Hongrie : Grève chez Audi

« Nein danke !» à Györ

La voiture que la firme AUDI a offerte à l'Orchestre Philharmonique de Gyor pour son 50ème anniversaire (en 2017) Foto: Globetrotter19 / Wikimédia Commons / CC-BY-SA 3.0Unp

(MC) – Les ouvriers hongrois ne souffrent pas du foie comme les classes petites-moyennes françaises qui campent sur les voies de péage depuis 3 semaines et jouent à Hulk le Gaulois. Mais ils mènent des luttes acharnées pour leur pouvoir d’achat et leur qualité de vie. Et ils vont même jusqu’à faire la grève dans le pays gouverné par le national-populiste Viktor Orbán…

Le gouvernement Orbán – Szijjárto – Varga veut flexibiliser le temps de travail en Hongrie. Mais à plusieurs endroits du pays, les travailleurs protestent et font connaître leur opposition à la pulvérisation de leur vie professionnelle, et plus grave encore, au tronçonnement de leur existence personnelle. Un grand nombre de syndicats ont fait connaître leur opposition au gouvernement : la confédération Liga, la fédération des syndicats de transport, celle des métallos, le syndicat des médecins, et le syndicat autonome des cheminots. L’hiver – et sans doute le printemps – s’annoncent… chauds !

A l’usine Audi Hungaria de la ville de Györ, le syndicat autonome AHFSz organise la lutte. Les ouvriers disent « Nein, danke ! », Non merci, à leurs patrons bavarois. C’est que curieusement, le gouvernement est revenu à la charge dans les derniers jours de novembre après avoir renoncé à cette réforme en avril 1917 parce qu’une partie importante du Fidesz, le parti national-populiste de Viktor Orbán s’était vigoureusement dressée contre elle.

Projet inquiétant, en effet : le parti au pouvoir veut porter à 400 heures le seuil des heures supplémentaires annuelles, au lieu de 250 aujourd’hui. Et en même temps, il veut aménager le temps de travail sur 3 ans, au lieu d’un an actuellement. Un problème que l’on connaît bien aussi chez nous, certes, dans cette partie-ci de l’Europe.

Le temps de travail serait réparti en fonction du carnet de commandes d’Audi Hungaria et donc nécessairement de limiter le recours aux heures supplémentaires. Comme le disent les responsables de l’AHFSz, le projet vise à rendre les travailleurs corvéables à merci, et aurait pour effet évident de diviser les familles en séparant leurs membres. Le syndicat insiste sur le fait que ce projet est incompatible « avec les valeurs de l’Union Européenne »

Il insiste aussi sur sa volonté de « défendre jusqu’au bout les résultats concrétisés dans la convention collective »… En clair, cela signifie que l’AHFSz organisera sans aucun doute une grève, qu’elle y persévérera jusqu’à satisfaction. Voilà qui est inhabituel en Hongrie, puisque depuis la fin du régime communiste, les grèves ont été très rares, et que les ouvriers et employés portent leurs revendications vers les dirigeants politiques, mais ne poursuivent pas leur mouvement dans des actions collectives. Cela a encore été le cas au début de l’automne 2017, dans l’entreprise Tesco.

Mais le mouvement de grève qui se dessine chez Audi Hungaria a un précédent : c’est la lutte efficace, bien que modeste et assez courte, qui a été menée dans l’usine Mercedes (encore des patrons allemands) de Kecskemét, à 85 kms au Sud de Budapest, fin novembre 2016, il y a tout juste 3 ans. Soixante ouvriers y avaient cessé le travail durant 2 heures dans l’atelier de montage, et Mercedes a ainsi perdu une somme non négligeable (une cinquantaine de voitures de moins ont été montées).

A l’usine AH, les travailleurs et les syndicats savent qu’il faudra être tenace, qu’il faudra se donner les moyens de tenir dans la durée. Cela est sans doute plus facile actuellement qu’il y a quelques années seulement, pour des raisons diverses dont la moindre n’est pas le manque relatif de main d’œuvre dans un pays qui vieillit et qui se vide…

De telles actions, qui risquent de se propager, de se répercuter et peut-être, de se prolonger dans quelques-uns de secteurs principaux de l’économie et des infrastructures hongroises changeront la physionomie du pays, et sans doute, des pays environnants : on a assisté par exemple à plusieurs mouvements, bien soutenus d’ailleurs par les syndicats, dans la Slovaquie voisine.Il est à craindre, pourtant, que Szijjárto et Orbán ne céderont pas facilement à de tels mouvements sociaux et ne satisferont pas aisément les revendications qui y seront exprimées…

Raison de plus pour les suivre avec attention, et le cas échéant, de les soutenir dans la mesure du possible.

 

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