Les « libérés de la Sécu » sont tombés dans un piège

Ils étaient plusieurs milliers à vouloir contester le monopole de la Sécurité Sociale : l’instigateur de ce « mouvement » vient d’être condamné.

Celui qui crie le plus fort n'a pas toujours raison... Foto: Yathin S. Krishnappa / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(KL) – Personne n’aime se laisser dicter sa vie. Nous aimons la liberté, la possibilité de choisir, l’indépendance. Ainsi, le dénommé Claude Reichman avait lancé son mouvement MLPS (« Mouvement pour la liberté de la protection sociale »), incitant ses adhérents à quitter la Sécurité Sociale française, estimant que l’obligation d’affiliation représente une contrainte inacceptable. Seulement, il n’est pas possible de quitter la Sécurité Sociale française, et ceux qui ont suivi ses conseils l’ont chèrement payé, parfois au prix de l’existence de leur petite entreprise et de leur patrimoine personnel. Claude Reichman vient d’être condamné à 10 mois de prison avec sursis – et finalement, tout le monde reste sagement affilé à la Sécurité Sociale.

Mais est-ce vraiment un objectif en soi que de quitter la sécurité sociale ? L’exemple allemand montre où la libéralisation de la protection sociale conduit – à une médecine à plusieurs vitesses qui prodigue des soins de qualité à ceux qui payent le prix fort aux assurances privées, tandis que la majorité des assurés doit se limiter à des soins limités en quantité et en qualité. Ou, pour le dire encore plus clairement, on se dirige vers une médecine des riches, laissant en rade les pauvres. Ce qui n’est pas exactement le sens de la Sécurité Sociale. Cette évolution crée de tels clivages que le monde politique allemand réfléchit à voix haute quant à l’introduction d’une « Bürgerversicherung » (assurance populaire) qui ne serait autre que le système de la Sécurité Sociale à la Française. Donc, la démarche de Claude Reichman et de son mouvement MLPS était étrange dès le départ.

Dans ses nombreuses conférences et interventions publiques, Claude Reichman invitait ses adhérents à quitter le système de la Sécurité Sociale française pour s’affilier à d’autres assurances. Concrètement, il orientait ses adhérents, entre autres, sur les services proposés par une entreprise anglaise, « Amariz », qui pourrait s’occuper de manière compétente de ce type de dossier. La vidéo où Claude Reichman explique à quel point il serait facile de quitter la Sécurité Sociale ne dure que quelques minutes, mais elle est assez longue pour que l’on comprenne. De toute manière, la société « Amariz » dont le siège se trouve à Bristol, n’est pas une assurance, mais une boite à lettres. Enregistrée avec un capital social de £ 100, cette société ne peut, en aucun cas, représenter une alternative à la Sécurité Sociale française.

Les crédules qui sont tombés dans le piège pensaient réellement pouvoir quitter simplement le système français – et le réveil fut pénible. Aucune des personnes ayant mené un procès pour faire reconnaître le prétendu droit de quitter la Sécurité Sociale n’a obtenu gain de cause. Pire – ceux qui ont cessé de payer leurs cotisations en s’affiliant à l’un des organismes proposés, sont triplement punis : ils ont perdu les cotisations versées à d’autres assurances, ils ont été condamnés à payer les cotisations non versées aux organismes français et ils ont également dû s’acquitter des amendes qui accompagnaient les cotisations non versées.

Les conséquences pour les personnes qui ont été leurrées dans cette démarche folle de quitter la Sécurité Sociale pour adhérer à des structures à l’étranger, sont parfois catastrophiques. Dans plusieurs cas, les caisses n’ayant pas perçu les cotisations ont entamé des procédures de liquidation judiciaire à l’encontre des personnes concernées qui souvent, étaient des petits entrepreneurs qui espéraient, en toute bonne foi, pouvoir baisser par ce biais les charges pour leurs petites entreprises. Seulement voilà, les caisses comme l’URSSAF sont sans pitié lorsqu’il s’agit de recouvrer de l’argent qui leur est dû – donc, la quête de l’indépendance de la Sécurité Sociale s’est soldée pour plusieurs personnes par la perte de leur société, de leur travail, de leur patrimoine et de leur vie.

Le Tribunal Correctionnel de Paris vient de mettre un terme à ces agissements douteux qui ont poussé de nombreuses personnes à commettre une erreur onéreuse. Ces personnes pensaient se battre pour la liberté et l’indépendance et finalement, elles n’ont fait que prendre des risques énormes pour rien. Le verdict de Paris a démontré que l’incitation de quitter la Sécurité Sociale française par Monsieur Reichman était illégale. Il y a des luttes qui valent d’être menées, mais celle contre la Sécurité Sociale n’en fait pas partie. Dans d’autres pays, on rêve d’avoir un système comme la « Sécu » française…

1 Kommentar zu Les « libérés de la Sécu » sont tombés dans un piège

  1. ” Je vous répondrai dans ma chambre d’hôtel tout à l’heure”.

    Pourquoi je partage cet article controversé?

    En 2012 j’ai été une fondatrice des mouvements des Pigeons.

    Les médecins ont vite créé leur propre mouvement.

    Le MPLS avec à sa tête Claude Reichman, qui existait déjà depuis 1996 a compris qu’il pouvait relancé son mouvement totalement agonisant en passant par ces médecins outrés.

    Le discours étant bien ficelé, comme tant d’autres, en défense des petits patrons opprimés par leurs charges, j’ai tout bonnement trouvé opportun me rattacher à cette cause qui me semblait juste.

    Sauf que je ne défendais pas les intérêts que des médecins, mais ceux des TPE/PME.

    Un grand dilemme s’est donc posé: comment inciter des entreprises à ne plus payer leurs charges sachant que l’URSSAF est responsable à 80% des liquidations des entreprises ( elle demande l’ouverture de redressement systématiquement, sachant qu’ensuite 97% de ces RJ finissent en faillites)

    Ma spécialisation est justement les conséquences de ces faillites (lesdites procédures collectives) – voir La Machine à Achever les PME” sur Capital avril 2017.

    Un médecin, membre de notre association, m’a invitée à Nancy afin que je puisse rencontrer M. Reichman et lui poser cette question:

    “Si j’incite une entreprise à ne plus payer ses cotisations, qu’elle s’adresse à AMARIZ en Angleterre, cela sera-t-il un argument valable juridiquement pour contester une liquidation d’entreprise?”

    Sur le point de légaliser notre association, ma responsabilité en tant que présidente était évidente et je devais être certaine de en pas envoyer à l’échafaud ceux que notre association était sensée vouloir aider.

    La réponse de m. Reichman fut exemplaire de manipulation adroite et rodée:

    ” Je vous répondrai dans ma chambre d’hôtel tout à l’heure”.

    Faut-il expliquer ce qu’une réponse de ce genre peut provoquer dans une assemblée essentiellement masculine énervée ?

    Moqueries, hilarité, commentaires grossiers……

    Il me fut impossible par la suite d’intervenir et de poser ces questions que nos adhérents nous avaient listé.

    Le but de M Reichman, en bon gourou d’une secte, était atteint avec ces méthodes qui pour certains n’auront aucun mystère.

    J’ai quitté Nancy en septembre 2014, et j’ai définitivement compris que ce mouvement n’avait qu’un seul but: enrichir ses instigateurs au détriment de naifs, bien loin de venir les aider.

    Bien sur, ceux qui pouvaient exercer leur métier en France et vivre de façon transfrontalière avaient tout à y gagner , mais pour les autres, il y a des morts.

    Pas à cause du RSI, mais à cause de la liquidation judiciaire qui suit forcément.

    Je n’entre pas dans les considérations quant à savoir si les méthodes de recouvrement de l’URSSAF sont moralement et juridiquement fondées.

    Je les critique vertement et je monte au créneau pour que cela change.

    Ce que je dénonce ouvertement c’est qu’il est inadmissible que des êtres humains se servent d’autres êtres humains par le biais de la tromperie pour arriver à des fins douteuses.

    Je précise qu’alors qu’on m’avait assurée que moi-même je “pouvais quitter la sécu”, j’ai découvert ironiquement que toutes ces pseudos assurances de remplacement de notre sécu me refusaient: j’avais un cancer.

    J’ai découvert également, grâce à d’autres personnes lucides, que les assurances qui acceptaient de se substituer à la sécu précisaient qu’elles ne couvraient pas les pathologies dont le décours aurait pu débuter dans les 5 années précédentes……( vous voulez vous faire soigner pour un cancer au stade III, on estimera que vous êtes en période de “franchise”).

    On me demande souvent ce que je pense de notre “sécu”.

    Je suis d’avis que le principe même d’une égale santé pour tous est un droit fondamental durement acquis et qu’il est de folie pure vouloir s’en défaire.

    Il faut se demander “à qui profite le crime”: aux lobbies des assurances qui aimeraient bien investir notre pays et continuer à le diviser entre riches et pauvres.

    Les discours douteux volontairement mélangent et confondent le principe même de sécurité sociale avec sa gestion, qui elle en effet est calamiteuse, couteuse et inhumaine.

    Notre association se bat pour que l’ URSSAF soit profondément réformée.

    Elle ne conteste pas qu’une solution puisse être une ouverture ( très réglementée) avec des organismes , mais elle conteste les méthodes et le pigeonnage des crédules.

    Aujourd’hui on m’oppose le discours suivant concerant le partage de cet article:

    M. Reichman est “peut-être” un escroc qui s’est enrichi en faisant passer une société Amariz avec un capital de 100 livres ( inexistant!!!) comme une alternative à la sécu, mais son combat est juste……

    Ok.

    Voilà ce que moi j’entends de ce discours :

    Un homme qui défend la cause des femmes battues a le droit de commettre l’erreur d’en battre, violer, et tuer quelques unes pour atteindre son but…….

    Je vous laisse réfléchir.

    Moi j’ai pris mon parti: je ne cautionnerai jamais le travail d’une ordure.

    Bien sur, on me répondra que c’est “personnel” et que j’en veux à cet homme pour m’avoir publiquement humiliée et ridiculisée.

    Alors oui, je l’assume et je #balancetonporc

    A ceux qui veulent se “libérer de la sécu”, je les invite à le faire dans des recours collectifs directement dans les tribunaux, la CEDH ou l’ONU, mais pas au prix de nos semblables.

    Ceux qui ont des problèmes aujourd’hui pour avoir cru que c’était “légal” de quitter la sécu ( un jour ce le sera peut-être s’ils se battent adroitement) peuvent toujours venir vers notre association afin de trouver une entente .

    Non, je ne cautionne pas la dureté de notre système de sécurité sociale, mais je tiens compte que pour l’instant toutes les actions en justice ont été perdues.

    Les libres penseurs donneurs de leçons ne ramassent pas les cadavres que nous ramassons et j’ai du lire des horreurs du style ” toute guerre fait des morts”.

    Quand Amariz ou Allianz ne prendra pas en compte les couts d’un traitement expérimental de leur enfant , comme celui qui me permet d’être ici aujourd’hui, je suis certaine que les discours bien rodés de ces défenseurs de nos libertés prendront un tout autre sens.

    Alors à ceux qui ont envie de sacrifier pour enrichir les riches, les planqués derrière des pseudos, médecins avocats, ingénieurs, qui eux, paient leurs cotisations, allez-y ………….

    Pour les autres, je les invite à se rebeller intelligemment et de façon constructive à un système toujours plus dictatorial en bonne intelligence collective.

    AIDE ENTREPRISE
    Association Loi 1908 -Volume 92 Folio n°112 -
    Aide et défense des personnes en difficultés et en particulier des (ex) indépendants.

    OSDEI (Observatoire des Suicides et Difficultés des (ex) Entrepreneurs et Indépendants)

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