Maintenant, taisez-vous !

Figures d’espoir pour le peuple dit de gauche en 2012, Jean-Luc Mélenchon et François Hollande sont, chacun à sa manière, devenus en 2024 des repoussoirs pour beaucoup d’électeurs.

Deux salles deux ambiances ! Foto: Thesupermat / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 2.0 / Place au Peuple / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 2.0 / Composition JMC

(Jean-Marc Claus) – Alors que le président des ultra-riches, dont les prises de parole sont dignes des meilleurs télévangélistes étasuniens, pensait d’un coup de poker-chantage sauver les trois années lui restant à gouvergner (néologisme associant les verbes gouverner et régner), le voilà obligé de se battre sur deux fronts. Surprenante similitude à la Libération, mais s’arrêtant là, car cet extrémiste prétendument du centre, mais réellement à droite-droite, qui a déjà bien endommagé le pays et humilié une grande partie de ses concitoyens, se retrouve face aux forces de l’extrême-droite qu’il attendait au tournant et de la gauche qu’il ne pensait pas en capacité de se relever de ses divisions et querelles internes.

Et bien, tout n’irait pas si mal, si tant est qu’avec une extrême-droite aux portes de l’Hôtel Matignon, car possiblement majoritaire au Palais Bourbon, les mots bien et mal risquent d’ici peu, de prendre une couleur particulièrement brunâtre. Cliver pour gagner, a trop longtemps fonctionné avec notamment ce sempiternel appel à faire barrage à l’extrême-droite, sans pour autant proposer de programme de rupture. Maintenant, avec le Nouveau Front Populaire, il y a un programme de rupture, tant des politiques austéritaires et liberticides du macronisme, que des politiques austéritaires et liberticides du lepenisme. Non, ce n’est pas une redite : les deux, soutenus par les puissances d’argent, visent les mêmes buts. Il suffit pour comprendre cela, d’observer les derniers rétropédalages en matière de programme du jeune premier rassembleur nationaliste, et de réécouter la dernière prédication du président à la pensée complexe.

Mais si nous en sommes là aujourd’hui, sans pour autant désigner des boucs émissaires, il faut bien reconnaître que les sieurs Hollande et Mélenchon ne sont pas étrangers à ce désastre. L’un se déclarant en 2012, dans le célèbre Discours du Bourget, adversaire du monde de la finance, fit la même année entrer Emmanuel Macron dans son équipe et lui servit de marche-pied pour 2017 ; l’autre se voulant rassembleur du temps du Front de Gauche de 2008 à 2017, année où il décida de faire cavalier seul en insultant copieusement ses anciens alliés et révélant son véritable visage néo-stalinien. Aujourd’hui, alors que la gauche a réussi à surmonter ses clivages, pour présenter un programme commun et s’entendre sur une répartition des candidatures, voilà que ces deux vieux rossignols se mettent à pousser la chansonnette !

Une chansonnette qui n’est pas plus « l’Internationale » que « Bella ciao », mais un pitoyable remix de « Moi, moi, moi » d’Alain Schneider, dont il serait agréable de rire à gorge déployée, si la situation n’était pas si grave. Or, la situation étant non seulement grave, mais très grave, des personnages aussi clivants que Jean-Luc Mélenchon et François Hollande doivent se taire hic et nunc, sans quoi le Nouveau Front Populaire va pâtir de leurs egos démesurés et de leurs propos surréalistes. L’un se prend pour l’ex-président Petro Porotchenko, rallié à son victorieux adversaire de 2019 Volodymyr Zelensky, pour ensemble lutter contre l’envahisseur russe à partir de 2022. L’autre anticommuniste, oubliant que c’est beaucoup au PCF qu’il devait sa position de leader en 2012, se montre dans sa gouvernance du mouvement gazeux LFIste plus stalinien qu’une très large majorité de communistes d’aujourd’hui.

S’il n’y a pas d’investiture à vie, comme le clame le Lider Maxi Mots face au couple de vilains petits canards Garrido-Corbière, il n’y a pas non plus de crédibilité à vie. Or, en s’entêtant dans sa stratégie de la conflictualité permanente et du clivage systématique, celui qui fut un remarquable tribun, perd toute crédibilité à l’heure où seul le rassemblement a du sens. Grand connaisseur de l’histoire, il marche à rebours du sens de l’Histoire, et si le Nouveau Front populaire vient à échouer ou pire imploser, en persévérant dans cette voie stupide, Jean-Luc Mélenchon en sera comptable.

Quant à François Hollande, grâce à qui Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, en passant par le Parti Socialiste alors qu’il n’a absolument rien de social-démocrate, conformément au titre de son livre d’auto-congratulation, effectivement un président ne devrait pas dire ça. En clair, se présenter à la députation dans un paysage politique qu’il a contribué à saccager. Il y a assez de forces vives à gauche, dans les partis politiques et la société dite civile, alors évitons les boulets tels que cet ancien président, dont la seule réussite du quinquennat, est d’avoir su faire tomber la pluie, mais trop.

Alors que le projet de loi n°2462 relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de vie est mis en attente, suite à la dissolution de l’Assemblé Nationale, il serait grand temps de se questionner sur l’accompagnement des politiques sucrant les fraises et de la fin de leur vie publique. Dans l’immédiat, messieurs Hollande et Mélenchon, taisez-vous !

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste