Une nouvelle expression qui fait peur : «Dunkeldeutschland»

«L‘Allemagne sombre», voilà la nouvelle expression utilisée pour cette Allemagne où règne une xénophobie lourde, citoyenne et arrivée au cœur même de la société.

Est-ce que cette couleur sera prédominante dans cette nouvelle Allemagne sombre, en "Dunkeldeutschland" ? Foto: Whiteknight / Wikimedia Commons / EJ / CC-BY-SA 3.0

(KL) – Plusieurs grands médias comme le SPIEGEL ou la FAZ l’utilisent déjà – l’expression «Dunkeldeutschland» qui rend si bien cette ambiance lourde, violente, prête à exploser et qui fait penser à l’Allemagne des années 30 du siècle dernier. Bien sûr, il y a, fort heureusement, aussi un mouvement éclairé, accueillant, humaniste – mais comme toujours dans l’histoire de l’humanité, ce ne sont pas les pacifistes qui ont le dernier mot. Une poignée d’idiots violents peut semer la violence, la haine et la peur et le pire dans tout cela, c’est l’acquiescement des braves citoyens qui se tiennent un peu à l’écart, sans pour autant pouvoir dissimuler leur joie face à des scènes comme des centres d’accueil pour réfugiés en flammes.

Dans les années 30 du siècle dernier, la chasse au Juifs avait commencé de la même manière. Il fallait un bouc émissaire pour justifier la crise économique, pour canaliser la colère et la haine de tout un peuple. Hier, c’étaient les Juifs, aujourd’hui, ce sont les réfugiés. Dans la «Dunkeldeutschland» d’aujourd’hui, on procède de la même façon qu’à l’époque. La politique teste tous les jours jusqu’où elle peut aller, en stimulant la peur de l’autre et la haine. Les résultats sont là et ce, non seulement en Saxe (où, effectivement, ces crânes rasés sont particulièrement nombreux), mais partout dans le pays.

En «Dunkeldeutschland», les criminels racistes se croient à nouveau tout permis. Comme à Berlin où un homme de 32 ans n’a rien trouvé de mieux que d’uriner sur les deux enfants réfugiés accompagnés par leur mère qui a pris la fuite avec sa petite famille sans oser porter plainte. Les images ont été enregistrées par des caméras de vidéosurveillance et l’auteur de ce geste raciste et criminel, est devenu une sorte de héro pour d’autres idiots qui voudraient que «Dunkeldeutschland» devienne la norme.

Les responsables politiques, opportunistes, changent d’attitude selon l’ambiance générale. Les discours varient entre «il faut prendre les soucis des gens au sérieux», «le bateau est plein» et «il faut poursuivre sans merci les auteurs d‘actes violents», mais sur le terrain, les choses sont bien différentes. Ainsi, à Heidenau, petite ville devenue tristement célèbre dans le monde entier pour les éruptions de violence contre un centre d’accueil, l’administration a interdit le week-end dernier une manifestation de soutien aux réfugiés – personne n’avait l’idée d’interdire les attroupements des racistes criminels la semaine d’avant et les deux personnes que la police avait arrêtées, ont été libérées quasiment sur le champ.

Bien entendu, la découverte terrible de 71 réfugiés morts en Autriche, a gâché le dîner aux braves citoyens qui autrement, vont voir les structures d’accueil en flammes avec toute la famille. Et les structures en flammes, les cocktails Molotov, les agressions de toute sorte, il y en a maintenant tous les jours en «Dunkeldeutschland».

Oui, il y a d’innombrables initiatives, associations, organisations qui œuvrent pour l’intégration des réfugiés en Allemagne. Qui leur apportent un soutien moral, matériel et pratique. On en parle que rarement, car les émeutes comme à Heidenau sont plus «vendeuses» que le travail sur le terrain.

Pour mieux se positionner, les responsables politiques ont pris l’habitude de distinguer entre les «bons» et les «mauvais» réfugiés. Nous en avons déjà parlé souvent. Les «bons», ce sont ceux qui doivent fuir le Daesh ou les Talibans, les «mauvais» sont ceux qui viennent pour pouvoir nourrir leurs familles. Dans le discours politique, le deuxième groupe vient pour se la couler douce en «Dunkeldeutschland» et personne ne pose la question comment nous-mêmes, on agirait si nous ne pouvions pas donner à manger à nos enfants. Donc, nous avons les «oppressés» (auquel, naturellement, nous proposons notre aide) et les «parasites» (la terminologie est d’ailleurs identique à celle employée par un certain Joseph Goebbels).

Il faut changer d’orientation. La police doit poursuivre avec sérieux les racistes criminels, ils doivent être jugés en référé et la politique doit changer son discours qui est un discours d’incitation à la haine. Et ce, non pas demain, mais aujourd’hui. Avant que «Dunkeldeutschland» ne devienne à nouveau un pays que le reste de la communauté internationale doit craindre.

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