, et donc de nuisance, dans un contexte de déliquescence européenne généralisée. Zoltán Kovács, le porte-parole de Viktor Orbán, s’est vanté d’avoir chassé Manfred Weber le conservateur avant d’éliminer Timmermans le socialiste. Mais c’est oublier, du moins dans les réactions officielles des dirigeants, que cette obstruction s’accompagne d’une disparition annoncée de ces pays de tout poste important.

Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, après avoir précipité Frans Timmermans dans la géhenne miasmeuse du gauchisme « radical et dogmatique », a déclaré souhaiter que le Slovaque Maros Šefčovič redevienne vice-président de la Commission Européenne. Il sera intéressant en effet d’observer ce qu’il en sera dans quelques jours. – Il est vrai que compte tenu de la modestie effective de cette fonction, une telle nomination risquerait d’apparaître comme une sinécure de compensation…

Ainsi donc, le groupe de Visegrád a en effet confirmé, comme le répètent à satiété ses dirigeants ces jours-ci, sa capacité de blocage et de nuisance ; et en même temps, il est en train de disparaître des vitrines, parce que précisément incapable d’affirmer un rôle positif et constructif dans l’Europe de demain.

Il faut toujours se remémorer le contexte historique : ces pays sont passés de la domination en réalité coloniale de l’ URSS à celle, infiniment moins contraignante, mais symboliquement ressentie comme aliénante, de « Bruxelles ». Pour quels avantages visibles ? Ces derniers ont été manifestes, au moins jusqu’à 2010, puisqu’ils ont permis l’entrée de ces pays dans la modernité. Mais ils se sont sentis de plus en plus négligés, voire méprisés, et écartés de toute décision importante. Que faire alors ? Accorder des concessions peut-être nécessaires pour sauver l’ UE ? Mais n’ est-il pas déjà trop tard ?

Le problème est difficile, les concessions trop rares – on a failli dire : de part et d’autre… Mais en effet, les manquements à la démocratie sont manifestes, notamment dans les décisions prises par la Commission Européenne – et plus évidents encore ces jours ci.

La seule solution à ces blocages réside sans doute dans les combats politiques à l’intérieur des Etats, et dans les changements politiques que permettent d’espérer, par exemple, des partis comme le Wiosna de Robert Biedroń, ainsi que la gauche écologiste hongroise. Il faut, plus fondamentalement encore, que l’argent européen arrive en d’autres poches que celles où il afflue aujourd’hui.

A lire : l’excellent https://courrierdeuropecentrale.fr 

 

 

 

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