80e Anniversaire de la Libération – Conserver pour Transmettre
Le 80ème anniversaire de la Libération sera célébré à Batzendorf, Niederschaeffolsheim et Wahlenheim le 15 septembre 2024. Pourquoi et comment ? Eurojournalist en révèle dès à présent quelques éléments.
Philippe Lazarus est un collectionneur heureux, car via l’association Histoire Mémoire Collection Nord-Alsace, il peut transmettre. Foto: JM Claus / CC-BY 2.0
(Jean-Marc Claus) – A la journée commémorative du 15 septembre 2024, sera associée à l’Espace Sportif et Culturel de Niederschaeffolsheim, une exposition visible durant une semaine, dont Philippe Lazarus est l’un des concepteurs. Ingénieur travaillant dans l’agro-alimentaire, ayant beaucoup bougé pour des raisons professionnelles, il est resté viscéralement attaché à sa région natale. Se disant alsacien d’adoption car né en Moselle, son histoire personnelle est bien enracinée dans ce qui fut de 1871 à 1918 le Reichsland Elsaß-Lothringen.
Baignant depuis l’enfance dans l’histoire de la période 1939-1944, il a commencé ses collections à l’âge de quatre ans, son grand-père lui offrant une boite de petits soldats, achetée pour un franc au bureau de tabac. S’y sont ajoutées d’autres figurines et aussi des maquettes, mais il est vite passé à la collecte d’objets authentiques, notamment en remontant de la cave de ses grands-parents, une caisse ayant contenu des munitions de 75mm, qui était alors dévolue à un tout autre usage.
Il avait douze ans et n’a cessé de collecter, excepté le temps de sa formation d’ingénieur. Choqué de voir des objets témoignant du passé abandonnés, autrefois sur les décharges publiques et maintenant dans les déchetteries, il n’a jamais pu se résoudre à l’idée que l’Histoire soit ainsi maltraitée. L’Histoire grande et petite, à savoir celle des faits historiques et celle de ceux qui, par leur participation volontaire ou non, ont fait l’Histoire.
Les récits comptent pour beaucoup dans l’engagement de Philippe Lazarus. Le parcours de son grand-père infirmier dans les trains sanitaires de l’armée française de 1939 à 1940, l’a beaucoup inspiré : « ramassant les blessés quelles que soient leurs nationalités » (sic), son handicap visuel lui a épargné d’être un Malgré-nous, une fois revenu en Moselle après démobilisation. Le récit de son père qui, âgé de cinq ans en 1944, fut, avant la libération de Munster en Moselle, comme tous les autres villageois, témoin obligé de deux exécutions publiques par pendaison, reste profondément gravé dans sa mémoire.
C’est donc naturellement qu’il a fondé en 2010 avec quelques autres passionnés, Histoire Mémoire Collection Nord-Alsace (HMC), une association ayant pour but la préservation du patrimoine et de l’histoire militaire régionale contemporaine. Forte actuellement d’une quinzaine de membres, elle compte dans ses rangs deux jeunes, dont Gilles Nonnenmacher, historien de formation très impliqué dans ce projet de commémoration, et qui sera présenté dans un prochain article.
Les collections détenues par les membres d’HMC, vont de la Première Guerre Mondiale à la Guerre d’Algérie, et sont mises en scène lors d’expositions thématiques, comme celle qui se tiendra durant une semaine à l’Espace Sportif et Culturel de Niederschaeffolsheim. Sur les vingts panneaux rapportant les faits historiques de la libération de la région, trois seront spécifiquement dédiés aux trois villages et un à la 79th Infantry Division US. Cinq scènes avec mannequins et équipements d’époque, donneront à cette exposition un relief particulier, car offrant aux visiteurs une vision concrète de ce que fut le quotidien des belligérants.
Le but de l’association est notamment de donner au public envie d’en savoir plus, afin que la curiosité suscitée par l’exposition, participe du devoir de mémoire. Il ne s’agit pas de « jouer aux petits soldats », même si certains membres participent à des reconstitutions historiques avec des véhicules d’époque, mais de transmettre afin de maintenir la mémoire vivante. Pour ce faire, il y a les expositions et les participations aux commémorations, mais l’idéal serait un endroit dédié, comme par exemple un musée.
Parfaitement conscient du fait indéniable que « personne n’emmène rien » (sic), arrivant à l’orée de la soixantaine, Philippe Lazarus se pose la question du devenir des collections accumulées par lui-même et les autres membres de l’association. Il y a bien sûr la transmission de certaines pièces aux descendants qui le souhaiteront, mais l’ensemble du fonds documentaire et des objets, doit trouver un lieu spécifique restant à créer.
Un projet de grande envergure, si toutefois l’association vient à s’y engager. Dans l’immédiat, parler avec Philippe Lazarus et d’autres membres d’HMC, c’est ouvrir un livre d’histoire et en tourner les pages accompagné par un raconteur. Raconteur et non conteur, car la précision historique du récit est la boussole de l’association. Il n’y a pas en ses rangs de place pour les « illuminés » (sic), qui voudraient tordre et réécrire l’Histoire, ou alors l’instrumentaliser à des fins personnelles voire même politiques.
L’exposition présentée le 15 septembre et accessible gratuitement durant une semaine, aura à la fois la rigueur de la démarche scientifique et l’humanité du témoignage de vécus individuels. Derrière les photos, les mannequins en tenue d’époque, les objets de collection, il y a des vies, dont certaines n’ont pas eu la chance de connaître l’Armistice du 8 mai 1945. Rien que pour cela et aussi ceux-là, il importe de ne jamais oublier.
Parce que selon le devenu célèbre aphorisme attribué à Paul Valéry, la guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent, mais ne se massacrent pas,il est aujourd’hui, alors qu’un conflit armé fait rage aux portes de l’Europe, plus que nécessaire de revenir à des fondamentaux humanistes, tels que l’appartenance des tous les êtres humains à une seule et même espèce, ainsi que l’infinie supériorité de la paix sur la guerre.
La commémoration du quatre-vingtième anniversaire de la libération des villages de Batzendorf, Niederschaeffolsheim et Wahlenheim, sera celle de la paix revenue après six années de désastre pour le monde entier. Que personne n’y voit un quelconque éloge de la guerre, car cela trahirait l’esprit de la cérémonie et la démarche mémorielle d’HMC.
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