Semi-présidentialisme et maxi-démocratie

Le régime semi-présidentiel, institué au Portugal à l'issue de la révolution de 1974, présente de nombreux avantages en regard du système français résolument néo-féodal.

Le Palácio de São Bento, R. Imprensa à Estrela 6, 1200-619 Lisboa, Portugal, siège de l'Assemblée de la République. Foto: Joaomartinho63 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(Jean-Marc Claus) – Fin juillet, Marcelo Rebelo de Sousa, le président de la République du Portugal, considérait que l’actuel système semi-présidentiel constituait, de par sa nature, un facteur d’équilibre pour le pays. Il ne s’est toujours pas exprimé quant à son éventuelle candidature à sa réélection en 2021, mais António Cortes, le chef du Gouvernement, a dit dès la mi-mai qu’il comptait bien voir Marcelo Rebelo de Sousa réélu.

La République du Portugal, dont la fête nationale est le 5 octobre, a vu le jour en 1910 à la suite du renversement de la monarchie à la tête d’un royaume institué en 1143 par le Traité de Zamora. C’est un coup d’Etat militaire qui, en 1936, a mis fin à la Première République. Tout comme le putsch de 1974, suivi et complété par la Révolution des Oeillets, donnant naissance à la Seconde République. Entre les deux, il y a eu l’Estado Novo, concept nationaliste, résolument réactionnaire et farouchement anti-communiste, développé par le dictateur António de Oliveira Salazar (1889-1970), auquel succéda en 1968 Marcelo Caetano(1906-1980) dont les quelques ambitions réformatrices se heurtèrent à la résistance des milieux conservateurs.

De la Révolution des Œillets est née en 1976 une constitution qui ambitionnait d’assurer la transition vers le socialisme, moyennant la création de conditions à l’exercice du pouvoirs par les classes laborieuses, tout en donnant une place essentielle au Mouvement des Forces Armés (Movimento das Forças Armadas – MAF). Selon certains observateurs, les révisions de la Constitution de 1976 on progressivement gommé son caractère socialiste, ou pour le moins socialisant. Ceci dès 1982, afin de rendre l’économie du pays plus malléable aux visées capitalistes.

Le chef de l’État est élu au suffrage universel direct pour un quinquennat renouvelable une seule fois. Le chef du Gouvernement, ou Premier ministre, est nommé par le Président de la République, après consultation des différents partis représentés à l’Assemblée de la République. Ce qui explique qu’actuellement le Président venant du PSD, c’est à dire du centre-droite, a nommé un Premier Ministre issu du PS, c’est à dire de la gauche.

Ainsi, contrairement à l’Assemblée Nationale en France, l’Assemblée de la République du Portugal n’est pas à la botte du Président, mais il doit composer avec les forces politiques en présence. D’autant plus que, toujours contrairement à la France, les 230 député(e)s de l’Assemblée de la République (Assembleia da República) sont élu(e)s au suffrage universel pour quatre ans. Ce décalage entre les élections présidentielles et les législatives, ainsi que les durées inégales des mandats du président et des député(e)s donne une place très importante au pouvoir législatif,  limitant de facto les éventuelles ambitions d’hégémonie de l’exécutif.

Ainsi Marcelo Rebelo de Sousa ne cède t-il pas à la tentation jupitérienne, et António Cortes n’est en rien le petit commis d’une autoproclamée start-up nation. Traditionnellement issu du parti ayant le plus de sièges à l’Assemblée de la République, il est tout de même arrivé à trois reprises que ce ne soit pas le cas pour le Premier Ministre. Mais le fonctionnement de la démocratie au Portugal a depuis 1976 évité très efficacement un certain coup d’État permanent. Mécanisme renforcé en France par le passage du septennat présidentiel au quinquennat suite au référendum de 2000, associé à l’inversion du calendrier des élections voté au Parlement en 2001 et plaçant les législatives dans la foulée des présidentielles.

Lors d’une intervention dans une émission télévisée fin juillet, le président Rebelo de Sousa a, comme le rapporte l’agence de presse Lusa, clairement dit : « Lorsque le système des partis est stable, le président tend à s’effacer, et c’est le parlement ou le Premier ministre qui prend le plus d’importance. Si, éventuellement, il y a une crise entre le gouvernement et le parlement, ou entre les partis, ou sur la base d’un soutien du gouvernement, alors le gouvernement s’appuie sur le Président de la République et dépend du Président de la République, qui étend son pouvoir d’intervention”. Une complémentarité assumée par l’exécutif, laissant une large autonomie au pouvoir législatif.

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