L’Allemagne politique – un long fleuve tranquille ?

Loin de là. Le parti du chancelier Friedrich Merz, la CDU, dégringole dans les sondages et l'extrême droite AfD se situe solidement en tête. L'Allemagne se retrouve dans une crise gouvernementale.

L'ultra-extrême droite allemande - de plus en plus décomplexée. Foto: Rufus46 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(KL) – Certes, les sondages ne sont que – des sondages. Mais en Allemagne, les instituts de sondage effectuent toutes les semaines des sondages et cela permet de comprendre les évolutions et les tendances. Et ces tendances sont actuellement très claires.

L’extrême droite AfD obtiendrait actuellement au niveau national 27% des votes, les conservateurs de la CDU plus que 21% (le plus mauvais score depuis presque cinq ans), les Verts se situent à 15%, le SPD à 12%, Die Linke à 11% et les libéraux du FDP semblent avoir stoppé leur descente aux enfers en arrivant à 5%. Mais que veulent dire ces chiffres ?

La coalition au pouvoir à Berlin CDU/SPD n’obtiendrait plus que 33% des votes et la marche vers le pouvoir de l’extrême droite se poursuit, comme un tsunami brun. Les partis de gauche ne pèsent plus du tout au niveau national et l’Allemagne a perdu toute confiance en ces institutions politiques. Mais puisque les partis traditionnels ne sont pas en mesure de changer quoi que ce soit dans leur fonctionnement, l’AfD reste installée en tête dans les sondages, malgré le fait que ce parti titube de scandale en scandale, n’a jamais rien produit de constructif, tout en se limitant à des slogans populistes et simplistes. Mais ni l’incompétence avérée, ni les scandales, ni les financements russes peuvent stopper l’AfD – l’essor de l’AfD ressemble de plus en plus à une sorte de « trumpisme européen ».

Pendant plusieurs jours, une partie des cadors de la CDU, donc du parti du chancelier Friedrich Merz, a discuté publiquement s’il ne vaudrait pas mieux de remplacer le très impopulaire Friedrich Merz par le ministre-président de la Rhénanie du Nord – Westphalie Hendrik Wüst, jusqu’à ce que ce dernier mette une fin à ce débat, un débat qui n’est autre que le démontage du chancelier par son propre parti. Même si on évite ce terme à Berlin, il s’agit d’une crise gouvernementale.

En même temps, les ministres SPD dans cette coalition, ne font pas bella figura non plus. La ministre du travail Bärbel Bas veut diluer la loi du travail, pour permettre aux employeurs d’imposer des journées de travail jusqu’à 13h – les vrais social-démocrates doivent se retourner dans la tombe. Idem pour le vice-chancelier et ministre des finances SPD Lars Klingbeil qui manque visiblement de stratégies. Certes, actuellement, le poste du ministre des finances n’est pas vraiment enviable, puisque les caisses sont également vides en Allemagne, mais ce gouvernement CDU/SPD n’a plus rien qui pourrait inspirer de la confiance aux électeurs allemands.

Nous ne sommes plus qu’à trois mois des élections régionales en Saxe-Anhalt (6 septembre) et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (20 septembre), donc, dans deux Länder de l’ex-RDA où l’AfD est particulièrement forte. Dans les deux Länder, l’AfD se situe largement en tête dans les sondages, en Saxe-Anhalt, l’AfD (42%) vise même la majorité absolue.

Pourtant, l’époque où le vote pour l’extrême-droite était un « vote de protestation », est révolue. Ceux qui votent aujourd’hui pour l’AfD, adhèrent aux idées dangereuses de ce parti qui est bien plus violent et virulent que d’autres partis d’extrême droite dans d’autres pays européens. L’AfD est aujourd’hui une sorte de vivier pour plusieurs groupes néofascistes qui sèment la terreur lors de leurs manifestations et qui n’hésitent pas à défendre des positions et thèses que l’on avait entendu en Allemagne pour la dernière fois en 1945.

La responsabilité pour cet essor d’une extrême droite virulente et violente incombe en grande partie aux partis actuellement au pouvoir. Ce phénomène peut être observé dans de nombreux pays où la défaillance des partis au pouvoir conduit à ce néo-nationalisme, aux attitudes anti-européennes, à un retour vers le milieu du siècle dernier.

Non, l’Allemagne politique n’est vraiment pas un long fleuve tranquille, il y a à nouveau des choses dangereuses qui se préparent en Allemagne. Les discours qui se veulent rassurants et qui invoquent un « cordon sanitaire », appelé en Allemagne « Brandmauer » (mur coupe-feu), sont trompeurs – au Parlement européen et malgré les déclarations contraires, les députés CDU/CSU s’y concertent déjà avec leurs collègues de l’AfD.

Au mois de septembre, l’Allemagne risque de vivre pour la deuxième fois après 1933, l’accession au pouvoir (du moins, au niveau régional), d’un parti aux idées brunes, hautement corrompu, financé en grande partie par Moscou et cela est tout sauf anodin. Les seuls qui pourraient stopper ce tsunami brun, sont les électeurs et électrices, mais il faut croire qu’ils aient envie de revivre l’histoire. Cette évolution est hautement dangereuse, pour l’Allemagne et pour toute l’Europe.

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