Quand les eurodéputés ne savent plus quoi penser…

La tactique du géant de la chimie Monsanto a fini par payer – il peut continuer à gagner des milliards avec le glyphosate. Du moins pour 7 ans. Probablement.

Le travail de lobbying semble payer - Monsanto pourra très probablement continuer à commercialiser son produit à base de glyphosate. Foto: Gyrostat (Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0)

(KL) – Il y a des votes pour lesquels on ne peut pas envier les eurodéputés. Comme celui sur le glyphosate, agent chimique contenu dans le produit «Round-Up» commercialisé par le groupe Monsanto, produit qui génère un chiffre d’affaires de 4,8 milliards d’euros tous les ans. Le produit est destiné protéger des plantes contres des insectes nocifs, mais pour de nombreux experts, le glyphosate est cancérigène. Et devrait, par conséquent, être interdit.

Les eurodéputés avaient à s’exprimer sur la question la semaine dernière, car la Commission Européenne qui, en dernier ressort, doit décider de l’autorisation de commercialisation de ce produit, n’arrivait pas à prendre une décision sur la question. Alors, on a demandé son avis au Parlement Européen.

Mais quel eurodéputé est spécialiste d’une telle question ? En l’absence d’une expertise personnelle en matière de chimie et de sécurité alimentaire, les eurodéputés et leurs bureaux sont obligés de faire appel à des experts et des expertises extérieures et tout le problème se situe là. Car sur le glyphosate, différentes expertises circulent qui se contredisent tous. La vérité se cache derrière un écran de fumée.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait chargé l’Institut de Recherche sur le Cancer à Lyon de se pencher sur la question. Dans un rapport commun, les deux organisations ont classé le glyphosate en catégorie «2A», ce qui signifie «probablement cancérigène». Probablement. Donc, plus probable que par exemple la catégorie «2B» qui aurait signifié «potentiellement cancérigène». Ce qui n’est pas pareil. Donc, «probablement cancérigène». En même temps, l’Agence Européenne de la Sécurité Alimentaire (EFSA) a sorti un rapport estimant que le glyphosate n’était pas cancérigène, même avis que celui du «Bundesamt für Risikobewertung» (BFA) allemand et comme si cela ne suffisait pas, les experts de ces deux dernières organisations indiquaient que si le glyphosate n’était pas dangereux, ils ne pourraient pas s’exprimer sur les quelques 400 ou 500 additifs contenus dans le produit «Round-Up» et qui sont censés faciliter l’absorption du produit par la plante.

Alors quoi ? Cancérigène ou pas ? Dangereux ou pas ? Et que faire lorsque l’on ne peut pas se fier aux rapports établis sur la question ? Prendre un risque pour les citoyens et citoyennes européens ? Interdire la commercialisation d’un produit qui est plébiscité par les fédérations des agriculteurs un peu partout en Europe ? Le bon sens voudrait qu’en cas de doute, on s’abstienne d’autoriser un produit que l’OMS considère comme «probablement cancérigène». Mais contre les fédérations des agriculteurs ? L’existence de tous ces rapports contradictoires flaire bon le travail des lobbys. Avec le résultat escompté – les eurodéputés étaient obligés de voter «au pif».

Le résultat est donc un compromis mi-figue, mi-raisin. 7 ans au lieu de 15 comme initialement prévu. Une majorité qui ne ressemble pas vraiment à la composition politique du parlement (374 votes pour, 225 contre). 102 (!) abstentions. Et une décision dont aucun des eurodéputés ne peut vraiment être convaincu. Comment auriez-vous voté ?

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