¡Canarias tienen un limite!
Les Canaries ont une limite, clamaient fin avril en divers points de l’archipel, des dizaines de manifestants opposés au surtourisme.
A l’époque de la découverte des Amériques, l’archipel canarien n’était qu’un lieu de passage entre l’Ancien et le Nouveau Monde... Foto: Ministerio de Defensa / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int
(Jean-Marc Claus) – Il fallait bien que cela arrive, et ce n’est vraiment pas trop tôt, car pour qui connaît quelque peu l’archipel canarien, le tournant pris par l’industrie du tourisme ces dernières années, est particulièrement inquiétant. Inquiétant pour les sites naturels, dénaturés par leur surfréquentation. Inquiétant pour les côtes, toujours plus bétonnées. Inquiétant pour les ressources en eau, qui ne sont pas infinies. Inquiétant pour les Canariens eux-mêmes qui, vivant beaucoup du tourisme, disent avec raison « ¿Como vivo del turismo si no tengo casa? » (Comment je vis du tourisme si je n’ai pas de maison ?). En effet, l’achat de biens immobiliers par des non-insulaires et la prolifération des locations de type Airbnb, rendent l’accès au logement toujours plus difficile pour les autochtones.
Pour mémoire, comme l’archipel des Baléares, celui des Canaries devint sous la dictature franquiste dès la fin des années 1950, « the place to be » pour passer des vacances au soleil, mais aussi faire passer la pilule d’une gouvernance fasciste qui dura de 1936 à 1975. Véritables pompes à devises, tout comme la côte métropolitaine espagnole, ces territoires tinrent très tôt une place importante dans l’économie du pays. Ce dont il serait idiot de se priver, eu égard à la beauté des sites et à leurs climats respectifs, mais dès les années soixante, un homme tira la sonnette d’alarme. Un homme qui à Lanzarote, fut entendu par d’autres, et dont l’action cadra le développement touristique de l’île, auquel il n’était pas fondamentalement opposé.
César Manrique, architecte urbaniste mais aussi peintre, sculpteur et plasticien de grand talent, s’allia avec le socialiste José Ramírez Cerdá dit Pepín Ramírez, alors président du « cabildo insular » (gouvernement local). Nés tous deux à Lanzarote en 1919, à dix jours d’intervalle, ils s’entendirent pour renforcer l’attrait touristique de l’île, tout en préservant son authenticité et limitant l’impact de cette activité sur l’environnement. Alors que le sud de Tenerife devenait une usine à touristes, Lanzarote expérimentait le développement durable avant la lettre. Il en fut de même pour La Gomera, longtemps surnommée « Hippies Island », que sa petite taille et son relief particulièrement accidenté, protégèrent longtemps d’un afflux déraisonnable de visiteurs.
Mais aujourd’hui, exceptées, très à l’ouest, El Hierro et très à l’est La Graciosa, aucune île n’échappe au surtourisme. Le développement des escales des bateaux de croisières à La Gomera, ne sera pas une plus-value pour ses habitants, et portera une atteinte irrémédiable à la tranquillité que les amoureux de l’île y recherchent. A Lanzarote, si certains sites ont une fréquentation régulée, comme par exemple le cœur du Parc National de Timanfaya, il n’en sera pas de même partout. Or, il n’y a plus de Pepín Ramírez et de César Manrique, pour s’opposer à la marchandisation de l’île.
« Nous devons faire coexister l’industrie touristique avec la défense du territoire et de notre propre culture. Et cette coexistence est possible, mais surtout nécessaire, obligatoire, si nous ne voulons pas vivre en tournant le dos à l’avenir », disait César Manrique en visionnaire qu’il était dès les années soixante. S’opposer au surtourisme, c’est justement regarder vers l’avenir, car comme l’affirmait une pancarte tenue à bout de bras par une manifestante à Fuerteventura fin avril, « ¡Sí no respetamos la naturaleza, vamos de cabeza a la pobreza ! » (Si nous ne respectons pas la nature, nous nous fonçons tête baissée vers la pauvreté !)…
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