Le «succès allemand» : un enfant sur six vit de l‘aide sociale

«Jamais», disait Angela Merkel pendant sa campagne électorale fin 2013, «les Allemands n`allaient aussi bien qu'aujourd'hui». Est-ce qu‘elle voulait parler des millions d‘enfants vivant dans la misère en Allemagne ?

Un enfant sur six vit en-dessous du seuil de la pauvreté en Allemagne. Le prix du "succès". Foto: Wellcome Library London / Wellcomeimages.org / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0

(KL) – Les fêtes de fin d‘année sont le moment où les enfants démunis se rendent compte de leur état social. Pendant que les autres reçoivent des cadeaux et ingurgitent des quantités de denrées de qualité, ces enfants démunis comprennent, selon l‘âge, qu‘il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le pays des poètes et des penseurs. En effet, un enfant sur six en Allemagne vit en-dessous du seuil de la pauvreté tel les institutions mondiales l‘ont défini.

Mais même la pauvreté est injuste – ainsi, seulement 7% des enfants vivant en Bavière sont touchés par la précarité, tandis qu‘à Berlin, un enfant sur trois grandit dans le besoin. La relation entre la pauvreté matérielle et les capacités d‘effectuer une scolarité sereine, n‘est plus à démontrer. On sait que les enfants qui ne peuvent pas se permettre un petit déjeuner correct, manquent de forces et d‘énergie pour apprendre dans les meilleures conditions. Ainsi, la pauvreté des enfants (et de leurs familles) ne constitue pas seulement un scandale social, mais également un problème économique. L‘Allemagne, déjà frappée par les changements démographiques, se paye le luxe de laisser toute une génération de jeunes en rade, en les laissant dans le besoin.

Les chiffres en sont froids et inquiétants. 1,64 millions de jeunes en dessous de 15 ans, vivent du tristement célèbre «Hartz IV», donc de l‘aide sociale, ce qui correspond à 15,5% de la population dans cette tranche d‘âge. On comprend aisément que ces enfants, en vue de leur condition sociale, sont exclus de la vie de société. Dans une telle situation, inutile de penser au cinéma, au théâtre, aux concerts, même l‘adhésion à une association sportive ou culturelle devient difficile. Ce qui engendre inévitablement une stigmatisation de ces enfants.

En vue de ces chiffres, on est en droit de se poser des questions quant à la pertinence de la politique allemande. L‘austérité d‘Angela Merkel favorise ceux qui n‘en ont pas besoin, tout en frappant là où les gens souffrent déjà.

Lorsque l‘Allemagne se frotte actuellement les yeux en constatant que les néonazis connaissent un succès grandissant dans les Länder de l‘ancienne RDA, une partie de la réponse à la question du «pourquoi» se trouve déjà dans ces chiffres. Car le clivage entre l‘est et l‘ouest existe toujours, aussi 25 ans après la chute du Mur. Dans les Länder de l‘Ouest, la précarité ne touche «que» 13,7% des moins de 15 ans, les Länder de l‘Est enregistrent un taux de 23,5% – donc, presque un enfant sur quatre dans l‘ex-RDA vi en-dessous du seuil de la pauvreté.

Ces chiffres représente de la dynamite sociale pour les années à venir. Car ces enfants voudront, à juste titre, aussi avoir accès à leur part du gâteau de la société. Mais, souvent mal formés, sans diplômes et perspectives, une bonne partie de ces jeunes est déjà condamnée à ne jamais pouvoir s‘en sortir du «Hartz IV». Nés dans la pauvreté, privés de chances équilibrées, cette génération confinée à une vie sans perspectives, constitue le vivier pour les extrémistes, fanatiques religieux et autres groupes nocifs qui proposent une «pseudo-perspective» à une jeunesse qui n‘en a pas.

Les chiffres sont connus, l‘OECD a récemment critiqué dans un rapport que l‘Allemagne n‘investit pas assez dans la formation et éducation de sa jeunesse, mais la chancelière ne se laisse pas impressionner. Elle poursuit sur sa lancée, sans se rendre compte que ce qu‘elle fait actuellement aux jeunes en Grèce, en Espagne et ailleurs, est exactement ce qui arrive déjà aujourd‘hui à un sixième de la jeunesse allemande. Mais la chancelière ne tient pas à en parler. Au niveau de la communication, il est beaucoup mieux de rassurer la population en faisant semblant que «jamais avant, les Allemands n`allaient mieux». Actuellement, les gens gobent encore des énormités pareilles. Jusqu‘au jour où ils se révolteront. Ce jour-là, le monde politique sera surpris par la véhémence de la réaction de la population.

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