Non, ce n’est pas la guerre !

Frank-Walter Steinmeier, Robert Marchand : deux parcours différents, un point de convergence essentiel.

Réalisée en 1937 par Pablo Picasso, cette œuvre témoigne de l'horreur de la Guerre d'Espagne, où les nationalistes aidés des nazis, ont écrasé les républicains. Foto: Zarateman / Wikimedia Commons / CC0 1.0

(Jean-Marc Claus) – Quasiment au même moment, deux hommes, que bien des choses séparent, exprimaient de part et d’autre du Rhin, un même avis sur la métaphore guerrière employée par Emmanuel Macron à propos de la crise sanitaire générée par la pandémie de Covid-19 : « Non, cette pandémie n’est pas une guerre », disait Frank-Walter Steinmeier (SPD), 64 ans, Bundespräsident en exercice ; « Non, la guerre, ce n’est pas ça, et croyez-moi, je sais de quoi le parle », assenait Robert Marchand (PCF), 108 ans, retraité toujours en selle.

Robert Marchand insiste sur le fait que la guerre procède d’une volonté humaine, motivée souvent par des intérêts financiers, alors qu’en l’occurrence il s’agit de lutter contre un virus issu de la nature. Des guerres, de vraies guerres, il en a vécu deux. A l’issue de la première, il a connu la mal-nommée grippe espagnole (1918-1919) ; bien après la seconde, il a échappé à la grippe de Hong Kong (1968-1969), donc les pandémies, il sait aussi ce que c’est. Frank-Walter Steinmeier donne, lui, dans la métaphore pédestre en disant « Je pense que nous sommes maintenant à la croisée des chemins. ». Or, à force d’entendre certains gouvernants employer des métaphores guerrières à tort et à travers, les sorties de routes ne manquent pas au sein de la population : stocks insensés de denrées alimentaires, ostracisation de voisins soignants, surveillance et dénonciation de personnes ne respectant pas le confinement,… Mais cette propension à employer indûment le langage martial conduit aussi certains gouvernants démocratiquement élus à se conduire en dictateurs dans l’acception originale du terme, c’est-à-dire comme dans la Rome Antique, en magistrats uniques, légalement investis de tous les pouvoirs pour une durée limitée. Or, l’Histoire nous rapporte que Jules César fut, par dérogation, établi dictateur… perpétuel.

Les propos de Frank-Walter Steinmeier, président allemand, sont radicalement différents des interventions du président français. Il ne se plaît pas à clamer des formules incantatoires totalement creuses telles que « L’État payera… » ou « Quoi qu’il en coûte… ».  Frank-Walter Steinmeier souligne combien cette crise nous montre notre fragilité. Il en appelle à notre esprit de solidarité et de partage, et souligne avec une grande clairvoyance que l’Allemagne ne peut sortir forte et saine de cette crise que si ses voisins le deviennent également. Les Allemands ne sont pas, selon lui, seulement appelés à la solidarité : ils y sont obligés. Et cette solidarité s’est déjà manifestée par la prise en charge de patients du Grand Est dans plusieurs hôpitaux allemands. Mais il faut aller plus loin ; et affirmer cela n’est pas trahir ses propos.

« Solidarität – ich weiß, das ist ein großes Wort. Aber erfährt nicht jeder und jede von uns derzeit ganz konkret, ganz existenziell, was Solidarität bedeutet ? Mein Handeln ist für andere überlebenswichtig. »  Frank-Walter Steinmeier

« Solidarité – Je sais que c’est un grand mot. Mais ne faisons-nous pas l’expérience, chacun et chacune d’entre nous en ce moment, très concrètement, très existentiellement, de ce que solidarité signifie ? Mes actions sont vitales pour la survie des autres. »  Frank-Walter Steinmeier

Merci messieurs Marchand et Steinmeier, de nous ramener vers l’humanité, quand des va-t-en-guerre se bercent de rodomontades, alors qu’ils ne sont pas prêts à renoncer à une infime partie d’eux-mêmes, pour mener des actions vitales à la suivie des autres.

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