Affaire « Plus Ultra » – une première dont l’Espagne se passerait volontiers !
L’ancien premier ministre espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, est convoqué pour deux jours d’audition. Il est mis en examen pour trafic d’influence et blanchiment d’argent.
Un scandale de corruption qui ne fait que commencer... Foto: Ministerio de Cultura de la Nación / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 2.0
(Oscar Louimaire) – C’est une première dans l’histoire de la démocratie en Espagne. José Luis Rodríguez Zapatero devient le premier ex-chef du gouvernement espagnol convoqué comme « investigado ». C’est le statut officiel d’un individu impliqué dans une procédure judiciaire. Il remplace souvent l’ancien terme « imputé » (imputado), jugé trop péjoratif. Cela s’apparenterait à une mise en examen en droit français dans une affaire de corruption.
Le socialiste espagnol a dirigé l’Espagne pendant deux mandats, entre 2004 et 2011. Il est connu pour ses réformes progressistes (mariage gay, divorce rapide, droits des femmes), mais aussi pour sa gestion chaotique de la crise économique.
Zapatero était arrivé autour de 06h50 à l’Audience Nationale à Madrid, mercredi matin. Il a été convoqué mercredi et jeudi pour s’expliquer face au juge José Luis Calama. Il est accusé d’être le « chef présumé d’une structure stable et hiérarchisée », avec pour objectif de recevoir des pots-de-vin. L’enquête s’inscrit dans l’affaire dite « Plus Ultra », qui examine si Zapatero a favorisé, en échange d’argent, le sauvetage public à hauteur de 53 millions d’euros de cette compagnie aérienne vénézuélienne. Cette compagnie aérienne dont le siège se trouve à Madrid, compte parmi ses principaux actionnaires des hommes d’affaires vénézuéliens proches du régime chaviste. En 2019, elle n’a transporté que 156 000 passagers, soit moins de 0,1% de part de marché.
Une enquête a aussi été ouverte pour fraude fiscale et contrebande présumées, après la découverte de bijoux à son bureau lors d’une perquisition. Il est accusé de ne pas pouvoir justifier le paiement des droits de douane sur ces bijoux, dont la valeur totale est estimée à 1 323 915 euros.
Au terme de sa comparution, l’ancien Premier ministre a assuré dans un communiqué être « totalement innocent » : « On m’accuse de délits très graves que je n’ai pas commis », a-t-il déploré, affirmant s’être « toujours comporté avec décence et honnêteté ».
« Dans les prochains jours, je donnerai les explications qui s’imposent », a encore dit cette figure historique et très respectée de la gauche.
A l’issue de l’audition, le juge José Luis Calama a toutefois estimé que les déclarations de l’ancien Premier ministre « n’avaient pas permis de remettre en cause les indices rationnels de culpabilité », selon un communiqué du tribunal. Il a toutefois refusé de retirer son passeport à M. Zapatero, comme l’avait requis le parquet. Affaire à suivre…
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