¡Canarias tienen un límite! – Acte III
Une troisième mobilisation d’ampleur a redit aux autorités canariennes, l’exaspération et la détresse des habitants confrontés au surtourisme.
Les Canaries ne doivent pas devenir l’avenue du Monde… Foto: Frank Vicentz / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0
(Jean-Marc Claus) – Comme l’année dernière fin avril, mais aussi en automne, des milliers de citoyens canariens se sont mobilisés dimanche sous le mot d’ordre « ¡Canarias tienen un límite! » (Les Canaries ont une limite !). De quelle limite est-il question ? De l’accueil des réfugiés, une nouvelle « Crise des Cayucos » restant plus que jamais possible ? N’en déplaise aux nationalistes bon teint, c’est de la gestion du tourisme en quête de bronzage, dont il s’agit !
Mais cette année s’ajoutait à « Canarias tienen un límite » un « y nuestra paciencia también » (et notre patience aussi), laissant clairement entendre que le mouvement ira crescendo, si les autorités ne changent pas rapidement de logiciel. Le tourisme de masse et la redistribution non équitable de ses bénéfices, ont des conséquences désastreuses sur l’environnement et la population de ces îles macronésiennes. Or, les décideurs ne semblent pas s’en plus soucier que de leur premier permis de construire accordé à une grande chaîne hôtelière.
La Federación Sindical Canaria (FSC), qui participait activement à la manifestation à Tenerife, déclarait que les bénéfices du tourisme doivent être non seulement redistribués pour améliorer les salaires des employés du secteur de l’hébergement et de la restauration, mais aussi apporter plus de services publics au peuple canarien. A Lanzarote, une photo est devenue virale : un enfant, juché sur les épaules d’un adulte, portait dans son dos une pancarte où il était écrit « Por favor dejen algo para mi generación » (S’il vous plaît, laissez quelque chose à ma génération).
A Gran Canaria, des huées et des sifflets ont émané du cortège, à l’approche de la zone hôtelière. A Fuerteventura, c’est l’opposition à l’approbation par les autorités, de l’accroissement des capacités hôtelières, qui était au cœur des revendications. Sept villes de l’Espagne continentale et pas des moindres(Barcelone, Bilbao, Grenade, Madrid, Pampelune, Saint-Jacques-de-Compostelle, Valence), se sont associées à cette manifestation, mais aussi Berlin. Sept villes comme les sept îles canariennes, y compris El Hiero qui ne craignant pas vraiment le surtourisme, a tout de même marqué sa solidarité avec le reste de l’archipel.
La plateforme Canarias tienen un límite, revendique entre autres, l’arrêt des projets touristiques destructeurs, un moratoire sur le développement des hôtels et lieux de vacances, l’instauration d’une taxe de séjour significative, la protection de l’environnement, le développement des énergies renouvelables, la défense du patrimoine culturel et social. Actuellement, ce sont près de 18 millions de touristes qui séjournent chaque année dans l’archipel. Un archipel comptant 2,2 millions d’habitants, soit un peu plus que la Slovénie, qui voient défiler sur leur territoire l’équivalent de la population des Pays-Bas.
L’assainissement ne suit pas, ainsi quotidiennement 40 piscines olympiques d’eaux usées, sont en 400 points différents rejetées à la mer, soit de 100.000 à 150.000 m³. Ce qui conduit certaines municipalités à interdire la baignade, car confrontées à un véritable problème de santé publique ne disant pas son nom. A Tenerife, le nombre de touristes a augmenté de 30% en dix ans, et si des investissements ont été réalisés pour retraiter les eaux usées, le compte n’y est toujours pas. Dans un reportage de France 24, l’activiste Alfonso Boullon du collectif « Salvar La Tejita » disait ce printemps : « Si les touristes savaient la vérité sur l’eau, avec ces excréments dans lesquels ils nagent, il ne viendraient plus aux Canaries. ».
Le mouvement « Canarias tienen un límite » a depuis avril dernier mené plusieurs actions significatives, qui ne lui ont pas valu la sympathie des autorités et en octobre, une seconde manifestation rassemblant dix mille personnes sur l’archipel, avait également mobilisé à Barcelone, Grenade, Madrid, Valence et Berlin. Accusés de tourismophobie, les manifestants veulent vivre du tourisme, mais pas en mourir. Durant les 21 derniers mois, le nombre mensuel de touristes présents dans l’archipel, n’est pas descendu en dessous du million, soit l’équivalent de la moitié de la population locale, et au cours du premier trimestre de cette année, le chiffre de 4,3 millions représentait une augmentation de 2,1% par rapport à l’an dernier à la même époque.
La Fondation César Manrique, grand défenseur de Lanzarote dans les années 1970-1980, était également sur le pont et en nombre. La protection de son île natale contre le surtourisme, à laquelle l’artiste avait très largement contribué, est actuellement attaquée de toutes parts. Pourtant, l’archipel canarien pourrait devenir un laboratoire en vue développer un tourisme écologiquement soutenable et économiquement viable. Au lieu de cela, entre autres exemples, des paquebots vont en plus des touristes hébergés à La Gomera, déverser dans certaines localités portuaires, des masses de visiteurs très temporaires, qui contribueront très peu à l’économie locale et vont générer des nuisances phénoménales.
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