America Reads The Bible
Regard fixé sur un prompteur, Donald Trump a lu quelques versets de l’Ancien Testament, mains croisées sur… la Bible - tout un symbole !
(Jean-Marc Claus) – Demain s’achèvera la traditionnelle séquence annuelle de piété étasunienne intitulée faussement « America Reads The Bible ». En réalité, ce sont les USA qui lisent la Bible, non l’ensemble des Amériques, et plus précisément, une partie de la population des USA, dont l’actuel Mister President qui se donne pitoyablement en spectacle depuis le Bureau Ovale, lisant un passage de l’Ancien Testament, regard fixé sur un prompteur et mains croisées sur… la Bible !
Des Pèlerins du Mayflower à l’actuel Donald Trump : 406 années de bigoterie évangélique. De l’Independance Day initial à celui qui sera célébré le 4 juillet prochain : 250 années de politiques impérialistes. Ce que certains narratifs des entrées en guerre des USA, lors des deux conflits mondiaux du siècle dernier, s’appliquent méthodiquement à enjoliver, sous prétexte de défense des libertés, mais qu’infirment toutes les analyses, si tôt le vernis moral étasunien, passé au dissolvant composé de rigueur scientifique et d’honnêteté intellectuelle.
Car c’est bien d’un vernis moral dont il s’agit principalement, si non comment comprendre les actuels héritiers, des génocidaires des peuples autochtones nord-américains ? Génocidaires qui, sans le secours des Amérindiens de la côte Est, n’auraient pas survécu à leur premier hiver dans leur colonie de Nouvelle Angleterre. Génocidaires pour qui la Conquête de l’Ouest, fut une vaste entreprise d’expropriation et d’accaparement de terres, desquelles au pire ils exterminaient les populations, ou au moins pire les avilissaient. Sans compter la période esclavagiste (1619-1865), soit près de deux siècles et demi, dont les relents racialistes, ont bien clivé la société, et actuellement plus que jamais.
Ainsi, Donald Trump, New Cyrus de beaucoup d’évangéliques étasuniens mais pas que d’eux, se prenant accessoirement pour le Messie et renvoyant le Pape Léon XIV à ses chères études, a-t-il lu publiquement, les versets 11 à 22 du 7ème chapitre du 2nd Livre des Chroniques. Grand bien lui fasse, s’il accepte toutefois de se laisser toucher par la Grâce, et ne s’en institue pas l’essence même. Honte au Trumpistan, qui quotidiennement foule au pied les valeurs bibliques les plus élémentaires !
Le quatorzième verset de ce texte, mis en exergue dans différentes publications relatives à ce grand moment de fumisterie télévisuelle, prend une tonalité bien différente, lorsqu’on le lit dans des versions plus proches du texte. Comme par exemple dans leurs éditions de 1989, celle très rugueuse d’André Chouraqui (1987) ou celle plus accessible du Rabbinat (1899-1906). Une tonalité d’autant plus différente, si l’on n’escamote pas le treizième verset, afin de laisser croire que le (désobéissant) dit peuple de Dieu, pourrait spontanément revenir vers son Créateur.
« Voici, je réfrénerai les ciels : il ne sera pas de pluie ;
et voici, j’ordonnerai au locuste de manger la terre,
ou si j’envoyais la peste contre mon peuple,
il sera maté mon peuple, eux sur qui mon nom est crié ;
mais ils prieront, ils chercheront mes faces
et retourneront de leurs routes mauvaises.
Et moi, j’entendrai des ciels, je pardonnerai leur faute,
je guérirai leur terre. »
Telle est traduction faite par André Chouraqui, d’un texte ne souffrant pas le moins du monde le nazi-ment et les jérémiades trumpistes.
L’exégèse complète des versets 11 à 22, du 7ème chapitre du 2nd Livre des Chroniques, ainsi que leur contextualisation et leur mise en perspective avec le temps présent, ne manquent assurément pas de piquant. Mais rien qu’en se limitant au court extrait cité plus haut, il ne faut pas être grand clerc, pour comprendre que l’actuel pouvoir trumpiste, tord et instrumentalise le texte biblique. Là où il devrait faire preuve de la plus sincère humilité, il pratique sans vergogne, la so typical humilité orgueilleuse, de la galaxie évangélique pas seulement étasunienne.
« Nous ne sommes que d’humbles instruments de Dieu, qui par sa Grâce infinie, savent tout sur tout mieux que tout le monde… » : le parfait oxymore théologique, pour ceux qui se veulent acteurs d’une révolution quasiment religieuse. La bigoterie étasunienne faussement chrétienne, en concurrence avec des prédicateurs de haine faussement musulmans, et alliée avec des jusqu’au-boutistes faussement israélites, mène actuellement une guerre qu’elle prétend sainte. Guerre à la fois intérieure et extérieure, qui n’a absolument rien à voir avec la foi et la spiritualité.

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