L’hydroélectrique espagnol en marche vers le public

Le projet de non-renouvellement des concessions de certains barrages au secteur privé, est en discussion en Espagne.

Le barrage de Mequinenza, situé sur le cours inférieur de l’Èbre et mis en service en 1966, a une puissance de 324 MW. Foto: Gmfbdn / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(Jean-Marc Claus) – L’État espagnol va prendre une part plus importante dans la gestion des barrages hydroélectriques, sur deux grands fleuves : l’Èbre se jetant dans la Mer Méditerranée en ayant parcouru 928 km, et le Duero d’une longueur de 684 km en Espagne qui lui, se jette dans l’Océan Atlantique, après avoir traversé le Portugal sur 213 km où il se nomme alors Douro. Il s’agit là des deux principaux bassins hydrographiques de l’Espagne.

On assiste donc au Sud-Ouest de l’Europe, à une démarche inverse des choix faits par le gouvernement français. Une Loi Climat approuvée il y a peu par le Congrès des Députés Espagnol, prévoit que les nouvelles concessions accordées priorisent les centrales hydroélectriques permettant le stockage d’énergie potentielle, produite alors à la demande, à condition de préserver l’environnement et les droits accordés aux tiers bénéficiant de la ressource eau. Ceci signifie, entre autres, qu’il n’y a pas là beaucoup de place pour la spéculation.

Le parti de gauche Unidos Podemos (UP) plaide depuis longtemps pour la réappropriation des barrages hydroélectriques par le secteur public, à l’issue de l’expiration de leurs contrats de concession. Soit une trentaine de barrages d’ici 2031, pour une puissance totale de plus de 700 MW. A titre de comparaison, un réacteur nucléaire produit environ 1.000 MW, et en Espagne 7 réacteurs répartis sur 5 centrales, sont actuellement en service. Un moratoire a interrompu la construction de nouvelles centrales dès 1984 et 3 sont en cours de démantèlement.

L’opportunité historique de glisser vers la gestion de barrages hydroélectriques par une entreprise publique, va se doubler d’une attention particulière portée à leur viabilité environnementale. Les sociétés Ibedrola, Naturgy et Endesa détiennent 90% des concessions expirant en 2031. Ceci explique aussi l’acharnement de la droite et de l’extrême-droite envers l’actuel gouvernement de gauche, car les enjeux financiers sont évidemment d’importance.

La Confédération Hydrographique de l’Èbre, organisme public créé en 1926, soutient activement le dossier du retour des centrales hydroélectriques au secteur public. Dans son périmètre d’action, plusieurs petites centrales pyrénéennes sont passées aux mains du public lors de la dernière décennie. Ces projets, autant sur l’Èbre que sur le Duero, tiennent aussi compte de la baisse prévisible du débit des fleuves suite au réchauffement du climat. D’où la nécessité d’une gestion non court-termiste, à l’exact opposé du secteur privé.

Ces projets, particulièrement bénéfiques pour l’environnement et l’indépendance énergétique du pays, ne pourront être menés à bien que si la gauche garde la main en Espagne. L’exemple de Madrid montre clairement ce qui se passe lorsque la droite revient au pouvoir, et qui plus est, quand elle s’associe sans vergogne à l’extrême-droite.

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