Europe – Etats-Unis : un pas hors du parc, un coup de martinet

Les susceptibilités du Maître du Monde

Quand le Père Fouettard ressemble au Maître du Ku Klux Klan... Foto: Lidine Mia/Wikimédia Commons/CC-BY-SA 4.0Int

(Marc Chaudeur) – Une fois de plus, les Américains ont grondé et menacé les Européens, en même temps qu’ils menacent l’Iran.Le monde entier devrait-il marcher à la férule de Trump ?

Une agression épistolaire bien dans le ton du Président Orange (la couleur de ce défoliant qui, au Viet Nam, a causé tant de milliers d’infirmités)… Aux premiers jours de mai, deux secrétaires d’État américaines ont envoyé une critique virulente assortie de menaces à Federica Mogherini, la cheftaine Akela de la diplomatie européenne. Cette lettre porte sur les projets européens de coopération pour une défense européenne indépendante : cette défense européenne qui, depuis 2014, chancelle sur ses petits pieds et commence tout juste à prendre un peu d’assurance. Un peu.

Jusqu’ à 2014, la Défense européenne ressemble à un axolotl ou à un yéti de mer. Puis l’annexion de la Crimée par les cosaques de Poutine, en 2014, ont enfin initié et accéléré le mouvement. Il prend la forme d’une Coopération Structurée Permanente (acronyme anglophone : PESCO). En bref, pour ce faire, il a fallu s’entendre, au sein de la Commission Européenne, sur les critères qui supporteraient la CSP ; il a fallu que se rencontrent Macron et Angela Merkel, puis un Rapport que le Parlement Européen a publié en juillet 2017, et qui entérine la convergence prudente et relative des points de vue. Mais encore ?

Fin 2017, première étape vraiment concrète de la mise en place de la CSP : la Notification du 13 novembre. 23 Etats en sont membres, puis 25 en décembre. Enfin, enfin : le 14 décembre 2017, c’est le lancement officiel puis, le 6 mars 2018, la validation officielle des 17 projets collaboratifs précis qu’englobe la CSP.

Et voilà donc ce qui fait peur au Pentagone, ou ce qu’il fait semblant de craindre. Il s’agit de 13 milliards d’euros, dévolus à la coopération et au développement des projets de défense européens (voir le document très complet : https://pesco.europa.eu, et aussi https://www.defense.gouv.fr/actualites/communaute-defense/la-csp). Les deux secrétaires d’État américaines avancent, dans leur lettre de croquemitaine, que sévit aujourd’hui « un revirement dramatique de 3 décennies d’intégration progressive des secteurs de la défense atlantiques » ; elles affirment que l’Union Européenne tourne le dos à l’OTAN.

Le Washington trumpoïde reproche entre autres à la CSP d’exclure d’office les entreprises américaines (in extenso : d’armement) de toute collaboration future : cela tient au mode de décision interne, qui exige l’unanimité. Et bien sûr, jamais l’unanimité ne se ferait sur l’entrée des Etats-Unis dans ces projets ! Et voila pourquoi Washington siffle ses menaces au-dessus de nos têtes : « A l’inverse, des restrictions ne seraient pas les bienvenues en Europe, et nous n’aimerions pas à évoquer de telles restrictions », est-il écrit…

C’est clair et c’est assez virulent ! Hier mardi,les ministres des Affaires étrangères et de la Défense se sont concertés sur une réaction commune à cette lettre vindicative. La ministre de la Défense allemande, Ursula von der Leyen, a déclaré lundi, déjà, que « Nous, Européens, nous faisons aujourd’hui ce que nos amis américains ont exigé de nous durant de longues années. Notre tâche, maintenant, c’est de persuader Washington que l’OTAN profitera de nos efforts pour réaliser l’intégration de la défense européenne. » Voilà qui est habile et clair, et qui ne témoigne pas de la volonté d’obtempérer aux desiderata impérieux des Etats-Unis.

Reste encore, cependant, beaucoup de jungles dangereuses et de ponts à traverser pour qu’existe une « armée européenne », en d’autres mots, une véritable défense européenne intégrée !

Many rivers to cross.

 

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