Quand les mauvaises personnes font les bonnes choses

La semaine prochaine, le nouveau président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker fera l’objet d’un vote de confiance au Parlement Européen.

Jean-Claude Juncker se montre amusé face au vote de confiance. Il ne devrait pas. Foto: Platforma Obywatelska RP / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 2.0

(KL) – Cela semble l’amuser – le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker, n’a trouvé mieux que de déclarer «au moins, il y aura des choses intéressantes la semaine prochaine à Strasbourg». Pourtant, c’est lui qui est en cause. En remportant le triste record d’être le président de la Commission qui aura été remis en cause après seulement quatre semaines au poste. Et les raisons pour ce vote de confiance sont graves. Dommage que ce soient les extrémistes qui remettent Juncker en question publiquement.

L’affaire du Luxembourg est en train d’ébranler la confiance que l’Europe peut faire en ses institutions. En accordant des faveurs fiscales à des groupes multinationaux, pour faciliter leur implantation au Luxembourg, l’ancien Premier Ministre du Luxembourg a directement contribué aux crises européennes qu’il est censé résoudre aujourd’hui. La quadrature du cercle, en quelque sorte.

Ce qui est regrettable, c’est le fait que ce soient les anti-européens du Front National français et de l’UKIP britannique qui soient à la base de ce vote de confiance. Les groupes des partis populaires (populaires… ma foi…) font bloc, pour éviter la question pourquoi ils ont soutenu Jean-Claude Juncker. Ce qui pose la question qui des élus européens travaille réellement au service des citoyens européens. Le clivage entre ceux qui ne travaillent que pour le Grand Capital et ceux qui se clament être du côté des citoyens, ne cesse de se creuser. Et une nouvelle fois, les partis traditionnels affichent un comportement chaotique vis-à-vis des anti-européens qui, une nouvelle fois, peuvent se présenter comme les défenseurs des intérêts des citoyens. Face à un tel comportement, il ne faut plus s’étonner si les anti-européens gagnent du terrain.

Seulement 10% des eurodéputés soutiennent la motion qui demande ce vote de confiance. Seulement 10% des eurodéputés semblent donc considérer qu’un président de la Commission, ayant passé sa carrière politique à nuire aux européens, fasse désordre. Pour les autres, Juncker est et reste un digne représentant de l’Europe. Oui, mais de quelle Europe ?

L’Europe entre dans une nouvelle crise. Pas financière, cette fois. Pas institutionnelle, cette fois. Mais une crise de confiance – les citoyens et citoyennes risquent de se détourner définitivement d’institutions qui sont gérées par des personnalités qui ont institutionnalisé la corruption, la fraude fiscale au plus haut niveau et qui ont crée un climat social des plus injustes. Où sont les voix des socialistes et de la gauche européenne ? Pourquoi laisse-t-on le champ libre aux anti-européens, ultranationalistes et l’extrême-droite ?

L’ère des partis traditionnels touche à sa fin. Actuellement, les has-been s’agrippent encore à leurs postes, se soutiennent mutuellement, contre les peuples européens, en faveur de la corruption et d’un secteur financier des plus pourris. Pensent-t-ils réellement que les citoyens européens soient dupes ? La génération des Juncker et Cie. porte une responsabilité personnelle dans les problèmes auxquels l’Europe doit faire face ces temps-ci. C’est cette génération qui a trahi les 500 millions d’Européens pour faciliter la vie à des entreprises qui se sont remplies les poches, en évitant de payer leur contribution à la bonne marche de la société. C’est eux qui ont donné un visage moche et inhumain au système capitaliste. Et ce sont eux qui se moquent de ceux qui les remettent en cause.

On peut s’étonner de la position de la Gauche européenne. Au lieu de se faire fer de lance dans la lutte contre cette corruption institutionnalisée, ils se rangent sagement derrière ceux qui exsanguent l’Europe. En laissant la scène aux Le Pen, Farage, Lucke & Co. – qui doivent se frotter les mains face au manque de courage et de bon sens des partis traditionnels. Et personne ne devrait s’étonner si l’Europe politique tombe entre les mains des extrémistes. Pas grave, disent certains, ainsi, l’Europe changera de mains entre un groupe de brigands et un autre. Tant qu’à faire, on devrait confier les clés des institutions européennes à la Mafia italienne. Chez eux, au moins, les affaires tournent bien…

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