Tensions entre Berlin et Ankara

Deux journalistes allemands ont été priés par Ankara de quitter la Turquie, et le ministère des Affaires étrangères à Berlin émet des mises en garde pour ceux qui souhaitent se rendre en Turquie.

Si les prisons en Turquie sont aujourd'hui un peu plus modernes que ça, ce n'est pas une raison pour y prolonger ses vacances... Foto: Sevilay from Istanbul / Wikimedia Commons / CC-BY 2.0

(KL) – Tout a commencé la semaine dernière, avec cette interview accordée par le ministre de l’Intérieur turc Süleyman Soylu qui avait déclaré auprès de l’agence de presse « Anadolu » que la Turquie allait arrêter des ressortissants étrangers ayant formulé des critiques par rapport au régime Erdogan. « Il y a ceux qui participent en Europe et en Allemagne aux manifestations de l’organisation terroriste [le PKK, n.d.l.r.] et qui viennent ensuite à Antalya, Bodrum ou Mugla pour y passer leurs vacances. […] Qu’ils viennent – on les accueillera et on les arrêtera. » Depuis, c’est l’escalade entre la Turquie et l’Allemagne. Le week-end dernier, deux journalistes allemands, Jörg Brase (ZDF) et Thomas Seibert (Tagesspiegel) ont dû quitter la Turquie.

Pour un pays dont 13% du PIB dépendent du tourisme, la menace de Süleyman Soylu est pour le moins audacieuse. On sait aujourd’hui que les services secrets turcs surveillent les réseaux sociaux et chassent tous ceux qu’ils soupçonnent d’une quelconque proximité avec le mouvement « Gülen », et ceux qui osent critiquer Erdogan et son régime. Déjà, quelques posts sur Facebook ou Twitter peuvent être suffisants pour s’attirer les ires du sultan du Bosphore et pour transformer une semaine de vacances en séjour illimité dans une prison turque. Vous avez dit « Midnight Express » ?

Récemment, les autorités turques avaient même réussi à faire arrêter un citoyen allemand de souche turque en Bulgarie. L’homme avait posté plusieurs commentaires négatifs sur Erdogan dans les réseaux sociaux – et c’était suffisant pour qu’il se fasse arrêter en Bulgarie, et la Bulgarie a extradé cet homme vers la Turquie.

C’est le député vert Cem Özdemir qui a rajouté une couche à la mise en garde officielle du ministère des affaires étrangères. Özdemir déconseille fortement les voyages en Turquie : « Personne n’est en sécurité en Turquie, ni ressortissants allemands, ni ressortissants non allemands. La Turquie est devenue un Etat arbitraire. » Pour Özdemir, l’expulsion des deux journalistes allemands est significative : « D’abord, le Président Erdogan a mis la presse turque au pas. Et maintenant, il faut croire que c’est le tour aux médias internationaux ».

L’initiative de Süleyman Soylu vient au plus mauvais moment pour la Turquie. Le tourisme venait juste de se relancer, mais là, les touristes allemands risquent de déserter la côté turque. La perspective de prolonger son séjour dans une prison turque n’est pas exactement ce que l’on entend par « vacances ». Donc, les touristes allemands risquent une nouvelle fois de bouder la Turquie, pays où visiblement, ils ne sont pas les bienvenus.

La Turquie d’Erdogan s’éloigne de plus en plus de l’Europe et se prive maintenant des recettes du tourisme. Mais que cherche Erdogan ? A renforcer la cohésion nationale en cherchant des « ennemis » à l’étranger ? En tout cas, Erdogan se trouve dans la même catégorie que Trump, Poutine, Kim Jong Un et Al-Assad – un « Führer » qui est prêt à ruiner son pays si cela peut contribuer à sa « gloire ». La Turquie se trouve sur une pente raide, et Kemal Atatürk se retournerait dans sa tombe s’il voyait comment Erdogan & Cie. détruisent tout ce que la Turquie avait réussi à construire ces dernières décennies. Espérons que la diplomatie européenne pourra intervenir. Et autrement qu’après le présumé « putsch », lorsque le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe Thorbjörn Jagland s’était rendu à Ankara pour féliciter Erdogan pour les « purges » que ce dernier était juste en train d’opérer. Et si, pour une fois, l’Europe trouvait une position commune vis-à-vis des agissements d’Erdogan ?

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