Allemagne – l’extrême-droite a le vent en poupe
Lors de l'élection communale en Rhénanie du Nord-Westphalie, les extrémistes de droite et aussi de gauche, ont gagné des votes. Et tous les autres en ont perdus.
Pendant que certains demandent l'interdiction de l'AfD, l'extrême-droite va de succès électoral en succès électoral... Foto: Leonard Lenz / Wikimedia Commons / CC0 1.0
(KL) – Ce n’était qu’une élection communale, pourrait-on dire. Comme ailleurs, lors d’élections communales, ce sont les sujets locaux qui priment. Pourrait-on croire. Mais en Rhénanie du Nord-Westphalie, ce sont 18,15 millions d’électeurs qui étaient appelés aux urnes, une population plus importante que celle de 21 des 27 pays européens. Donc, même une élection communale n’y est pas anodine. Dimanche, c’est surtout l’extrême-droite qui a confirmé son nouveau statut avec un plus 9% des votes, tandis que l’extrême-gauche Die Linke a pu également gagner 2%. Tous les autres partis ont perdu des votes et l’avancée de l’extrême-droite se fait désormais également sentir dans les Länder de l’ouest du pays – avant, l’AfD avait ses fiefs surtout dans les Länder de l’est, dans l’ancienne RDA.
En totalisant les votes de la Rhénanie du Nord-Westphalie, la CDU arrive à 33,3% des votes, le SPD à 22,1%, l’AfD à 14,5%, les Verts à 13,5% et Die Linke à 5,6%. D’autres partis comme les libéraux du FDP ou le BSW obtiennent des scores qui ne valent même pas la peine d’être indiqués, ils figurent aujourd’hui parmi les « Autres ».
Ce sont les Verts qui sont les plus grands perdants de cette élection communale – ils perdent 7% et paient visiblement le prix pour leur triste performance pendant les années de la coalition SPD-FDP-Verts à Berlin. Certes, en Rhénanie du Nord-Westphalie, comme ailleurs, les gens ont principalement voté pour des sujets locaux, mais pas que. La politique nationale a joué son rôle et l’analyse de ce vote n’est pas très flatteur pour les partis au pouvoir à Berlin. Si tous les partis « traditionnels » perdent des électeurs au détriment des partis extrémistes, il convient d’y réfléchir. Surtout dans la mesure où les sondages prédisent pour l’année prochaine, de grandes victoires pour l’extrême-droite lors des élections régionales en Saxe-Anhalt où l’AfD vise même la majorité absolue.
L’essor de cette extrême-droite allemande qui elle, n’a rien à voir avec l’extrême-droite dans d’autres pays, agissant comme vivier pour toute sorte de groupes et de groupuscules militants et violents, semble impossible à stopper. Comme ailleurs, le progrès de l’extrême-droite est animé par un souhait de stabilité, d’ordre, de justice sociale – donc de choses que l’extrême-droite est incapable de réaliser. Pourtant, l’AfD profite du fait qu’elle n’a encore jamais été au pouvoir, comme le Rassemblement-ex-Front National en France et on entend de plus en plus souvent la phrase « ils ne pourront pas faire pire que ceux qui sont aux manettes actuellement ». Si cette phrase est complètement fausse, elle est le reflet d’un espoir diffus, et la piètre performance de ceux qui sont au pouvoir, ne fait que renforcer cette idée d’un parti qui fera régner l’ordre. Mais quel ordre ? Celui de la xénophobie ? Celui de la haine vis-à-vis de tous ceux qui ne correspondent pas aux stéréotypes décrétés par l’AfD ? Celui du soutien à la Russie de Poutine que prône l’extrême-droite ?
Le résultat des extrémistes en Rhénanie du Nord-Westphalie, dans un Land où l’AfD n’a jamais pu obtenir des scores intéressants aux élections, montre clairement que l’extrémisme de droite est en train de gagner également les Länder de l’ouest du pays, là où jusqu’à maintenant, les idées poussiéreuses de l’AfD n’avaient pas trouvé d’adhérents.
L’Allemagne semble prendre le même chemin que la France et de nombreux autres pays européens. Théoriquement, un tel résultat devrait déclencher une réflexion profonde dans les QGs des partis à Berlin, suivi par des actions concrètes autour du mécontentement des citoyens. Au lieu de cela, les partis s’auto-célèbrent pour s’en être sortis de cette élection avec un œil au beurre noir (bon, sauf les Verts…) et ils ne changeront rien du tout, mais continueront à regarder les bras croisés la montée de l’extrême-droite.
Aujourd’hui, autre parallèle avec la France, les socio-démocrates et les Verts ne peuvent plus être considérés comme des partis « de gauche », ils se plaisent dans le no-man’s-land d’un centre sans profile et ceci explique aussi le relativement bon résultat de Die Linke, considérée aujourd’hui comme le dernier parti de gauche en Allemagne. Mais avec 5,6% des votes, son poids est pour le moins, très limité.
Le tsunami de l’extrême-droite qui déferle actuellement sur l’Europe, n’épargne pas non plus l’Allemagne. D’ici quelque temps, les deux pays risquent d’être dirigés par cette extrême-droite et lorsque ce sera le cas, beaucoup de gens vont se souvenir de cette phrase « ils ne pourront pas faire pire que les autres ». On peut déjà vous le dire aujourd’hui – si, ils peuvent.
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