L’Europe échoue lamentablement dans la répartition des réfugiés

L'Europe est grande. Surtout lorsqu'elle fait des annonces tonitruantes. Mais là où elle échoue lamentablement, c'est dans la mise en œuvre des annonces faites. L'Europe n'est pas si grande que ça.

Cette réfugiée syrienne avec son bébé constitue donc une menace pour l'Occident contre laquelle il faut se défendre ? Foto: DFID UK Department for International Development / Wikimedia Commons / CC-BY 2.0

(KL) – On se souvient de ce sommet à Bruxelles. Angela Merkel et François Hollande s’engageaient à fond pour arriver à un accord concernant la répartition de 160 000 réfugiés sur les 28 états-membres de l’Union Européenne (moins la Grande Bretagne, l’Irlande et le Danemark qui sont exempts de solidarité européenne pour des raisons qui restent difficiles à comprendre). Et à la fin d’une réunion marathon qui a duré toute la nuit, les grands de la politique européennes étaient satisfaits – l’accord avait été trouvé, malgré les protestations de la Hongrie, de la Slovaquie et de la République Tchèque qui estimaient que l’accueil des réfugiés allait dépasser leurs capacités. Aujourd’hui, un mois après cette magnifique annonce, 19 réfugiés ont pu être envoyés dans un autre pays. Dix-neuf. Sur 160 000. Et ces 160 000 ne constituent qu’une petite partie des réfugiés qui arrivent cette année en Europe.

Le premier ministre slovaque, Robert Fico, l’avait annoncé – son pays allait tout simplement ignorer la décision prise et la scission européenne semble être une réalité. Chacun mène sa propre politique, on érige des barbelés, on ferme les frontières, on change les lois et l’Europe s’enferme dans son nouveau nationalisme qui se traduit par une montée importante des partis nationalistes et de l’extrême-droite. L’Europe, il faut le dire, est aujourd’hui une organisation à laquelle on fait appel pour ses projets de développement national, mais la solidarité européenne, ces «valeurs communes», n’existent plus. Il faudra en tirer les conséquences et systématiquement couper les subventions à tout état-membre qui refuse d’appliquer les décisions communes.

Les 19 réfugiés «répartis» ont été envoyés de l’Italie en Suède. Et les 159.981 qui restent ? Tant que ces réfugiés n’arrivent pas dans les autres pays européens, ceux-ci ferment les yeux. Comme si les réfugiés avaient le temps d’attendre. Mais si l’Europe n’arrive pas à agir de manière solidaire face à ce problème, quand est-ce qu’elle voudrait fonctionner ? Seulement lorsqu’il s’agit de sauver des banques ?

Les chiffres montrent toute l’étendue de l’échec européen. Tous les jours, quelque 4000 réfugiés syriens arrivent sur la seule île de Lesbos en Grèce en provenance de la Turquie – et l’Union a «réussi» à en répartir 19… Pour le ministre des affaires étrangères luxembourgeois Jean Asselborn, le problème principal serait que les réfugiés syriens ne se laissent pas enregistrer en Grèce, probablement de peur de ne pas pouvoir demander l’asile ailleurs, une fois qu’ils soient enregistrés en Grèce. Mais sans cet enregistrement, le processus de répartition ne peut pas être déclenché, selon Asselborn. Alors, il faudra faire quoi ? Invalider officiellement les accords de Dublin pour enlever cette crainte des réfugiés de rester bloqués en Grèce au cas où ils s’y font enregistrer ? Modifier le processus de répartition ?

En attendant, l’Union Européenne fait ce qu’elle sait faire le mieux – rien. Elle attend. Mais quoi ? Que l’hiver arrive aussi sur les bords de la Méditerranée ? Que les réfugiés qui arrivent massivement en Turquie depuis la Syrie y meurent de froid ? Que Erdogan gagne ses élections pour ériger des camps d’internement pour les réfugiés syriens ?

Angela Merkel avait raison – il faut agir de manière pragmatique et laisser, pour une fois, l’administration bruxellois de côté. Il ne s’agit pas d’un problème administratif, mais d’un problème humanitaire. Mais cela, l’Union Européenne ne l’a pas encore compris. Autrement, elle aurait déjà durci le ton vis-à-vis des états qui réclament la solidarité européenne depuis leur adhésion à l’UE, sans pour autant être prêts à se montrer solidaires avec les autres. Si l’UE était une association, on aurait viré la Slovaquie, la Hongrie et la République Tchèque depuis un bon moment – pour non-respect des objectifs de l’association.

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste