Jean Monnet : raconter l’Europe à travers son héritage

Rencontre avec Alexis Metzinger, coauteur de Jean Monnet, le père discret de l'Europe, un documentaire qui retrace l’histoire méconnue du fondateur de l’Europe.

Jean Monnet et Konrad Adenauer. Foto: © Ferdi Hartung

(Inès Tempel) – Comment Jean Monnet, jeune négociant en cognac, a-t-il pu devenir l’un des Pères fondateurs de l’Europe ? Avec des images d’archives inédites filmées par Jean Monnet lui-même, le réalisateur allemand Rüdiger Mörsdorf a fait appel à Alexis Metzinger, cofondateur de la société de production strasbourgeoise « Cerigo Films », pour dresser le portrait du plus emblématique des Européens.

Comment est né ce projet et de quelle réflexion vous êtes-vous nourri pour le réaliser ?

Alexis Metzinger : Le projet est éminemment européen et transfrontalier puisqu’il est une production franco-allemande entre Cerigo Films et la société Rüdiger Mörsdorf Filmproduktion et qu’il a été écrit à 4 mains. En réalité, c’est Rüdiger Mörsdorf qui est venu nous proposer ce sujet de film. Il s’est beaucoup intéressé à Jean Monnet et s’est rendu compte qu’il n’y avait aucun documentaire qui lui avait véritablement été consacré. De mon côté, j’ai réalisé que je ne connaissais finalement rien de Jean Monnet, bien que des ponts, des écoles et des rues portent son nom. Même l’expression « Père de l’Europe », qu’on utilise généralement pour le désigner, je n’étais pas sûr de ce qu’elle voulait vraiment dire. Quand on a commencé à faire des recherches, on s’est aussi aperçu que l’image qu’on avait de lui, était souvent négative : il était celui qui s’opposait à de Gaulle et qui semblait incarner tous les maux de l’Europe, soit la technocratie, la bureaucratie, etc. On a très rapidement compris que cette image était très réductrice et peut-être même totalement étrangère à la réalité. Le projet est donc né d’une curiosité à l’égard de Jean Monnet, de sa vie, son œuvre, sa vision de l’Europe, et d’une volonté de croiser les regards français et allemands sur ce sujet. Réaliser ce film nous a beaucoup aidé à revoir l’Europe d’un œil neuf.

Comment avez-vous travaillé l’écriture de ce documentaire ?

AM : La vie de Jean Monnet étant extrêmement riche, nous avons décidé de nous concentrer sur la première moitié de sa vie, c’est-à-dire tout ce qui l’a amené à devenir l’homme qui a eu l’idée de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier, l’ancêtre de l’Union Européenne moderne, ndlr.). Le reste de sa vie, c’est-à-dire tout ce qui se passe après 1950, nous l’évoquons aussi, bien entendu, mais de manière moins détaillée. En réalité, nous voulions écrire ce film comme s’il s’agissait d’un film d’aventure, au cours duquel est raconté le parcours initiatique d’un héros, à l’image d’un Forrest Gump ou d’un Slumdog Millionaire. Aussi, la découverte de 40 bobines d’archives totalement inédites a permis d’enrichir notre écriture et de la mettre en image de manière encore plus concrète.

Comment avez-vous découvert ces archives inédites ?

AM : Ce sont des films amateurs, des moments de vie, tournés par Jean Monnet et son épouse. Ils ont été découverts par un descendant de Jean Monnet, qui les a apportés à la Fondation de Jean Monnet pour l’Europe à Lausanne. Quand nous y sommes allés, la Fondation était justement en train de les numériser. Jusqu’à il y a quelques mois encore, tout le monde ignorait complètement leur existence.

Qu’est-ce qui vous a finalement décidé à produire ce documentaire ?

AM : C’est un projet qui m’a réconcilié avec l’idée de l’Europe et grâce auquel j’ai compris qu’il était parfaitement possible de se sentir Européen tout en étant plus critique envers le fonctionnement actuel de l’Europe. Jean Monnet lui-même a toujours été critique et il n’a jamais eu de vision figée des institutions, il croyait au changement et à la construction permanente. Lire les mémoires de Jean Monnet et étudier sa vie m’a quelque part rendu plus européen, parce que j’ai soudain compris le sens de l’aventure européenne. Aussi, le fait que ce film soit une production à moitié strasbourgeoise était très motivant. En définitive, ce documentaire était une très belle aventure d’équipe et une très belle aventure européenne puisque la réalisation est binationale et que les financements et la diffusion sont européens.

Le documentaire, qui sort à l’occasion des 70 ans de la signature du traité de Paris (traité fondateur de la Communauté européenne du charbon et de l’acier – CECA – l’ancêtre de l’Union Européenne moderne), sera diffusé :

- le lundi 3 mai, à 23h, sur France 3 Grand Est dans le cadre de la Semaine de l’Europe
- le samedi 8 mai en Belgique (RTBF)
- le samedi 15 mai, à 21h, sur Public Sénat
- en Allemagne (diffusion régionale sur la SR à Sarrebruck et diffusion nationale sur l’ARD), au Luxembourg et sur Arte (dates de diffusion à venir)

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