« Préparez-vous à vivre dans la rue ! »

Le 5 avril 2018 pourrait être la date de la mort de « SB ». Personne ne semble vouloir stopper une catastrophe qui pourtant, est annoncée.

Auto-mutilations (photo), tentatives de suicides, un suicide tous les deux jours - ce sont surtout les "petits patrons" qu'il faudra protéger. Foto: (c) Aide Entreprise

(KL) – Quand on pense aux entrepreneurs, on imagine des gens aisés, costume-cravate, qui roulent dans de grosses cylindrées en faisant travailler les gens. Mais cette image est souvent fausse, comme le montre le cas de « SB » et de sa conjointe « CP ». « SB », ingénieur, avait développé une technologie innovante. Avec une quarantaine de salariés, la société semblait promise au succès. Mais elle est tombée entre les mains d’un investisseur peu scrupuleux, qui l’a poussée à la liquidation. Ceci ne fut que le début du cauchemar du couple. « SB », tombé en  grave dépression, fut hospitalisé un moment ;  mais malgré son état, il continuait ses développements pour relancer son affaire toujours aussi prometteuse. Tous les indicateurs étaient au vert, un nouvel investisseur s’intéressait à l’affaire. Mais c’est à ce moment-là que tout s’est écroulé.

Le couple reçut un commandement de quitter leur appartement (les dettes du couples étant constituées principalement d’un impayé du loyer depuis un certain temps) ainsi que l’annonce d’une saisie-vente de leurs biens, dont les ordinateurs et d’autres appareils nécessaires au développement de leur technologie. Perdre son entreprise, perdre sa santé, perdre son logement et perdre la totalité de son patrimoine, cela constitue une lourde peine pour des citoyens dont le seul « crime » consistait à vouloir participer à l’économie du pays, au développement technologique, à la création d’emplois.

Face à cette évolution, l’état de « SB » s’aggravait ; il montrait de sérieuses tendances suicidaires, confirmées par plusieurs attestations médicales. Sa conjointe « CP » multipliait les démarches envers les nombreuses administrations, organismes de médiation, organisations de soutien. Tout le monde, dans la ville où habite ce couple,  est au courant de la situation et surtout, de l’échéance de l’expulsion de leur appartement, fixée comme une peine capitale au 5 Avril 2018. Les  médecins estiment qu’il faut « prendre au sérieux » l’annonce de « SB » de  mettre plutôt fin à ses jours que de quitter le logement.

Pour l’association « Aide Entreprise », il ne s’agit malheureusement pas d’un cas isolé. Cette association soutient des entrepreneurs en difficultés telles qu’un redressement ou une liquidation judiciaire, dans les démarches qui les dépassent souvent, surtout en tenant compte de l’état de détresse qui accompagne presque systématiquement la perte de son entreprise, souvent familiale. Si une étude réalisée par l’observatoire « Amarok » révèle que tous les deux jours, un petit patron met fin à ses jours en France, l’association « Aide Entreprise » souligne que sur ses 500 adhérents, tous ont eu un discours suicidaire ou ont déjà fait une tentative de suicide. Le phénomène, jusqu’alors ignoré autant par le grand public que le monde politique, présente une ampleur qui dépasse l’imagination.

« CP » poursuivait ses démarches, en premier lieu pour obtenir un logement social et éviter ainsi de littéralement se retrouver à la rue. Au lieu de chercher une solution permettant au couple de se loger et de continuer à travailler, une administration sollicitée s’est  bornée à donner un bon conseil : « Préparez-vous à vivre dans la rue ». Mais comment un couple traumatisé par une telle procédure pourrait-il se préparer à vivre dans la rue ?! Qui pourrait se préparer à une vie dans la rue ? Il faut faire quoi, concrètement ? Chercher des abris où on peut passer la nuit, sans se faire tabasser par la police ou par des bandes de voyous ? Il faut se procurer des sacs de couchage ? Des pulls ? Comment peut-on se préparer à se voir privé de choses aussi élémentaires qu’un logement et ses outils de travail ?

L’association « Aide Entreprise » tire la sonnette d’alarme. Etant experts dans l’évaluation du degré de dangerosité d’une situation par la mise en place de protocoles envers ses adhérents, les responsables de l’association savent de quoi ils parlent lorsqu’ils estiment que le risque d’un suicide annoncé de « SB » le 5 Avril 2018 est réaliste – évaluation soutenue par ses thérapeutes qui ont établi les attestions médicales correspondantes.

Le cas du couple « SB / CP » n’est malheureusement pas unique. Chaque année, ces procédures d’expulsion détruisent des vies, des familles, des enfants malgré l’existence de nombreux organismes de soutien et de médiation dans les différentes administrations.

Quoiqu’il en soit, si le 5 avril 2018 « SB » passe à l’acte, comme il le déclare, la préfecture, les tribunaux, les services sociaux et les autres ne pourront pas nier leur inaction face à une mort annoncée. Vous trouverez de plus amples renseignements sur cette problématique pesante sur le site de l’association « Aide Entreprise ». Il serait temps que la politique se mobilise pour empêcher des centaines de suicides par an, la destruction de nombreuses familles, mais aussi la perte de milliers d’emplois.

Association « Aide Entreprise »
Etude AMAROK

Les deux personnes concernées par ce dossier ont préféré garder l’anonymat ; la rédaction dispose du dossier complet, y compris les certificats médicaux.

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