Les mots ont une importance

Le monde traverse une série de crises – et le phénomène le plus dangereux qui nous guette actuellement, c’est l‘autoritarisme. Qui lui, se répand de plus en plus dans le monde entier.

D'abord, le populisme, ensuite l'autoritarisme et après... mais bon, on sait tout ça... Foto: Bundesarchiv / Bild 183-1130-502 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(KL) – Le dictionnaire donne la définition suivante : « Le terme autoritarisme peut désigner aussi bien un comportement que le mode de fonctionnement d’une structure politique. L’autoritarisme consiste dans les deux cas en une prééminence, une hypertrophie de l’autorité érigée en valeur suprême. » L’autre terme beaucoup utilisé ces temps-ci, le « populisme », se définit ainsi : « Le populisme désigne un type de discours et de courants politiques qui fait appel aux intérêts du ‘peuple’ (d’où son nom) et prône à son recours, tout particulièrement en opposant ses intérêts avec ceux de ‘l’élite’, qu’il prend pour cible de ses critiques, s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique. » A un moment où beaucoup de gens se sentent encerclés par des dangers multiples, c’est le besoin de se sentir protégé qui constitue le plus grand des dangers qui nous guettent.

Recep Tayyip Erdogan, Donald Trump et les autres – ce sont les politiques autoritaires qui ont actuellement le vent en poupe. Les « intérêts des peuples », aucun de ces politiques ne s’y intéresse réellement, c’est le concept du pouvoir comme « valeur suprême » qui les anime. Considérant la définition du terme « populisme », on constate actuellement l’absence d’une vraie révolte contre les « élites » et c’est normal – ils ont besoin des « élites » pour conforter leur position.

L’autoritarisme, et tous les exemples de systèmes autoritaires le prouvent, constitue un danger grandissime pour les libertés des peuples et la paix. C’est le propre de l’autoritarisme d’éliminer tout ce qui pourrait mettre en péril cette « valeur suprême » qui est le pouvoir. L’évolution actuelle en Turquie le montre – puisque le système de l’éducation est considéré par Erdogan comme un danger potentiel (on risque d’y former des esprits éveillés et critiques), le président-dictateur ferme des écoles, prend le contrôle des universités, jette des universitaires en prison et tente de transformer ce système éducatif en un soutien pour son pouvoir absolu. Avec les « purifications » de l’armée et de la justice, Erdogan met en œuvre un système autoritaire quasiment académique.

Pourquoi est-ce que les Turcs, les Américains et les autres ne se révoltent pas contre cette évolution, pourquoi les peuples cautionnent la mise en œuvre de tels systèmes par des votes démocratiques, considérant que de tels systèmes soient contraires aux intérêts des peuples qui aspirent à la liberté et au bonheur ? La raison semble claire – les politiques autoritaires séduisent les populations par l’affichage de leur détermination d’éradiquer les racines des problèmes qui créent actuellement l’angoisse dans les populations. Les leaders autoritaires n’ont même pas besoin de promettre de résoudre les problèmes, leur détermination de s’y attaquer leur confère une sorte d’aura de « sur-père », de celui qui s’occupera de ce qui nous oppresse. Même si l’Allemagne est tout sauf un pays autoritaire avec ses structures politiques démocratiques, il est intéressant de noter que le surnom que les Allemands ont donné à leur chancelière est « Mutti » – ce qui traduit également ce besoin d’être rassuré, d’avoir des leaders politiques qui s’occupent de nos affaires « en bon père de famille ».

Toutefois, le danger de nos « populistes », qu’ils soient de la « droite » comme de la « gauche », est réel. Car ils nous miroitent de vouloir résoudre nos problèmes, ce qui leur apporte bon nombre d’électeurs, mais le populisme n’est souvent que l’étape précédant l’instauration d’un système autoritaire – l’Allemagne nazie et la Turquie actuelle en sont des exemples types. Dans les deux cas, les leaders populistes ont été portés au pouvoir par une légitimation démocratique, avant de se mettre à la transformation de leurs pays en système autoritaire où toute opposition a été éliminée pour cimenter cette « valeur suprême » qui est le pouvoir concentré sur une personne.

La peur qui règne actuellement dans nos pays, est un très mauvais conseiller, car elle favorise l’émergence de ces systèmes autoritaires. Si aujourd’hui, les débats concernant la peine de mort sont à nouveau menés, cela prouve que nous sommes prêts à troquer les acquis humanistes de nos sociétés contre une prétendue sécurité dont nous savons qu’elle n’existe pas.

Il ne faut pas céder maintenant à ce réflexe de confier notre avenir à des gens qui nous miroitent avoir une recette contre les phénomènes qui nous angoissent actuellement – ils en ont pas. Mais tant que les partis dits traditionnels ne changent pas, tant qu’il n’y a pas de nouveaux partis de la raison qui se manifestent, les extrémistes populistes ont une autoroute devant eux. Pour ensuite instaurer également chez nous, des systèmes autoritaires. Attention, danger !

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