Le «Convoi humanitaire» de Vladimir Poutine

Avec son convoi humanitaire, Vladimir Poutine désavoue une nouvelle fois les Européens qui auraient pu et du organiser ce genre d'aide humanitaire depuis longtemps.

Un convoi est en train de zigzaguer vers la frontière ukrainienne - un cheval de Troie ? Foto: Renée Sitler / Wikimedia Commons / PD

(KL) – On le sait. La population dans les villes est-ukrainiennes souffre. Terriblement. Selon des estimations, les combats auraient déjà coûté la vie à 2000 personnes. Ou plus. De centaines de milliers de personnes ont du prendre la fuite face aux combats incessants entre «séparatistes» et l’armée ukrainienne. La situation est grave. Mais Vladimir Poutine est le seul ayant eu l’idée de faire un geste humanitaire (et surtout de communication !) en faveur de cette population martyrisée. Et nous, les Européens ?

Mais est-ce vraiment un geste humanitaire ? Si les plus de 250 camions blancs transportent effectivement des aliments, de l’eau et de l’équipement de secours, la Russie profite de ce convoi pour semer la panique en Ukraine. Le convoi zigzague sur le territoire russe, tantôt en direction de Charkiv, à plus de 300 kilomètres de Luhansk, où l’armée ukrainienne et des organismes internationaux pourraient contrôler la cargaison, tantôt il se dirige vers des postes de frontière sous contrôle des «séparatistes», où justement il pourrait se soustraire de tout contôle.

Irritant – la Russie tente de rassurer tout le monde quant à la nature humanitaire de cette action, clamant qu’elle se déroule sous contôle de la Croix Rouge. Seulement, la Croix Rouge affirme ne pas être impliquée dans ce convoi.

L’impuissance et le manque d’idées des Européens face à la crise ukrainienne est terrible. Poutine n’aurait pas pu réussir ce coup de communication si l’Europe avait eu le réflexe de proposer de l’aide humanitaire aux victimes de cette guerre. Bien sûr, l’UE a spontanément fait un don. Quelque millions d’euros. Chic. Les réfugiés ayant du quitter leur habitations pour sauver leurs vies, ils font quoi de ces euros ? Non seulement qu’ils n’en verront pas la couleur, de plus, ils ne pourront pas manger ou se soigner avec des billets de banque. Pourquoi l’Europe n’a pas organisée une vague de solidarité humanitaire en établissant une sorte de «pont terrestre», envoyant vivres, médicaments et produits de premières nécessités aux Ukrainiens ?

Dans le conflit qui oppose la Russie et l’Ukraine, l’Europe joue depuis les débuts un rôle assez lamentable. Incapable de peser sur les débats, considérée par la Russie comme parti dans ce conflit, l’Europe n’a pas pu faire de propositions politiques ou faire les gestes qui peuvent sauver des vies. Hormis quelques déclarations gratuites appelant les deux pays à faire preuve de bonne volonté, la diplomatie européenne, sous la houlette de la bibliothécaire anglaise Catherine Ashton, a une nouvelle fois failli.

Par rapport aux grands conflits du monde, l’Europe n’est toujours pas capable de parler d’une seule et même voix. Chacun poursuit ses propres intérêts, qu’il s’agisse d’exportations d’armes ou de la vente de matériel industriel et l’Europe apporte une nouvelle fois la preuve de son inefficacité. Avec tout ce que nous avons entendu avant les élections européennes («L’Europe est une communauté de valeurs partagées» ou «l’Europe, le fief des droits de l’homme» etc.), on se pose la question où se trouve l’Europe quand sa présence serait vraiment importante.

Ainsi, l’Europe laisse le champ libre à Vladimir Poutine et la Russie qui, une fois de plus, peuvent se positionner comme «les bons» dans ce conflit, comme ceux qui apportent vivres et médicaments pendant que les autres nettoient leurs armes. Mais bon, dans quelques jours, nos responsables politiques rentreront de leur repos estival bien mérité et on ne peut qu’espérer qu’ils aient tellement récupéré pendant leurs vacances qu’ils nous présenteront enfin de bonnes idées pour résoudre ce conflit. Mais ils feraient mieux de se dépêcher – la guerre n’attend pas la rentrée de nos dirigeants occidentaux…

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