(13) Summer Best Of : La nouvelle Europe se construira depuis « le bas »

Lors d'une conférence le week-end dernier à Turin, des associations françaises et italiennes ont lancé le début d'une coopération transfrontalière dans le domaine de l'action sociale. Prometteur.

Wally Bonvicini, Oscar Lancini, Brigitte Vitale et Sergio Bramini lors de cette conférence qui pourrait s'avérer historique. Foto: privée

Depuis presque deux ans, Eurojournalist(e) couvre la démarche inédite de l’Association Aide Entreprise qui englobe une coopération forte avec des partenaires italiens.

(KL) – Les problèmes sociaux se ressemblent partout en Europe. La « nouvelle précarité » fait l’objet de tout discours politique qui se respecte, l’action contre cette évolution vers une précarité croissante, quant à elle, se fait attendre. Mais ceux qui subissent le poids de cette précarité, des injustices sociales, juridiques, liées à l’âge, le sexe, la couleur de la peau, ne peuvent plus attendre. Par conséquent, le rapprochement des associations italiennes et françaises actives dans ce domaine semble aller de soi. Ce qui surprend, c’est l’attitude extrêmement constructive et coopérative de ces associations – et cette attitude appelle aussi le soutien du monde politique dans les deux pays pour cette démarche.

Toutefois, l’eurodéputé Oscar Lancini a déclaré, lors de cette conférence à Turin : « Si les politiques vous racontent qu’ils sont en mesure de réformer la justice, dont vous vous plaignez à juste titre, je l’assume ici et maintenant : ils mentent. Parce que tout politique qui l’a tenté, quelle que soit sa sensibilité politique, s’est fait décapiter. Aujourd’hui, la solution doit venir d’en bas. Les associations européennes doivent s’unir ! » Et c’est exactement ce qui s’est passé le week-end dernier, à Turin.

L’engagement citoyen et associatif nécessite, dans un premier temps, une prise de conscience. Comme celle des pays voisins qui souffrent des mêmes problèmes – une telle prise de conscience ouvre la voie vers une action commune, transfrontalière, européenne.

Lorsque Brigitte Vitale, Présidente de l’Association Aide Entreprise qui, depuis 10 ans, œuvre en faveur des victimes des procédures de liquidation judiciaire (procédures qui montrent de nombreux dysfonctionnements), a présenté la version italienne du rapport que son association a rédigé pour le Vice-Président de l’Assemblée Nationale Sylvain Waserman qui lui, a pris ce dossier à bras le corps, la surprise du public italien était de taille. Si les procédures dans les deux pays présentent autant des similitudes que de différences, le résultat est le même. Un taux de suicide élevé (le conseiller du gouvernement italien pour les entrepreneurs en difficultés, Sergio Bramini, a parlé de 3 suicides par jour en Italie, suicides que l’on dénomme maintenant « suicides d’Etat » ; pour la France, les chiffres se situent probablement au même niveau, mais aucun organisme en France ne collecte et ne compile ces chiffres), des dizaines de milliers d’emplois perdus par an et un taux de maladie de 100% parmi la population concernée. Il ne s’agit donc pas d’un problème italien ou d’un problème français, il s’agit bel et bien d’un problème que l’on constate dans la quasi-totalité des pays européens.

Et les associations italiennes et françaises sont déterminées à porter ce sujet à l’échelle européenne. Premier résultat de cette première consultation franco-italienne : début juillet, donc au moment de la constitution du nouveau Parlement Européen à Strasbourg, ils organisent un deuxième colloque sur la question à Strasbourg. Wally Bonvicini, homologue de Brigitte Vitale en Italie, s’est montrée aussi combative – « Combattre avec le papier et notre voix, c’est de cela que nos armes seront faites pour que les petits artisans, véritable patrimoine de l’humanité, restent en vie et puissent transmettre leurs merveilleuses connaissances au monde entier ! »

Et que demandent ces associations françaises et italiennes ? Cela commence par des mesures pratiques – en France, l’Association Aide Entreprise et le Vice-Président de l’Assemblée Nationale Sylvain Waserman sont en train d’évaluer 30 dossiers types pour identifier autant les dysfonctionnements que de remèdes potentiels – en Italie, on se bat actuellement pour que les personnes touchées par de telles procédures, ne se retrouvent pas dans la rue à grossir les rangs des SDF. « La résidence principale, véritable refuge familial, doit être insaisissable dans tous les cas et il existe des moyens de faire en sorte que les banques n’en souffrent pas trop et que tous y trouvent leur compte. », explique Wally Bonvicini.

A partir de cette approche, tout le volet social sera examiné au fur et à mesure pour identifier les sujets qui pourraient faire l’objet d’une approche associative au niveau européen.

« En principe », estime Brigitte Vitale, qui est d’origine italienne et qui vit en Alsace, « on doit passer par une phase de comparaison des meilleures pratiques dans les différents pays européens. La seule directive européenne concernant ces procédures ne s’applique qu’aux cas transfrontaliers, elle est assez floue et surtout, elle ne concerne en rien le déroulement de ces procédures au niveau national. »

Maintenant, ces figures éminentes du monde associatif font le deuxième pas. Après avoir rencontré le public italien, elles seront donc à Strasbourg au mois de juillet pour permettre aux Français de prendre connaissance de la situation en Italie. Et de là découleront logiquement les prochaines étapes de cette coopération franco-italienne naissante.

Vous avez dit « tensions entre la France et l’Italie » ? Peut-être au niveau des gouvernements, mais certainement pas au niveau des peuples. Au lieu d’imiter la grande politique, le monde associatif opte pour la voie de la raison – en visant désormais une coopération européenne. A suivre.

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