Strasbourg – Colmar – Mulhouse…

… le tiercé gagnant du commerce du centre-ville ?

Le centre-ville de Colmar est premier du classement des "grandes villes moyennes"... Foto: Gryffindor / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(Par Alain Howiller) – Il y a un peu plus de un an, les 7 et 8 Avril 2016, le « Club Ville Aménagement »(1) réunissait, à Strasbourg, 500 participants -architectes, urbanistes, sociologues, élus, aménageurs etc… – qui se sont retrouvés autour du thème : « Ensemble la Ville ». Ils partaient du constat qu’en 1900, seulement 10% de la population mondiale vivait dans des villes, que ce pourcentage dépassait 50% en 2008 et qu’au train où vont les choses, 70% des habitants du globe habiteront dans des agglomérations urbaines en… 2030! Il s’agit plus que jamais de réfléchir à l’état et à l’avenir des villes, de réfléchir à un développement urbain qui réponde aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins : depuis une dizaine d’années, on applique ces principes du développement durable à nos cités que ce soit en France ou en Allemagne.

Il s’agit désormais de lutter contre l’étalement urbain, de construire ou d’aménager ce qu’on appelle les « dents creuses », ces espaces non utilisés encore disponibles pour la construction, l’aménagement d’aires de loisirs ou des créations d’emplois. Il s’agit aussi de renforcer la « mobilité durable » par l’amélioration des moyens de transport « doux » (transports en commun, vélos, véhicules électriques) et de diminuer la consommation énergétique y compris dans les bâtiments d’habitation. Il s’agit encore de rapprocher domicile et emplois pour limiter les déplacements et revitaliser les villes et, autant que faire se peut, rendre à leur centre son attractivité (voir eurojournalist.eu du 7 Avril 2016).

Trop de magasins vides dans les centres des villes ? – L’attractivité est liée pour une part importante à la situation de l’appareil commercial : elle suppose la mise en œuvre d’une politique efficace du commerce en centre-ville qui repose sur des efforts fédérant les professionnels du commerce, les représentants des collectivités locales, les élus des Chambres de Commerce et des Chambres de Métiers, les promoteurs immobiliers, les architectes et aménageurs urbains. L’absence de cette coordination explique que de nombreux centre-villes doivent faire face à des difficultés qui se traduisent aux yeux des passants par des vitrines vides, des enseignes démontées traduisant d’importants taux de vacances de locaux commerciaux.

Dans une étude qu’elle vient de publier « PROCOS »(2), importante fédération associant près de 300 enseignes commerciales (totalisant 740.000 emplois, 94 milliards de chiffre d’affaires, 60.000 points de vente à travers la France), constate cependant que : « L’étude de la situation des centre-villes au sein desquels le commerce reste très dynamique faut apparaître que rien n’est inéluctable : des solutions existent, les bonnes pratiques se diffusent mais leur réussite demeure conditionnée à la mise en place d’une politique volontariste et globale de la part de la collectivité. » Pour expliquer la réussite des centre-villes, l’étude détaille les éléments qui, combinés, contribuent au succès.

« PROCOS » relève d’abord : « Le développement important et parfois trop rapide du commerce de périphérie est souvent générateur de difficultés en centre-ville. Cependant, ce phénomène ne peut être considéré comme le seul responsable du mal dont souffrent nos cités…. La politique du logement, la présence d’activités tertiaires, le maintien de services publics et d’administrations au cœur de la ville, la politique culturelle, le patrimoine matériel et immatériel, l’accessibilité multimodale, les pôles de stationnement, les aménagements publics, une attention juste et coordonnée du développement des surfaces commerciales périphériques, la pluralité de l’offre commerciale, l’animation des marchés sédentaires… sont autant de domaines à appréhender pour une bonne appréciation des facteurs de dynamisme des centre-villes marchands ». Le déclin des centre-villes n’est pas une fatalité, constate l’étude : à preuve l’analyse d’un certain nombre de centre-villes qui ont résisté au déclin.

Strasbourg première devant Nantes et Toulouse… – Deux villes émergent dans ce palmarès : au premier chef Strasbourg, exemple des 27 plus grands centre-villes catégorie « grandes agglomérations » (plus de 240.000 habitants). La capitale alsacienne est suivie dans sa catégorie par Nantes, Toulouse, Grenoble ou Rennes. Colmar, première de la catégorie des « grandes villes moyennes « (moins de 240.000 habitants, mais au moins 70.000 dans ce qu’on appelle « l’unité urbaine », la ville-centre). Mulhouse se classe avec Bordeaux et Aix-en-Provence dans la catégorie de ce qu’on pourrait appeler les « villes en devenir » qui ont engagé une politique adéquate pour conforter et renforcer le dynamisme commercial du centre-ville, politique qui est en train de réussir.

Pour l’étude de « PROCOS », Strasbourg a réussi à mener « une politique qui le développement des zones commerciales de périphérie dans une démarche raisonnée » et la ville dispose « de deux centres commerciaux (Les Halles, Rivétoile) à proximité d’un centre-ville qui s’impose comme principal pôle commercial de l’agglomération en termes de chiffres d’affaires ».

L’attractivité, servie par un réseau de transports publics (bus et surtout tram), a été maintenue par la présence de deux grands magasins installés au centre (Galeries Lafayette, Le Printemps) et par l’implantation de « moyennes surfaces shopping : Zara, H&M, FNAC, Apple-Store, Nespresso, des boutiques-modes, mass-market, haut de gamme voire luxe ainsi que des indépendants de grande qualité qui sont les représentants d’un terroir et d’une histoire structurant ce centre-ville. » L’installation d’Uniqlo, celle -en cours- de Primark complètent une liste qui pèse sur le nombre de magasins vides : le taux de vacance en locaux commerciaux est inférieur à 7% à Strasbourg contre 9 à 10% en moyenne nationale. L’existence au centre de lieux de décision, d’administrations, la présence d’un patrimoine historique important, l’organisation « d’évènements récurrents inscrits dans le calendrier touristique » entretiennent une attractivité qui se traduit à travers le développement démographique mais aussi par l’expansion du tourisme.

Une originalité colmarienne ! – Pour Colmar, première de la catégorie Grandes Villes moyennes, devant Annecy, Chartres, La Rochelle et Caen, a réussi « l’équilibre entre commerces de réseau et commerces indépendants qualitatifs, patrimoine, terroir, mise en valeur des atouts locaux, diversité marchande et maîtrise de la périphérie, expliquent notamment le succès de ce très beau cœur marchand ». C’est ce que souligne l’étude PROCOS qui poursuit : « Avec moins de 100.000 habitants dans son unité urbaine, le centre-ville de Colmar compte près de 550 commerces, soit bien plus que la moyenne (elle est de 400) de cette catégorie ».

« Alors que la concurrence de la périphérie est très peu développée, l’offre colmarienne est complétée par des enseignes plus haut de gamme et des indépendants de grandes qualités qui tirent profit de la clientèle touristique (3,5 millions de touristes par an !), mais aussi de la clientèle locale qui fréquente quotidiennement le centre-ville notamment pour les métiers de bouche », souligne PROCOS.

Quand Mulhouse réagit ! – Mulhouse enfin où les travaux d’installation du tramway ont d’abord perturbé le centre-ville avant de… le valoriser, plusieurs actions de valorisation ont été mises en place. Ces actions, relève PROCOS, ont porté sur l’urbanisme (valorisation des espaces publics), le logement (nouvelle offre de logements de qualité au centre-ville), l’accessibilité (tramway, tarification innovante des parkings), création d’un poste de « manager de centre-ville » pour coordonner l’activité des acteurs de l’immobilier commercial, des aménageurs, des promoteurs des agents immobiliers. Les effets de ces mesures devraient infléchir une courbe d’attractivité qui se dégrade et dont on trouve l’expression dans le fait, qu’au contraire par exemple de Strasbourg ou Colmar, la ville perd des habitants, comme ont pu le souligner les derniers chiffres publiés par l’INSEE.

L’attractivité des centre-villes est non seulement un élément important d’image qui séduit population et touristes, mais c’est aussi (surtout ?) un argument pour maintenir et développer l’emploi. Le commerce emploie en Alsace plus de 32.000 salariés ce qui correspond à 2,8% des emplois enregistrés dans ce secteur au plan national. La revitalisation commerciale des centre-villes participe, dès lors, à la lutte contre le chômage.

Un chômage auquel la désertification commerciale dans un certain nombre d’agglomérations de taille moyenne participe déjà(3). Les politiques menées à Strasbourg et à Colmar, engagées à Mulhouse relèvent du combat pour l’emploi, elles relèvent aussi d’une mise en œuvre -qui l’eut cru ?- d’une économie durable qui préserve de l’étalement urbain consommateur d’espaces, qui utilise au mieux les « dents creuses » de nos villes, qui participe aux économies d’énergie en limitant les déplacements « de » et « vers » les zones péri-urbaines.

(1) Le « Club Ville Aménagement » a été créé en 1993 : il regroupe des professionnels de l’aménagement urbain, des aménageurs, des collectivités, des architectes, des élus, des universitaires, des représentants de l’Etat, des personnalités… Il organise un congrès tous les trois ans, met en place des séances de travail, des échanges y compris avec des partenaires d’autres pays, organise des conférences. Voir club-ville-amenagement@i-carre.net ou www.club-ville-amenagement.org

(2) Procos, 31 Rue du 4 Septembre, 75002 Paris 2è. club@Procos.org ou encore www.procos.org

(3) Les entreprises en France – Edition 2016, Statistique Publique -INSEE – Coordination Hervé Bacheré, Jacqueline Perrin-Haynes. Voir aussi http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/10.20/le-declin-commercial-des-centres-villes-s’aggrave.

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste