Le Pen, Mélenchon, Macron : la même promesse de révolution

Du vide, un immobilisme trentenaire, des partis qui s'entre-déchirent. La présidentielle française peine à séduire. Et pourtant, dans le secret des urnes, celle-ci pourrait avoir quelque chose d'historique : consacrer l'implosion des deux grands partis de gouvernement.

Ils promettent tous une "révolution". Qui pourtant, n'aura pas lieu... Foto: Joe Brusky / CC-BY 2.0

(Par Charles Nouar) – Dans la rue, au troquet du coin, à la machine à café du bureau, pas d’oppositions politiques, pas d’invectives partisanes, juste une humeur lasse. Et ces mêmes petites phrases qui en disent long. Les élections ? « ‘Mieux vaut qu’il ne fasse trop beau ou qu’il ne pleuve pas ce jour-là »…

Déjà, la primaire de droite n’enthousiasmait pas. Seul point d’accord et de (relative) mobilisation : faire barrage à Sarkozy. Une fois le premier tour passé, et l’ancien locataire de l’Elysée évincé, retour au désintérêt. Peu importe, finalement qui Juppé ou Fillon, l’essentiel était fait. Au moins pour la cavalerie non LR, issue de gauche ou du centre, qui avait sciemment trollé la primaire. Au PS, la débandade est en ce moment même encore plus criante. Valls, sur le papier, aurait légitimement dû partir favori. Mais, pour beaucoup, Valls fait trop penser à Sarkozy. Sans compter sa sortie sur le 49-3. Sa promesse de l’abroger, lui qui en a usé et abusé. Plusieurs semaines après cette annonce, la pilule, auprès d’un grand nombre de militants, ne passe pas. Certains en viendraient d’ailleurs presque, déjà, à regretter Hollande.

Qui, alors ? De Rugy, l’ancien EELV ? Bennahmias, l’ancien Vert, l’ancien Modem ? Nul ne sait ni ne comprend vraiment ce que viennent faire ces deux sans-familles politiques dans la primaire socialiste. Pinel ? Montrer que les radicaux de gauche ont une existence politique sans être en mesure d’exister par eux-mêmes ? Peillon ? Au mieux, l’homme, presque transparent, indiffère. Au pire…, indiffère, aussi. Son seul mérite, peut-être, son profil pro-européen. Au moins pour les derniers europhiles du parti. Mais son absence de stature politique gomme vite le peu d’empathie qu’il pourrait susciter. Restent Montebourg et Hamon : le tribun à la marinière d’une certaine France, mélange d’aristocratie et de ruralité, et le timide gendre idéal d’au-delà du périph qui a su imposer l’idée d’un revenu universel dans le débat. Voilà pour l’image marketing.

Montebourg, Hamon : surprises de la primaire de gauche ? – Montebourg, Hamon, pourtant, pourraient par défaut être les principales surprises de la primaire de gauche, avec un petit avantage médiatique de départ pour le chantre du « made in France » électoral. Principale interrogation, néanmoins, la capacité de celui-ci à rassembler la gauche face à un Mélenchon, non pas simple frondeur socialiste, cette fois, mais véritable dissident depuis 2008 où, à l’issue du congrès de Reims, celui-ci fit le choix de claquer la porte du parti pour fonder son Front de Gauche, sur les vestiges d’une autre maison, communiste cette fois.

A droite, Guaino a raison de dire que la présence de Fillon au second tour des présidentielles n’est guère plus acquis que celle du candidat PS, quel qu’il soit. Pas tant qu’il ne se reconnaît pas dans cet ancien Premier ministre de Sarkozy ; pas tant, non plus, qu’il espère encore lui dérober son électorat, s’il obtient les signatures lui permettant de battre campagne ; mais parce que Fillon ne suscite guère davantage d’envie électorale, sous ses traits vieillissants d’héritier d’un système de partis d’un autre temps.

Un boulevard pour Le Pen, songe-t-on alors, à l’heure des Trump et Brexit face à des candidats traditionnels si peu armés pour lui faire front. Si peu volontaires à aborder les questions prospectives dont celles – en premier lieu – de la destination du voyage européen et des emplois de demain. Des emplois qui, à mesure que se développeront Google Cars, Amazon Go et autres avancées technologiques substituant à la valeur humaine celle des robots et des algorithmes subiront une hémorragie sans précédent. Déjà, en septembre 2013, Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, deux chercheurs de l’Université d’Oxford, prévenaient : d’ici 2025, au pire 2030, la proportion des emplois remplaçables par des machines, atteindrait 47%. Personnes concernées : télémarketeurs, analystes, secrétaires, dockers, employés de banque, réceptionnistes, arbitres sportifs, chauffeurs, caissiers, comptables, ouvriers assembleurs…

2025 : à deux ans près, la fin de ce prochain mandat présidentiel. Face à cette hémorragie annoncée, nulle perspective, nulle réponse, tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. Le PS, à l’exception peut-être de Hamon et de son revenu universel – que l’on imagine bien plus servir à compenser la disparition de ces emplois que de permettre d’en créer de nouveaux – sabre la question. Fillon, lui, sabre les postes de fonctionnaires sans en expliquer la pertinence autre que celle rapportée à un fichier Excel. De quoi ajouter, s’il en était encore besoin, à la lassitude ambiante.

Le Pen, Mélenchon, Macron : trois candidatures pour une même révolution – Face à ces renoncements à définir une vision politique forte pour demain, Le Pen, adossée à un électorat relativement fidèle, semble effectivement de prime abord disposer d’un boulevard électoral. Mais deux autres candidats aussi. Plus inattendus. Mélenchon, tout d’abord, l’homme aux plus de 172.000 abonnés Youtube (contre 80.000 adhérents enregistrés au parti socialiste), pourrait enfin être audible dans sa volonté de « tourner la page de la tyrannie de l’oligarchie financière et de la caste qui est à son service ». Seule interrogation dans les milieux de gauche : voter Mélenchon plutôt que socialiste ne condamne-t-il pas justement la gauche à ne pas figurer au second tour de l’élection ? Une dispersion des voix face à un Montebourg ou un Hamon y participerait très probablement. Une victoire de Valls, sans doute bien moins. En déclarant le 5 janvier dernier « A quoi bon un candidat du Parti socialiste ? », Mélenchon ne manquait d’ailleurs pas de prendre les devants. L’homme le sait : du profil du candidat socialiste choisi dépendra sa capacité à fédérer au-delà de ses propres rangs.

Autre candidat susceptible de brouiller les cartes électorales, Macron, l’homme qui joue désormais ses meetings politiques à guichets fermés. Un homme qui représente tout ou presque ce que les Français rejettent aujourd’hui : les énarques, les milieux d’affaires, le gouvernement Hollande. Mais qui, paradoxalement, séduit par sa capacité à (re)donner envie. A gauche, à droite, au Centre : Macron est partout à la fois et casse délibérément les codes partisans. Réussit pour l’heure là où Bayrou était jusqu’alors jugé non crédible. Avec, à l’image d’un Trump, cette image d’entrepreneur – qu’il n’est pourtant pas – laissant espérer que lui, au moins, saura créer les emplois de demain. Son autre atout ? Son discours résolument pro-européen. Un handicap initial dans un contexte eurosceptique mais susceptible de fédérer l’ensemble des électorats encore favorables à la construction européenne en l’absence d’autre présidentiable europhile. La rencontre à Berlin entre Daniel Cohn-Bendit et Macron n’est d’ailleurs pas passée inaperçue. Par amitié, le fondateur d’EELV, qui lui a ouvert les portes du parlement européen en 2009, n’affaiblira très certainement pas Jadot jusqu’à l’issue du premier tour. Mais ensuite, qui d’autre que Macron si celui-ci voyait son ascension confortée par les urnes…? Qui d’autre également, pour Bayrou (ou ses électeurs), si Fillon s’effondrait dans la première ligne droite ? Qui d’autre, enfin, pour les socialistes euro-fédéralistes ?

Le Pen, Mélenchon, Macron, tiercé gagnant de ces élections ? Il est encore bien trop tôt pour le dire. Mais une chose interpelle à ce stade tant elle leur est commune : leur enveloppe marketing : « Au nom du peuple ! », déclare Le Pen ; « La France Insoumise », clame Mélenchon. « En marche ! », appelle Macron. Chacune d’inspiration révolutionnaire. Chacune en phase avec cette envie citoyenne de fin de règne(s). Seule faille, pour Macron notamment: l’acquisition, en cas de victoire, d’une majorité parlementaire nécessaire à gouverner. L’étape, sans doute, la plus périlleuse le concernant, parce que dotée d’un coût financier. Trump, lui-même, ne s’y était pas risqué, préférant plus sagement adosser sa candidature à celle d’une machine électorale et financière bien huilée.

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