L’aumônerie, à quoi bon ?

Quels sont, dans les établissements sanitaires et médico-sociaux, les raisons d’être et le devenir de l’aumônerie protestante ?

Un thème intéressant et des interventions de grande qualité. Foto: Jean-Marc Claus

(Jean-Marc Claus) – Le week-end dernier, se tenait à l’Institut des Métiers de la Santé du Groupement Hospitalier Régional Mulhouse Sud-Alsace (GHRMSA), la Journée Triennale de l’Aumônerie Sanitaire et Médico-Sociale de la Fédération Protestante de France (FPF), pour les régions Grand Est et Bourgogne Franche-Comté. Une cinquantaine de personnes, en charge de responsabilités diverses dans les aumôneries protestantes des lieux de soins et de résidence, se sont retrouvées pour discuter perspectives, adaptation et réinvention.

Un moment important après le choc de la première vague de Covid-19 où, dans leurs structures de soin et de résidence, ces derniers avaient été au printemps considérés comme non-essentiels et donc mis en retrait. Ce ne fut heureusement plus le cas, lors des vagues et reconfinements suivants. Mais il n’en demeure pas moins que, mesures sanitaires exceptionnelles s’entendant parfaitement, le rôle des équipes d’aumôneries reste flou pour beaucoup, tant décideurs et acteurs des structures de soins et de résidence, qu’observateurs extérieurs, et parfois même potentiels bénéficiaires eux-mêmes.

Contrairement aux idées reçues, l’essentiel du travail des équipes d’aumôneries n’est pas la célébration du culte, et encore moins le prosélytisme. La spiritualité, dans notre société, connaît une évolution qu’a parfaitement décrite le professeur Christophe Monnot au début de la journée, et les intervenant(e)s qui se sont succédé(e)s, y ont apporté des éclairages particuliers en parlant de leurs expériences de terrain.

Tout en gardant son étiquette protestante, qui a le mérite de lui donner de la visibilité dans les structures de soins et médico-sociales, l’aumônerie est avant tout et de facto une sorte de tiers-lieu. Terme de la fin du siècle dernier aujourd’hui très tendance, employé pour ces milieux spécifiques, il renvoie au vécu des dénommés usagers, pris entre d’un côté, les professionnels des structures puis de l’autre, les membres de leurs réseaux familiaux et/ou amicaux.

Contrairement à ce que beaucoup s’imaginent, pour les équipes d’aumôneries, l’accueil inconditionnel pratiqué dans l’esprit des théories de Carl Rogers, passe bien avant la référence à toute sorte de croyance ou d’incroyance. S’il peut s’avérer pour le mieux comprendre, aidant de considérer l’humain dans une optique tridimensionnelle bio-psy-sociale, point n’est besoin d’y ajouter une dimension spirituelle, puisqu’elle est transversale aux trois autres, en cela que la souffrance touchant l’être dans son entièreté, pose encore et toujours la question du sens.

Question qui, lorsqu’elle survient et s’impose dans des moments douloureux, trouve une bien meilleure réponse dans l’empathie pragmatique, que dans le dogmatisme prosélyte en l’occurrence complètement hors-sol. La fraternité et la sororité, se partagent et se vivent tout d’abord dans l’humanité, puis ensuite s’il y a lieu, sous couvert d’une quelconque chapelle. En prenant bien garde à ce que cette dernière ne devienne pas un cénacle d’autoproclamés détenteurs d’une absolue vérité, et donc regardant ceux du dehors avec l’orgueilleux dédain propre à tous les sectaires.

Tiers-lieu, l’aumônerie l’est aussi, pour les personnels des établissements de santé et médico-sociaux, en cela qu’elle leur offre au sein des institutions qui les emploient, un espace de parole et d’échange, permettant de prendre un recul de plus en plus nécessaire, en regard des multiples pressions s’exerçant sur eux. Là encore, se pose et repose la question du sens, certes de la souffrance de l’autre, mais aussi de celui que les professionnels donnent à leur travail, sans bien sûr oublier leurs propres souffrances vécues sur les plans personnels et/ou professionnels.

Si l’aumônerie protestante a, dans les structures de soins et médico-sociales, besoin de s’adapter et de se réinventer, comme le mentionnait l’intitulé de ce colloque, ce n’est pas pour qu’elle-même puisse survivre, mais pour encore mieux aider les autres à vivre…

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