RDA : 1989, la route de la banque

Une lueur dans le cerveau du Secrétaire général

Pinocchio veille au-dessus des enfants de RDA (1973) Foto: marcchaudeur/Eurojournalist/

(Marc Chaudeur) – Les mouvements de masse qui ont mené à la « fin du Mur » au soir du 9 novembre 1989 n’étaient que l’aboutissement de la banqueroute de la RDA. Le meilleur témoignage de cet état de fait : la réunion du Comité Central, à Berlin, au moment même où Günter Schabowski annonçait (ou non !) la libération des visas pour l’étranger…

Le Comité Central du Parti devait se réunir au centre du 8 au 10 novembre 1989. C’est la 10e fois qu’il se réunit depuis 1986. Le nouveau Secrétaire général, Egon Krenz aux dents de Grand Méchant Loup, désire renouveler le bureau qui en a bien besoin ! Le caractère catastrophique de la situation économique est bien évidemment connu des principaux dirigeants ; surtout depuis qu’ils disposent du Rapport (excellent, mais aux chiffres très nettement sous-évalués) de Gerhard Schürer, le directeur du Plan de la SED.

Ce Rapport de 22 pages, précis et explosif, a été distribué très confidentiellement entre quelques mains dans les derniers jours d‘octobre. Il s’intitule : Analyse de la situation économique de la RDA, avec conclusions (Analyse der ökonomischen Lage des DDR mit Schlussfolgerungen). Un rapport renversant – surtout pour de vieux staliniens, pour la plupart en place depuis 35 ans. Depuis 1953 et la répression des soulèvements populaires…

Le Directeur du Plan se love dans les euphémismes économiques : son Rapport estime que la productivité du travail en RDA représente 60 % de celle de la RFA. En réalité, selon des chiffres plus récents et fiables, on se situerait plutôt dans les 25 %… Pour ce qui est d’un point réellement crucial, on en conviendra, pour le régime de la RDA, la dette envers la RFA capitaliste, Schürer (et donc Krenz) l’estiment à 20 milliards de dollars. En réalité, elle s’élève à 26 milliards.Une somme astronomique, surtout à l’égard du produit social brut de la RDA : 353 milliards de marks DDR, c’est à dire environ 17 milliards de dollars… Ce qui signifie, selon ces chiffres approximatifs mais avérés, que la RDA a fonctionné essentiellement, hélas, par l’actionnement de la pompe à fric ouest-allemande.

Et la politique sociale de la RDA coûte très cher, bien sûr. En bref, augmentation annuelle des subventions pour l’économie du pays depuis 1986 : 7% ; tandis que le produit intérieur ne croît que de 3,6 % par an.

En un mot, la banqueroute. Mais les remèdes de cheval que propose Schürer dans son Rapport embarrassent beaucoup les bonzes de la SED : baisse du standard de vie de 25 à 30%, suppression de la planification intégrale et… privatisation d’une grande partie des entreprises petites et moyennes ! Le Rosenkranz au lieu du Krenz ! La fin effective du socialisme.

La discussion, tout à fait inédite en RDA, devait durer jusqu’à 18 heures, ce 9 novembre. Mais Schabowski, un proche de Krenz, part pour faire sa célèbre conférence de presse, où il ouvre de fait les vannes de la RDA (« Sofort, unverzüglich ! »), ce que les infos de l’ARD s’empressent de relayer urbi et orbi. Les membres du Comité Central n’en savent rien et poursuivent leur discussion. Vers 20 heures, Ehrensperger, un responsable de la Planification et des Finances, déclare : « Depuis 1973 au moins, nous vivons au-dessus de nos moyens. Et nos dettes se payent sans cesse avec de nouvelle dettes. » Sa conclusion terrasse les vieux caciques staliniens : « Pour sortir de notre situation, nous devrons travailler dur au moins pendant 15 ans, et pendant ce temps, consommer moins que nous produirons ! »

Mais surtout, ne pas déchirer le voile d’Isis : Egon Krenz et d’autres conjurent le CC de ne pas divulguer ces analyses dans le public de la République est-allemande : « Cela choquerait toute la RDA ! », murmure l’ex-nouveau Secrétaire général.

Au-dehors, à 19 heures, le bulletin d’infos de l’ARD annonce les paroles de Schabowski et les interprète assez librement ; vers 21.30, les Berlinois de l’Est comment à affluer en masse vers le Mur.

Mais les dirigeants de la RDA sont pétrifiés. Heureusement !

A lire absolument : un ouvrage paru en octobre 1997, Das Ende der SED. Die letzten Tage des Zentralkomitee, dans lequel les compilateurs Hans Hermann Hertle et Gerd-Rüdiger Stephan publient les enregistrements des débats mentionnés dans cet article. Chez l’excellent éditeur berlinois Christoph Links, dont nous reparlerons.

 

 

 

1 Kommentar zu RDA : 1989, la route de la banque

  1. Jean-Pierre La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, symbole de la democratisation a Broclawski l’Est, a remis a l’ordre du jour la question allemande. La poursuite de Kenigswald* Les dirigeants des deux Allemagnes ont alors propose des elections libres en RDA et ont admis le principe d’une union monetaire allemande a court terme.

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste