Le Guyana – prochaine scène de guerre ?

Suite à la découverte de grands gisements pétroliers en Guyana, le Venezuela vient d'organiser un référendum sur la question s'il veut annexer une grande partie de son pays voisin.

La région d'Essequibo qui jouxte le Venezuela, couvre les deux tiers du Guyana. Foto: SurinameCentral / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(KL) – Il s’agit d’un vieux conflit qui date de l’époque du colonialisme qui revient à l’actualité, suite à la découverte de grands gisements de pétrole en Guyana, plus précisément dans la région frontalière avec le Venezuela, la région d’Essequibo. Si cette région riche en ressources a été gérée par le Guyana Britannique jusqu’en 1899, le Venezuela n’avait jamais accepté que l’Essequibo fasse partie d’abord du Guyana Britannique et ensuite, selon les Accord de Genève en 1966, de la République du Guyana, seul pays faisant partie du Commonwealth en Amérique du Sud. Il y a quelques jours, le président du Venezuela Nicolas Maduro, a organisé un référendum sur la question de l’annexion du Essequibo et 95% des votants se sont exprimés favorablement à une telle annexion qui constituerait une grave violation du Droit International. Après, on commence à s’habituer aux transgressions de ce Droit International.

Si la région d’Essequibo est très peu peuplée avec ses 125.000 habitants, elle produira en 2025, 1% de la production mondiale de pétrole, ce qui explique la démarche de Caracas qui conteste la « Sentence arbitraire de Paris » de 1899 qui affectait l’Essequibo au Guyana Britannique. Cette région dont la superficie correspond à un tiers de la France métropolitaine et qui couvre les deux tiers du territoire du Guyana, est devenue à nouveau intéressante pour son voisin, après la découverte de ces gisements énormes.

Pour le président du Venezuela, Nicolas Maduro, il s’agit d’argent, mais aussi d’une manœuvre politique. Selon les sondages, les citoyens de son pays souhaitent à 85% un changement du gouvernement et la raison principale de ce souhait, est la situation économique catastrophique du pays, même s’il compte parmi les grands producteurs pétroliers du monde. Mais quelle sera maintenant la suite  ?

Est-ce que Maduro prévoit une invasion dans le pays voisin ? Si dans la capitale du Guyana, à Georgetown, on se veut rassurant en indiquant que les frontières seraient bien gardées et sûres, le président du Venezuela tient déjà un discours poutinien. Ainsi, il a parlé d’une « lutte historique pour ce qui nous appartient, pour récupérer ce que les libérateurs nous ont laissé », un discours qui ressemble aux positions du Kremlin face à l’Ukraine.

Le rapport de force parle clairement en faveur du Venezuela qui, avec une population d’environ 20 millions de personnes, pèse lourd face au Guyana avec ses 800.000 habitants. Et qui viendrait au secours du Guyana, pays dont beaucoup de gens ignorent jusqu’à son existence ? Même si le pays fait partie du Commonwealth, il ne faudra pas trop compter sur un soutien militaire de Londres. Le monde est actuellement occupé par la guerre en Ukraine, par le conflit au Proche Orient, par les tensions autour de Taïwan et la Chine. Personne n’interviendrait dans un conflit en Amérique du Sud.

Il est vrai que le Venezuela a toujours contesté la « Sentence arbitrale de Paris » de 1899 qui était censée mettre un terme au conflit entre la Grande Bretagne (et donc, le British Guyana) et le Venezuela. Déjà à l’époque, le sujet de discorde était cette région d’Essequibo que les Britanniques réclamaient pour eux. En 1966, intervenaient les Accord de Genève qui donnaient lieu à la naissance du Guyana qui devenait alors la République de Guyana, en intégrant la région du Essequiba et les Britanniques se retiraient de la région. Le Venezuela, lui, continuait à appeler cette région « Zone de réclamation ».

On estime le potentiel des gisements de pétrole dans cette région à 10 milliards de barils, une aubaine pour celui qui pourra l’exploiter et vendre. Nicolas Maduro, personnage assez imprévisible, doit maintenant préparer la prochaine étape, car après ce référendum, il ne peut pas ne pas agir. Le Guyana, assez dépourvu de toute défense digne de ce nom, ne peut tabler que sur l’inaccessibilité d’une grande partie de cette région qui rendrait une opération militaire très compliquée. Mais en vue des enjeux financiers, il y a de fortes chances à ce que l’on assiste prochainement au début du prochain conflit armé, cette fois en Amérique du Sud.

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