Pologne : Le PiS tient ses promesses

L’écologie n’est pas soluble dans le populisme

Près de Krynica Morska, sur la presqu'île de la Vistule Foto: Henryk Bielamowicz / Wikimédia Commons / CC-BY-SA 4.0Int

(Marc Chaudeur) – Dzień Dobry ! Jak się masz ? Un merveilleux endroit pour les estivants et les touristes depuis le début du XXe siècle, cette presqu’île de la Vistule, cette très longue langue de sable mince comme un fil qui sépare la lagune d’Elbląg de la Baltique. Les Allemands l’appelaient la Frische Nehrung : un endroit très fréquenté dans les années 1920, qui faisait alors partie de la Prusse orientale. Aujourd’hui, le PiS projette d’y creuser un canal, ce qui est une promesse électorale exprimée en 2006 par Kaczyński. Mais pour ce faire, il massacre en ce moment même des milliers d’arbres. Le temps presse…

L’empressement, voire la précipitation du gouvernement PiS à creuser ce canal certes exigu, mais qui aura de très fâcheuses conséquences écologiques, s‘explique bien évidemment par des raisons politiques : à chaque fois qu’à tort ou à raison, les Polonais s’inquiètent d’apparentes velléités de Drang nach Westen de la Russie, le prurit du Canal se remet à cuire.Il faut se représenter l’endroit : le très long cordon littoral, très étroit (entre quelques centaines de mètres et 1,8 kms de large) sépare sur 70 kilomètres de long la lagune d’Elbląg (en allemand : le Frische Haff, en polonais : Zalew Wiślany, en russe – pas besoin de le savoir). Le passage du cordon vers la Baltique n’est possible qu’à l’Est, du côté russe, donc, par un petit détroit.Il est bien évidemment régi par un traité en bonne et due forme. Mais comme on sait, le comportement entreprenant et la démagogie de Poutine inspirent quelque crainte, et toujours davantage, en Pologne et dans les trois Etats baltes.

Et voilà que certains médias russes se posent en fervents défenseurs de l’environnement. De l’environnement de la presqu’île de la Vistule, en tout cas. Il est savoureux de lire dans Sputnik, par exemple, l’ interview d’un député de la Douma, ancien PDG du port de Kaliningrad/Königsberg (directement concerné, certes) et d’ « experts » non nommés dans l’article, qui vouent aux gémonies les agissements du PiS… Un point positif cependant : les associations écologistes russe (le Front vert) et polonaise (EKO-UNII) s’accordent sur le fond du dossier et sur les impératifs de protection.

Cela dit, depuis hier lundi, les travaux sont bel et bien entamés, malgré les nuisances évidentes de ce projet sur l’environnement, la faune et la flore : des dizaines d’espèces animales et végétales sont menacées. Malgré aussi le refus réitéré de l’Union européenne de cautionner le projet. Comme l’écrit très justement un journaliste du Courrier d’Europe Centrale, on se trouve face à une situation très analogue à celle du ravage de la Forêt de Białowieża, à la frontière ukrainienne, à la fin de l’année 2017 : décision autoritaire et arbitraire du gouvernement national-populiste, travaux précipités pour éviter toute contestation efficace, et en réaction, ce qui risque d’arriver pour Elbląg : confrontation avec Bruxelles qui défend les directives explicitement édictées, amende infligée à Varsovie (appellation injuste, puisque la capitale est régie par la Plateforme civique…). Bref, une course contre la montre absurde et grotesque.

Une vingtaine d’espèces végétales protégées qui désormais, sont plus que menacées, les phoques, les marsouins, 96 espèces d’oiseaux nicheurs, les oiseaux migrateurs en masse et les sangliers plus que dérangés (ces derniers bénéficient jusqu’à aujourd’hui de clôtures particulières, perchées à 1 mètre de hauteur), et plus fondamentalement, l’écosystème tout entier pris en otage de considérations politiques poussées à la limite. En particulier, un fait que personne ou presque ne semble évoquer, celui du taux de salinité de la lagune. Jusqu’à présent, il s’agit d’eau douce… La gent poissonne risque par conséquent de faire ses valises et de déménager plus loin, dans les eaux de la Baltique – où l’eau est quelque peu polluée aussi, d’ailleurs. On a vu quelque chose d’analogue en France du côté de la Camargue et de l’étang de Berre, avec des effets moindres pour diverses raisons écologiques.

Ce projet est-il seulement rentable ? Non, sans doute. Aux quelque 180 millions d’euros qu’il coûtera au bas mot (car il est impossible de prendre en compte sérieusement tous les éléments du côut) s’ajouteront des impondérables, notamment le nettoyage du Canal. Et autres travaux d’entretien dont on ne sait au juste qui les réglera(it).

L’association écologiste EKO-UNII a organisé une manifestation sur le cordon littoral, dans la petite station balnéaire de Krynica Morska (1300 habitants environ). A suivre : l’action militante ne fait que commencer…

Et maintenant, un bon verre de machandelschnaps (eau-de-vie de genièvre). A votre santé !

A consulter : le Courrier d’Europe Centrale https://courrierdeuropecentrale.fr. Et la presse polonaise, bien sûr…Et Sputnik sur facebook.

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