« Als-exit », oui mais…
L’emballement politico-médiatique ne doit pas masquer aux citoyens, les conséquences d’un Als-exit de mauvaise facture.
Oui à une Communauté européenne d’Alsace, dotée de ses propres prérogatives, mais dans la République Française. Foto: Gzen92 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int
(Jean-Marc Claus) – Qualifiée sur Public Sénat de séparatisme régional par la journaliste Aurore Malval, la démarche de sortie de l’Alsace de la région Grand Est, provoque une certaine inquiétude dans le kleini pàriser welt. Ce qui prêterait à rire, si n’y était pas ajoutée par son confrère Michaël Darmon, une épaisse couche de repli identitaire, saupoudrée de refus d’inclusion dans la République. De son côté, Franck Leroy, président de la région Grand Est, au comble de la panique, discrédite la Proposition de Loi Alsace, par des propos indignes du siège qu’il occupe.
Alors non, monsieur Leroy, qui avez à craindre de perdre un peu plus de 14% de votre territoire et près de 34% de vos administrés, la question de la sortie de l’Alsace de la Région Grand Est, n’est pas un sujet éloignant les députés des réalités quotidiennes des Français. Elle ramène les élus à porté de baffe, pour employer une métaphore bien connue, ne devant bien-sûr rester qu’une image. Et c’est peut-être ce que craignent le plus les décisionnaires que des mégastructures telles que les grandes régions et les communautés de communes ou d’agglomérations, protègent de la confrontation directe au quotidien du citoyen lambda.
Quant au séparatisme et à l’identitarisme fustigés par les journalistes précédemment cités, il est bien connu que les Alsaciens ne seront jamais d’assez bons Français, et qu’il y aura toujours des capitaines Dreyfus à faire comparaître en Cour Martiale, histoire de masquer les déficiences de l’État. Les attaques régulières, contre le Régime Local d’Assurance Maladie Alsace- Moselle, n’en sont qu’un exemple. Il ne faut surtout pas s’inspirer de ce qui fonctionne bien dans l’ex-Reichsland Elsaß-Lothringen (1871-1920), mais chercher à le détruire pour le remplacer, par ce qui dysfonctionne en Terre de France.
Toujours est-il que la Proposition de Loi Alsace (PPL T.A. n°264), a été adoptée le 8 avril en première lecture à l’Assemblée Nationale, par 131 voix pour, 100 contre et 12 abstentions. Mais il reste du chemin à faire, dont l’examen par le Sénat et un référendum local. Or Gérard Larcher, Président du Sénat, n’est pas favorable à ce projet, et un référendum local est d’une toute autre nature que le pseudo référendum organisé par le Président de la Communauté européenne d’Alsace (CeA). Il y a une grosse différence entre 168.456 individus, qui sans forcément avoir le droit de vote, participent à une consultation durant deux mois, et près de 1,3 million d’électeurs devant se rendre aux urnes un jour précis.
Les 92,4% de votes favorables à la sortie de l’Alsace du Grand Est, dont se prévaut Frédéric Bierry suite à sa consultation de 2021-2022, ainsi que la récente adoption de la Proposition de Loi Alsace en première lecture à l’Assemblée Nationale, ne doivent pas éclipser le contenu du projet et ses perspectives. Ce sur quoi les fédérations du Parti Communiste des deux départements, attirent l’attention, tout en reconnaissant « l’aspiration légitime des Alsacien(ne)s à disposer dʼune collectivité tenant compte de son histoire particulière, de sa langue et culture régionale, du besoin dʼavoir un espace démocratique de proximité. » (sic).
Là où le bât blesse, c’est au sujet de l’économie et donc du monde du travail. Selon les communistes alsaciens, « Depuis quinze ans, la droite et le patronat alsacien promeuvent des projets de collectivité fondés sur la différenciation, avec des compétences accrues en matière économique, fiscale et sociale. Autrement dit, en mettant en concurrence les territoires entre eux. Ces projets proposent dʼouvrir la voie à des dérogations au droit du travail et à un SMIC alsacien harmonisé vers le bas. » (sic). Un sujet qui mérite débat, car aux conséquences bien plus importantes pour les travailleurs et leurs familles, que la défense du particularisme régional historique.
Sortir du Grand Est, oui mais à quel prix et qui en payera la facture, pour ne pas dire la fracture ? Revenir à une région Alsace oui, mais avec quelles prérogatives pour ceux qui la gouverneront ? L’emballement politico-médiatique ne doit pas masquer le principal sujet du débat. A savoir que pour les citoyens, les conséquences d’un « Als-exit », ne doivent pas s’apparenter à celles du Brexit. Il faut, afin que chacun y gagne, que toutes les strates de la société soient parties-prenantes des négociations et de la construction du projet. Ce qui doit être un incontournable préalable à un référendum où les électeurs sont censés avoir connaissance des enjeux du sujet sur lequel ils se prononcent.
Herr Claus, worum geht es hier genau?