Face au nouveau « Captain America » : MAKE EUROPE GREAT AGAIN !

Alain Howiller analyse les implications européennes d'une politique mondiale qui est en train de devenir folle...

La politique américaine ressemblera de plus en plus à une BD - avec Donald Trump dans le rôle de "Captain America"... Foto: Dick Johnson / Wikimedia Commons / CC-BY 2.0

(Par Alain Howiller) – La traumatisante investiture de Donald Trump -élu emblématique de ces « personnalités » qui piaffent en Occident aux portes du pouvoir- devrait servir de leçon aux dirigeants (à propos y en a-t-il encore ?) de l’Union Européenne. Pour une fois ils n’avaient pas besoin de « lanceur d’alerte » pour supputer ce qui les attendait avec l’élection d’un candidat dont le style, à vrai dire, surprend davantage que les discours proprement dits ! Il surprend tout particulièrement en ce début d’une année où Poutine va devoir célébrer le centenaire de la révolution d’Octobre 1917 et où les responsables européens, apparemment désemparés, ne savent pas encore comment ils vont commémorer les 60 ans du Traité de Rome fondateur de leur « marché commun » !

Du reste, à l’occasion de cette commémoration, peu d’entre eux voudront se souvenir (et pourtant ce serait le moment !) que ce Traité a été la réponse des six pays de la « Communauté Economique Européenne », à ce qui s’était passé, quelques mois plus tôt, en Novembre 1956. Russes et Américains, en pleine guerre froide, s’étaient alors ligués, en pleine guerre froide (!) pour forcer les troupes franco-britanniques et leur allié israélien à mettre un terme à ce qu’on a appelé « l’expédition de Suez » contre l’Egypte du colonel Gamal Abdel Nasser qui venait de nationaliser le canal de Suez. Les alliés de circonstance ont non seulement fait comprendre aux Européens que l’ère coloniale était terminée, mais ils leur ont également signifié que l’alliance des « deux grands » pouvait, à tout moment, brider leur souveraineté nationale ! Cette même année 1956, ce qui était encore l’URSS écrasait, dans le sang et les larmes, la révolution hongroise ! Ne serait-ce pas le moment pour l’Union Européenne de se plonger à nouveau dans une histoire relativement récente pour retrouver cette unité qui, récemment encore, faisait trembler l’économie mondiale !

Les fausses promesses du « couple » Hollande / Merkel ! – Malgré les multiples engagements proclamés (y compris devant le Parlement Européen à Strasbourg) par le couple franco-allemand, il n’y a eu aucune relance de l’Union Européenne et cette dernière se trouve dans une situation lamentable. France, Allemagne et Pays Bas (peut-être même l’Italie !) sont paralysées par la perspective d’élections proches. Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission de Bruxelles est affaibli par l’attitude des pays de l’Union. Donald Tusk, le président polonais du Conseil Européen dont le mandat s’achève en mai, est désavoué par le gouvernement (nationaliste !) de son pays(1). Et le Parlement Européen en élisant l’Italien Antonio Tajani s’est donné un président qui « veut être le président de tous » : ce qui, on le sait bien, veut dire « être le président de personne ! ». Le fait que Martin Schulz, le président sortant du Parlement de Strasbourg, ait choisi de revenir à la politique nationale est, sans doute, un autre signe du manque de séduction d’une Europe menacée par la montée de l’euroscepticisme. Un euroscepticisme qui vient de frapper, de manière spectaculaire, la Grande Bretagne engagée dans son « Brexit », sa sortie de l’Union Européenne !

Le tableau, on le voit, n’est pas très encourageant et, quelques jours à peine après le retour en Pologne des chars américains pour contrer la menace russe (!) et en attendant les 4.000 soldats US qui devaient s’aligner près des frontières orientales, voilà que les Etats-Unis disent adieu à Barack Obama pour se jeter dans les bras de Donald Trump. Un nouveau président qui menace de ne plus défendre l’Europe et qui considère que l’OTAN est obsolète ! Il entend ériger des barrières douanières pour se protéger contre les importations (notamment européennes), il ne veut plus que les emplois américains soient menacés par les délocalisations. En prônant la prééminence de son pays (« America First »), il invite ses « partenaires » à en revenir, eux aussi, aux frontières nationales, au culte de la souveraineté nationale et à être « patriotes ». Il salue le Brexit, reçoit en grande pompe Theresa May et se dit persuadé que d’autres pays de l’Union Européenne suivront l’exemple britannique.

Un… « New Deal » promis par Donald Trump ! – Alors que depuis trois ans, les échanges mondiaux semblaient régresser, pesant sur le retour de la croissance et entraînant dans leur sillage un repli de la mondialisation, le nouveau « Captain America »(2) défie le monde. Il veut renverser le monde multipolaire où nous vivons au profit d’un monde bi-polaire où les Etats Unis imposeraient des partenariats bilatéraux qu’ils gèreraient à leur avantage. A l’image du héros de la bande dessinée qui enveloppé dans un drapeau américain et armé de son seul super-bouclier qui pourfend les ennemis de l’Amérique, Donald Trump semble amorcer la fin du monde de la globalisation dont la finance et les entreprises US ont, pourtant, beaucoup profité !… Trump se justifie en déclarant : « Nous établirons des relations d’amitié et de bonne volonté avec les nations du monde, mais nous le ferons dans l’idée qu’il est du droit de chaque nation de faire passer ses intérêts en premier ! »

Pour certains, l’espèce de « New Deal » qu’il promet ne doit pas faire oublier que la grande crise de 1929 n’était pas que financière ou boursière : l’isolationnisme américain n’était pas, alors, étranger aux catastrophes économiques, politiques puis militaires qui suivirent. La marche n’est pas haute qui mène du patriotisme au nationalisme et comme le soulignait François Mitterrand devant le Parlement Européen : « Le nationalisme, c’est la guerre ! »

Mais oublions ces rêves cauchemardesques à travers lesquels certains voient déjà se reconstituer entre les Etats-Unis, la Grande Bretagne et… la Russie un « Yalta » qui déciderait du sort de notre Union. Espérons que l’Union Européenne se réveillera à temps. Mettre en place des barrières protectionnistes ne s’avèrera pas aussi simple que cela : toute mesure restrictive suscitera un effet boomerang chez les partenaires, voire l’émergence d’un concurrent à l’affût ! La Chine n’a-t-elle pas annoncé qu’elle était prête à prendre la place des Etats Unis dans le Traité Trans-Pacifique ?

Les troupes US quitteront-elles l’Europe ? – Un nouveau retrait des troupes américaines (qui avait été amorcé par Obama, ne l’oublions pas) poserait le problème du bouclier anti-missile déployé dans l’Est de l’Europe au moment où Poutine affirme que son pays dispose, lui aussi, d’un système comparable !… Affirmation incontrôlable mais qui accompagne l’effort gigantesque déployé par la Russie pour augmenter et moderniser une armée (voir eurojournalist.eu du 1er.Juin 2016) dont le responsable suprême -en l’occurrence Vladimir Poutine- avait déclaré dans une interview qu’il n’aurait pas hésité à utiliser avait des armes nucléaires tactiques si besoin en avait été dans la crise de Crimée !

La réforme de l’OTAN réclamée par le nouveau président, pourrait s’avérer utile. Elle pourrait porter -notamment- sur une augmentation substantielle des contributions des états membres afin de soulager le budget américain : cette réforme avait été décidée en 2006, chaque pays membre devant porter ses dépenses militaires à 2% du PIB ! Rares ont été les membres de l’OTAN à respecter cette obligation confortant le constat du gouvernement américain que ce sont les Etats-Unis qui financent la défense et la sécurité de l’Europe ! Dix ans après cette décision, seuls 5 états (dont les USA) sur les 28 de l’OTAN respectent la règle des 2%. Si la Grande Bretagne est à ce seuil et que la France n’en est pas loin, l’Allemagne, elle, est à 1,4% du PIB, situation qu’elle essaye de compenser depuis deux ans, désireuse qu’elle est d’atteindre le niveau requis en… 2020 !

Le spectre d’Obama sur Angela Merkel ! – Trump attendra-t-il, lui qui a déjà désigné Angela Merkel comme responsable de la « décision catastrophique d’ouvrir les frontières aux immigrés » ?… Hier encore, Obama célébrait la chancelière à laquelle il a, selon les confidences de proches, adressé son dernier coup de fil officiel avant de quitter la Maison Blanche. Il est vrai que le président sortant avait noué une véritable relation amicale avec Angela Merkel à laquelle Il avait remis, à Washington, en 2010, la plus haute distinction civile américaine (la « Presidential Medal of Freedom »).

Dès sa prise de fonction, Donald Trump a montré, en signant ses premiers décrets, qu’il ne fallait pas trop compter sur un infléchissement de ses approches : il traduit ses propos en actes ! « A partir de ce jour, l’Amérique passera avant tout, l’Amérique avant tout », avait-il déclaré dans son discours d’investiture. On aurait tort de prendre ce propos à la légère. Il ne reste aux partenaires des Etats-Unis qu’à se prêter assistance et à engager une résistance adaptée contre un monde bi-polaire dominé (qui en doute ?) par les USA !

Le sursaut européen attendu ! – L’Union Européenne devra détourner le slogan de Donald Trump et faire sienne cette déclaration du chercheur Michaël E. Lambert dans la « Revue des Deux Mondes » : « La conception de Trump, c’est à dire des Etats-Unis qui se replient sur eux même, devrait amener les Européens à penser un peu plus au mécanisme européen et à repenser leur approche vis-à-vis de l’Union Européenne. Si on souhaite rayonner à travers le monde, il faut vraiment renforcer la coopération européenne, commencer à se pencher sur ce schéma d’une Europe Fédérale, penser à la création d’une armée commune ».

« L’Europe », poursuit le chercheur, « ne doit plus trop dépendre des Etats-Unis mais acquérir une autonomie qui passera par un renforcement soit des nations même si je n’y crois pas véritablement, soit de l’Union Européenne pour la faire vraiment émerger. Autrement dit ‘Make the EU great again’. Cela serait assez cohérent dans le contexte actuel où la France est de plus en plus isolée avec les Etats-Unis d’un côté, la Chine et la Russie de l’autre, nous n’avons plus vraiment le choix ».

Entre Captain America, le nouveau tsar de Moscou et l’empereur de Chine auxquels il faut ajouter le sultan d’Ankara et peut-être « la » John Bull de Londres, la voie sera étroite et l’année 2017 décisive ! Pour s’en sortir, il faudra sans doute plus qu’un sursaut !

(1) En marge de de sa récente visite à Berlin où il s’en est sans doute entretenu avec Angela Merkel, on apprenait par des indiscrétions que François Hollande pourrait être candidat à la succession de Tusk ! Même si Hollande et Merkel ont été d’accord pour lancer un appel (de plus !) pour une solidarité européenne face aux attaques de Trump, cette candidature risque fort d’être plombée par le… futur président français !

(2) « Captain America » est, comme Batman, Superman ou Spiderman, un super-héros de la bande dessinée américaine. La bande dessinée a paru en 1941. Ses auteurs en 1940, le dessinateur Jack Kirby et le scénariste Joe Simon, tous deux aujourd’hui disparus, sont tous les deux nés dans l’Etat de New York. Leur héros qu’ils font naître un… 4 Juillet (« Jour de l’Indépendance », la fête nationale US) incarne le patriotisme américain et défend son pays contre ses ennemis équipé qu’il est d’un super bouclier dont il se sert comme arme et comme protection ! Il est habillé d’un costume moulant s’inspirant du drapeau étoilé. Le personnage a été interprété dans de nombreux films : Kad Merad l’a interprété en 2015, lors de la soirée des « Enfoirés » organisée pendant de longues années, par Jean Jacques Goldman.

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