Le « bénévolat forcé » n’est pas légal en France

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a jugé illégal le projet d’imposer des heures de « bénévolat » aux bénéficiaires du RSA. Ainsi, on laisse un minimum de dignité aux plus démunis.

Il ne faut pas punir, menacer, angoisser les plus démunis, mais il convient de se souvenir de leur dignité humaine. Foto: bengt Nyman, Vaxholm, Sweden / Wikimedia Commons / CC-BY 2.0

(KL) – Les Allemands connaissent le système. L’état allemand impose à de nombreux bénéficiaire de l’aide sociale des « jobs à 1 euro », souvent dans les services des villes – le refus de travailler pour 1 euro l’heure, peut entraîner la suspension de l’aide sociale. Ce système a surtout un effet – il maintient les pauvres dans la pauvreté. Car un bénéficiaire de l’aide sociale (le « Hartz IV ») qui doit travailler toute la journée pour 1 euro / heure, se trouve dans une trappe de laquelle il est difficile de s’en sortir.

Comment chercher un travail sur le marché de l’emploi lorsqu’on est occupé toute la journée à nettoyer les parcs publics pour un salaire de 8 euro pour une journée de travail entière (qui se rajoutent à l’aide sociale) ? En se trouvant aussi dans l’obligation de se présenter régulièrement aux services sociaux qui se trouvent attachés à l’Agence pour l’Emploi ? Les « jobs à 1 euro » gardent les chômeurs de longue date à l’écart du « vrai marché de l’emploi » et les privent en même temps de leur dignité. Car être payé 1 euro / heure, cela revient à nier totalement la valeur du travail d’une personne et quelque part, la valeur de la personne elle-même.

Maintenant, le département du Haut-Rhin avait l’intention de mettre en œuvre un système comparable, en rendant un travail « bénévole » obligatoire pour les bénéficiaires du RSA. Cette mesure avait déclenché de vifs débats qui opposaient une indignation face à ce « bénévolat forcé » et une indignation de la part des gens bienpensants qui estimaient qu’un bénéficiaire du RSA doit tellement de reconnaissance à l’état qu’il puisse le montrer en travaillant de manière « bénévole ». Sous peine de se voir suspendre le RSA, donc, le strict minimum de survie.

Eh non, un chômeur n’est pas par définition un fainéant qui mérite d’être secoué et puni parce qu’il ne travaille pas, un chômeur est un être humain à qui la société doit autant de considération qu’au PDG d’une entreprise du CAC 40. Menacer de retirer le minimum de survie à une personne concernée et lui imposer un travail « bénévole », cela démontre que d’une part, les idées de l’esclavage n’ont pas été éradiquées entièrement par Victor Schoelcher et d’autre part, la stigmatisation des plus démunis par l’état, dont l’attitude « si nous leur donnons à bouffer, ils peuvent bien bosser un peu pour nous » n’est pas loin du qualificatif « sans-dents » pour désigner des personnes qui passent à travers les mailles du filet social.

Il convient donc de saluer la décision du Tribunal Administratif de Strasbourg qui a mis un « stop » à ce déni de la dignité des plus démunis. Si un bénéficiaire du RSA a envie de s’engager bénévolement pour une telle ou une telle cause, c’est formidable et mérite la même reconnaissance de la société que l’engagement bénévole d’un salarié. Mais obliger une personne démunie, sous la menace de lui couper les vivre, à effectuer un travail « bénévole » qui serait tout sauf bénévole, cela constituerait peut être la plus grande atteinte à la dignité de personnes qui se trouvent déjà dans la misère matérielle et morale.

Il serait temps que notre société retrouve le chemin de la solidarité. Dans un monde anxiogène, nous avons même peur qu’une personne démunie puisse être nourrie sur notre dos, comme les réfugiés d’ailleurs. Il serait temps que nous nous réveillons – et que nous cessions de stigmatiser ceux qui sont moins bien lotis que nous. Il est rassurant que la Justice veille à ces droits fondamentaux que la politique aimerait abolir.

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste