Tribune libre : un point de vue personnel

Delphine M. invite nos lecteurs et lectrices à garder la raison et le bon sens. Deux éléments qui font de plus en plus défaut...

Stop, écrit Delphine Mann, nous sommes sur une mauvaise voie ! Foto: User Mattes / Wikimedia Commons / CC-BY 2.0de

(Delphine M.) – Alors que je me remets d’un virus certes désagréable et parfois dangereux, je constate que ce n’est pas la nature qui est folle, mais bien l’humain. Je vais commencer fort mon texte : dans les années trente, en Allemagne on ne voulait plus soigner les Juifs, les dépressifs et les malades mentaux. « Des lois et décrets ultérieurs limitèrent le remboursement des médecins juifs à partir des fonds d’assurance publics. La ville de Berlin interdit aux avocats et aux notaires juifs de travailler sur des questions juridiques, le maire de Munich interdit aux médecins juifs de soigner des patients non-juifs, et le ministère de l’intérieur bavarois refusa l’admission d’étudiants juifs à l’école de médecine. A Düsseldorf les patients juifs ne furent plus admis dans les hôpitaux municipaux. » Hippocrate, sauve nous !

Je sais, on arrive vite au point de Godwin en utilisant le nazisme, mais c’est bien la société qui révèle si vite le peu d’humanité de sa nature dans cette hystérie. Il faut ouvrir les yeux. Et dans cette folie, il faut des mots forts, exagérés, pour faire retomber l’hystérie. Stop.

Le monde est saccagé, pollué et rien ne se passe dans les cerveaux et chancelleries. Climat, pollution ? 40% des cancers sont liées aux pollutions, selon la Commission Européenne, mais on détourne le regard au nom de l’hyperconsommation et de l’agriculture intensive. Les enfants travaillent dans le monde pour alimenter nos portables et bijoux, les migrants meurent dans nos jolies vagues de Méditerranée et aucun effet de Manche, les guerres continuent, on détruit notre Amazonie et nos aires de survie et on étouffe joyeux sous la fast-fashion.

La petite France, Pays des Lumières, sombre, comme d’autres, dans le chaos des époques où l’on accusait les minorités de polluer les puits.

Réveillez-vous, nom d’une pipe ! Ceci est le monde réel. Puisque tout devient obligation, pourquoi laisse-t-on en déshérence toute la France des déserts médicaux laquelle commence dans nos vallées alsaciennes et nos villages ?

Pourquoi n’existe-t-il pas d’obligation territoriale pour les médecins qui, si j’en crois les médias, s’ils stigmatisent pour certains les non-vaccinés, c’est par bonté d’âme parce qu’ils veulent « soigner et protéger les Français » ? Mais, ils préfèrent des téléconsultations, depuis une métropole, sans croiser les vrais gens qui ont la peau flétrie. On accepte de soigner, mais si les gens viennent à vous et s’ils sont vaccinés de tout, ne boivent pas, n’ont pas de conduite à risque ! Des robots !

La médecine, dans ces années folles, serait destiné aux gens en forme, mais qui ont besoin de lèvres rebondies. Je sais, j’exagère, mais qui sont ces médecins qui enlaidissent avec la complicité des réseaux sociaux nos jeunes en faisant de générations de jeunes des monstres botoxés de télé-réalité ?

Alors OK, entrons dans la société des obligations, mais pour tous.

Une loi imposant l’installation des jeunes médecins en province pour stopper la désertification médicale après 10 ans d’études gratuites serait bienvenue, car les gens sont mal soignés quand ils choisissent la campagne pour faire vivre nos villages et nos paysages. On impose bien aux jeunes professeurs de commencer dans des quartiers difficiles, alors pourquoi pas un même traitement pour nos jeunes médecins qui finissent leur formation et iraient dans nos magnifiques territoires ?

La bienveillance, quand cela nous arrange, est insupportable. L’intérêt général à toutes les sauces, alors qu’on ne sait même plus ce que c’est. Faut-il une clause morale de retrait aux médecins qui choisiraient leurs malades selon les maux et leur carte des vaccins ou l’origine du quartier ? Ne soigneront-ils plus demain les millions de malades de la pandémie du sucre (soirée édifiante sur ARTE, il y a quelques mois) ? Le virus révèle la vérité des âmes. La vaccination sous la contrainte a bien fonctionné et diminue les formes graves. Mais c’est un apport de santé publique et non un certificat de supériorité morale et de protection. La vaccination ne fait pas de nous des meilleurs citoyens, puisque nous transmettons le virus au monde, car notre monde est ouvert. Aucun vacciné n’est venu dans la rue pour distribuer le vaccin aux restes du monde mais veut continuer ses voyages ?

Je me souviens de mon oncle, fantastique généraliste, qui faisait des nuits de permanence régulières à disposition de ses patients, sortait le dimanche au milieu de nos choucroutes animés, ne comptait pas ses heures, parce qu’il avait envie de faire ce métier. Il travaillait comme un acharné dans sa petite ville de Cernay. Il faisait des kilomètres, sortait pour les accidents de la route, pour les gars d’Emmaüs. C’est cela pour moi, un médecin et pas un pleureur.

Les non-vaccinés ne sont pas des anti-vax. J’en connais beaucoup. Ils sont de tous les âges et ont peur, car leurs vieux amis sont parfois partis à l’hôpital après une 2eme dose ou une 3e dose et le vaccin de la grippe avec un AVC. Et oui, cela arrive et il ne suffit pas de dire que la science a toujours raison. Un vrai scientifique sait que le moteur de la science est le doute. Les non-vaccinés ne sortent pas, font des tests réguliers et ne font pas dans la vie, d’une terrasse de café un objectif de vie. Ils ont connu la crise de la vache folle qui annonçait des millions de morts certains. Le journaliste de Libération Jean Quatremer le rappelait hier. Ceux qui disaient que cette crise est exagérée, ont vu leurs crédits de recherche coupés.

Les non-vaccinés sont sur les îles où l’on a déversé des poisons sur leurs productions de bananes. Ils ont connu des amis morts de l’amiante. Ils sont remplis de pesticides parce qu’on leur a vendu comme solution miracle pour leurs vignes et baladent leurs cancers. Ils ont 1000 raisons respectables.

Alors il faut parler, comprendre. Demain, si vous loupez votre 3e ou 4ème dose, vous serez ostracisé et demain, on nous accusera de polluer la planète et il faudra renoncer aux déplacements. Les Français, si prompts aujourd’hui à stigmatiser et qui étaient si prompts à dénoncer au printemps 2020 les personnes qui osaient sortir du kilomètre (au point que la police a demandé officiellement de cesser ces coups de fils de dénonciation) n’étaient pas choqués par le nombre de cancers, par l’absence de fonds de recherche pour des maladies non rentables, pas choqués par le manque de recherche pour les médicaments pour les enfants, les scandales du passé comme l’amiante ! Les bons français ont été donneurs de leçon à l’apparition du SIDA, car ils estimaient que c’était bien fait car, eux, les bons citoyens hétéros, préféraient harceler les femmes et couvrir les incestes dont le terme existe enfin dans la loi.

Je caricature, oui, car je suis atterrée par ce qui se passe et que je n’aurais jamais cru vivre. La haine, la stigmatisation, le système du bouc-émissaire porté par certains médecins au nom de la fatigue et par les citoyens qui veulent juste retrouver la vie d’avant, se baffrer de bons vins, de cigarettes, de folles descentes de ski loin des obèses, des pauvres et des gens qui refusent le vaccin et qui prennent une place. Leur place de bons citoyens. Ils prennent la place auquel ils ont droit, car ils sont les meilleurs, ils sont le camp du bien, supérieur par la morale ! Et le pire, ils le croient vraiment !

Personne ne se regarde dans un miroir, car nous sommes tous coupables de ce qui se passe dans un pays : avons nous soutenu les soignants qui sont désespérés depuis des décennies ? Les gens ont forcé des infirmières à quitter leur logement en les applaudissant par devant. Avons-nous aidé nos vieux dans les EHPAD : nous les avons abandonnés collectivement dans des morts solitaires et on en parle plus. Le déni. Avons-nous, chacun, aidé les jeunes dont le taux de suicide a augmenté de centaines de pourcent ? Avons-nous, bons parents, aidé nos enfants masqués et enfermés dans des cercles virtuels dans les cours de récré ? Les bons parents se sont-ils posé des question ?

Une société est un collectif et non un fil d’actualité. Je n’entends pas les Eglises, les sages, les comités d’Ethique. Un virus et la société part en capilotade. Imaginons alors une guerre !

Avons-nous encore le droit de parler, de débattre ? Pourquoi depuis deux ans, les chaînes télé de service public n’ont pas organisé des soirées spéciales d’explication scientifique sereine ? Ma redevance TV serait plus utile que pour financer ces séries de crime et d’easy listening. Ce pays ne croit plus en rien et pas en lui. Il a donc son bouc-émissaire : l’autre. Oui, je ne voulais plus écrire sur les réseaux sociaux imprégnés de méchanceté et de vide ou de superficialité. J’ai craqué. Pardon.

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