Grandes manœuvres en Allemagne pour reconstruire le paysage politique

La CDU perd ville après ville, l’abstentionnisme pèse lourd et les parti allemands cherchent encore la voie pour les élections législatives en 2017.

Au siège de la CDU à Berlin, on se pose la question quant à l'après-2017. Foto: Thomas Riehle / www.arturimages.com / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 2.0de

(Par Alain Howiller) – C’est le 5 Juillet, au deuxième tour de l’élection municipale de Dresden, que la CDU, dont le candidat n’avait recueilli (le 7 Juin) qu’un peu moins de 16% des voix, aura officiellement perdu la responsabilité d’une quinzième ville de plus de 400.00.000 habitants ! Et de 15 donc !… Rien que depuis août 2009, le parti a perdu 7 grandes villes ! Toutes les municipalités(1) perdues par le parti chrétien-démocrate, sont passé au SPD, à l’exception -notable- de Stuttgart qui a été gagnée par les «Verts» en Octobre 2012.

Si on ajoute à ce constat d’échec du parti d’Angela Merkel, le fait que la CDU ne dirige plus que 6 «Länder» sur les 16 qui composent la République Fédérale, on conçoit qu’un début de panique se soit installé au «Konrad Adenauer Haus», siège berlinois du parti conservateur. L’inquiétude est d’autant plus grande que la chancelière gagne systématiquement les élections nationales et que les sondages créditent la CDU autour de 40 à 41% des intentions de vote, en cas d’élections générales alors que le SPD traîne autour de 24 à 25% !

L’ombre d’Adenauer et de Kohl ! – Amères perspectives pour le parti social-démocrate qui gagne des élections locales et perd les élections fédérales ! Amères perspectives aussi pour les chrétiens-démocrates qui voient leur infrastructures s’effondrer et les électeurs des grandes villes se détourner. L’ avenir de la CDU semble lié, une fois de plus, au delà d’une nécessaires restructuration entraînant un inévitable rajeunissement, au sort d’une «femme providentielle» : au risque de jouer un remake du mauvais film de la sortie de Konrad Adenauer ou celle de Helmut Kohl. Les caciques du parti ne croient pas à ce scénario-catastrophe et, malgré les critiques contre l’attentisme mais aussi -paradoxalement- contre l’opportunisme de la chancelière, ils poussent Angela Merkel à briguer un nouveau mandat en 2017 !

La CDU espère, enfin, briser le «signe Indien» des mauvais résultats électoraux dans les villes importantes, en gagnant les élections municipales à Wuppertal (350.000 habitants), ville de Rhénanie du Nord – Westphalie dirigée, depuis 2004, par un maire chrétien-démocrate. Cela suppose que l’Allemagne gagnée, elle aussi, par un abstentionnisme croissant (il y a plus de 50% d’abstentions le 10 Mai, lors des dernières élections régionales dans la ville-état de Brême où la coalition «SPD-Verts» a été reconduite difficilement), trouve les bonnes clés pour une relance de la participation électorale : une réunion de travail réunissant les représentants des six principaux partis (Die Linke, SPD, CDU, CSU, FDP, Grüne) a eu lieu pour analyser le phénomène abstentionniste et envisager des solutions (multiplication des lieux de vote même en dehors des bureaux officiels, vote électronique, facilitation des votes par correspondance et par internet, réforme du code électoral).

Mais si l’abstention est un signe de relative désaffection vis à vis d’un système, elle est aussi l’expression d’un malaise lié à l’approche des propositions soumises aux électeurs. Ce malaise se traduit notamment par l’émergence de «partis-fusées» qui démarrent fort pour s’écrouler au profit de nouvelles structures partisanes.

Pirates, anti-islamisation, euroscepticisme : l’émergence de «partis-fusées» ! – Créé en 2006 à Berlin, le Parti des Pirates, représenté au Parlement Européen et dans un certain nombre de communes ou de parlements régionaux (4 sur 16) a été crédité, à son sommet, de plus de 10% des intentions de vote : il n’a pourtant pas réussi à entrer au Parlement Fédéral. Les derniers sondages le situent entre 1 à 2% des intentions de vote ! Lancé en 2013 à Berlin, le parti dit «eurosceptique», «Alternative für Deutschland – AfD», après des succès initiaux (7 députés au Parlement Européen, entrée dans les parlements régionaux de trois «Länder», n’a pas réussi à franchir la barre fatidique des 5% de voix nécessaires pour entrer au Parlement Fédéral. Déchiré par des conflits internes, il n’est crédité que de 4 à 5% d’intentions de vote en cas d’élections fédérales (aux élections municipales de Dresde, l’AfD obtient seulement 4,8% des suffrages).

Lancé à Dresde, en ce début d’année par Kathrin Oertel, une ancienne Vice-Présidente de l’organisation «contre l’islamisation de l’Occident – PEGIDA», le «Parti de la Démocratie Directe pour l’Europe (Partei für Direkte Demokratie für Europa)» peine à décoller : même si un bon tiers des Allemands se déclarent proches des manifestations «anti-islamisation» organisées par l’association, la candidate de «Pegida» a, certes, recueilli 9,7% des voix lors du premier tour des élections municipales de Dresde (le 7 Juin), pour finalement décider de ne pas se représenter au deuxième tour le 5 Juillet.

Dans cette poussée de partis nouveaux qui essayent de déborder le pouvoir «CDU/SPD», il est un ancien parti, vieux complice de la CDU/CSU avec lesquelles il a si souvent fait coalition, en dépit des propos de l’un de ses dirigeants (Guido Westerwelle, ancien vice-chancelier et Ministre des Affaires étrangères) qui, évoquant l’état-providence allemand de cette période, parlait de «spätrömische Dekadenz» (Décadence digne du bas empire romain).

Les ambitions du FDP au Bade Wurtemberg ! – Eliminé du Bundestag, en 2013, pour n’avoir pas franchi la barre des 5% alors qu’il avait obtenu… 14,6% des voix aux élections fédérales de 2009(!), le FDP a connu une dramatique descente aux enfers dont il sort, apparemment, après s’être réorganisé et s’être donné de nouveaux dirigeants : après avoir réussi, contrairement à toute attente, à avoir des élus aux récentes élections des députés aux Parlements de Hambourg et de Brême, le candidat libéral s’est placé en deuxième positon aux élections municipales de Dresde. Avec 31,7% des voix immédiatement derrière le candidat de la gauche unie (du SPD à Die Linke), il pourrait bien remporter, le 5 Juillet, l’élection du deuxième tour !

Le parti vient de tenir, à Balingen, en présence de 400 délégués, sa première convention pour préparer les élections régionales qui auront lieu en… 2016 dans le Bade Wurtemberg : enseignant à Pforzheim, Hans Ulrich Rülke a été désigné tête de liste pour ces élections, avec l’ambition d’obtenir 8% des voix (contre 5,3% obtenus aux dernières élections régionales).

Crédité, depuis ces dernières semaines d’intentions de vote dépassant 6%, le FDP pourrait revenir au Parlement Fédéral en 2017 : sera-t-il alors le parti d’appoint dont Angela Merkel aura besoin pour continuer à diriger le pays ?

Car tout porte à croire que l’actuelle coalition CDU/CSU/SPD ne sera pas reconduite et que la Chancelière sortante aura besoin d’une force d’appoint : le FDP sera-t-il prèt ? Rien n’est moins sûr aujourd’hui.

Et revoilà… «l’écologiste» Angela Merkel ! – C’est pourquoi on suivra, avec beaucoup d’attention, le soin mis actuellement par Angela Merkel à soigner son image environnementale ! Elle est devenue la complice de François Hollande pour faire réussir la future conférence de Paris sur le climat. L’une comme l’autre ne comptent-ils pas sur les «verts» pour trouver la majorité nécessaire pour diriger leur pays ?

Ce sera sans doute plus difficile à Berlin : pourtant l’hypothèse «CDU/CSU/Verts» pourrait ouvrir un nouveau chapitre de coalition, à l’image de ce qui se passe, depuis janvier 2014, en Hesse où «chrétiens-démocrates» et «Verts» dirigent le Land. Les 10% d’intentions de vote dont les «Verts», pourtant traditionnellement ancrés à gauche, sont crédités attisent les appétits du côté d’Angela Merkel comme du côté du SPD qui devra sans doute se rabibocher définitivement avec «Die Linke» !

Les partisans de la chancelière jettent dans la balance d’un éventuel accord avec les «Verts» le fait que Merkel avait été tentée, à la réunification, de rejoindre le parti écologiste, qu’elle a été, sous Helmut Kohl «Ministre de l’Environnement ,de la Nature et de la Sécurité Nucléaire», que c’est elle qui a décidé la sortie du nucléaire et que, lors des négociations pour la constitution de la Grande Coalition CDU/SPD, un certain nombre de «chrétiens-démocrates», tout comme un certain nombre de «Verts» (dont Winfried Kretschmann, le Ministre-Président du Bade-Wurtemberg) n’avaient pas été hostiles à un accord de gouvernement «CDU/CSU/Verts» !

En politique «jamais ne veut jamais dire… jamais» et la compétition électorale s’exacerbe aussi bien à droite, avec l’émergence du FDP ou de l’AfD, qu’à gauche avec -notamment- les succès enregistrés à l’Est du pays par «Die Linke». L’imagination électorale revient en force et les alliances de circonstance ne sont jamais définitives !… Mais est-ce la solution pour lutter contre l’abstention, le désintérêt croissant des citoyens et, ici comme ailleurs, la montée des «extrêmes» ?

(1) Villes perdues depuis 2009 par la CDU : Essen, Cologne, Francfort sur le Main, Duisbourg, Stuttgart, Dusseldorf, Dresde. Autres villes perdues depuis plus longtemps : Dortmund, Leipzig, Hannovre, Berlin, Munich, Hambourg.

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