La guerre en Israël vue d’Allemagne

La guerre en Israël et Gaza n'est pas vue de la même façon dans les pays européens. Des raisons démographiques et historiques expliquent ces différences d'appréciation.

Après les massacres dans les Kibbuz, l'Allemagne soutient inconditionnellement Israël. Foto: Kobi Gideon / Government Press Office / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(KL) – Le monde entier est affecté par la guerre en Israël et à Gaza, mais pas de la même manière. Cela s’explique. En Allemagne, en vue des crimes de l’Allemagne nazie au « IIIe Reich », les générations d’après-guerre ont appris dès le plus jeune âge le respect de la communauté juive et le rejet de tout mouvement antisémite. Qu’un peuple ayant commis la Shoah, le plus grand crime contre l’humanité de tous les temps, estime qu’il faille protéger inconditionnellement l’état d’Israël, semble normal. Pourtant, aujourd’hui, on assiste également en Allemagne à des manifestations pro-palestiniennes et pro-Hamas qui surprennent tout le monde.

L’Allemagne compte une population musulmane d’environ 5,5 millions de personnes (pour une population de 82 millions d’habitants), mais il n’y a qu’environ 90.000 Juifs qui vivent en Allemagne et ce nombre est en constante baisse, après des attentats sur des installations et personnes juives ces dernières années. Ce nouvel antisémitisme en Allemagne est déclenché par une partie de l’extrême-droite et une partie de l’extrême-gauche et aussi par des musulmans radicalisés, comme à Berlin ou Duisburg où vivent de nombreux réfugiés palestiniens. Ceci explique les manifestations ces derniers jours à Berlin où la police était autant surprise par le nombre de participants que par leur agressivité.

Du coup, l’Allemagne se rend compte que l’intégration de cette grande communauté musulmane a, en grande partie, échouée. La haine qui se manifeste aujourd’hui dans les rues de Berlin et ailleurs, vise autant l’état d’Israël que l’état allemand qui lui, soutient Israël de manière inconditionnelle. L’erreur des dernières années se situe peut-être là, car aucun responsable politique allemand n’a critiqué la politique d’un Benjamin Netanyahu qui pourtant, peut et doit être critiquée. Mais la population allemande distingue entre la politique israélienne et le soutien à l’état d’Israël, sachant que cet état n’existerait pas si la Shoah n’avait pas eu lieu. Donc, indirectement, une grande majorité des Allemands se sent responsable pour la protection d’Israël, n’importe les méfaits des gouvernements successifs.

Depuis les manifestations à Berlin, le monde politique réfléchit à voix haute d’augmenter les peines pour les discours de haine et le soutien d’organisations terroristes comme le Hamas. Mais cette réaction ne fait que traduire l’impuissance face à l’horreur des actes barbares commis par le Hamas. Heureusement et contrairement à d’autres pays, les fédérations musulmanes en Allemagne ont fermement condamné les actes terroristes du Hamas, tout en demandant à l’armée israélienne de protéger les civils palestiniens à Gaza. Et ces fédérations mettent en garde contre la destruction du vivre-ensemble des différentes communautés en Allemagne. Au lieu de verser de l’huile sur le feu, elles cherchent à calmer la situation et cette attitude est louable.

Les experts des services secrets se montrent inquiets et s’attendent à des attentats sur des installations et personnes juives. 80 ans après la Shoah, les Juifs vivant en Allemagne doivent à nouveau craindre pour leur sécurité et cela est insupportable pour la grande majorité des Allemands.

Mais que faire ? Les différentes tentatives de médiation du week-end dernier ne sont pas prometteuses, la distanciation des actes du Hamas par le Président de l’Autorité Palestinienne Abbas n’a rien changé à la situation et même la proposition du Pape François d’agir comme médiateur, n’a pas été entendue. La raison est aussi simple que triste – plusieurs pays dans le monde arabe et musulman, en première ligne l’Iran, voient une occasion unique de détruire l’état d’Israël, un objectif dont ces pays ne se sont jamais cachés. Dans une telle situation, qui ressemble à celle en Russie où le Président Poutine ne veut pas non plus négocier en vue d’une accalmie de la guerre en Ukraine, les négociations semblent vaines.

Pourtant, des négociations sont la seule option pour pouvoir espérer que la situation change. L’Allemagne, elle, restera aux côtés d’Israël. Mais si jamais cette guerre pourra être stoppée, il conviendra que le monde occidental se penche sur la situation en Israël, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza pour enfin avancer dans la direction d’une solution dite des « deux états ». Le chemin vers une telle solution semble long, parfois impossible, mais c’est dans cette direction qu’il faudra regarder. En espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard.

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste