Ces reculades continues…

Alors que certains, porteurs d’un discours militant par nature obtus, parlent d’une France en déclin, et font recette avec cette vision simpliste, qui pointe les reculades permanentes dont fait les frais une très large frange de la population du pays ?

Les reculades sociales, nous entraînent vers un sens unique, dont l’Histoire nous a pourtant donné quelques leçons... Foto: Ewald Ehtreiber / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(Jean-Marc Claus) – Qu’observeraient actuellement au pays dit des Lumières, Usbek et Rica, les Persans sortis de l’imagination de Montesquieu en 1721, année où le Royaume de France colonisait l’Île Maurice ? Le roman nous rapporte qu’après un voyage de treize mois, les amenant d’Ispahan à Paris, les deux compères séjournèrent huit ans dans la capitale. De quoi se faire tout de même une petite idée de la situation de la France, sur laquelle régnait Louis XV dit initialement le « Bien-Aimé », mais dont le peuple déchanta très vite. Faut-il aussi sur ce dernier point, établir des parallèles ?

Toujours est-il qu’Usbek et Rica ne pourraient que constater les hallucinantes reculades dont les pays est le théâtre d’ombres, la société la victime principale et la relativisation de nos valeurs le dommage collatéral. Alors que certains, porteurs d’un discours militant par nature obtus, parlent d’une France en déclin, et font recette avec cette vision simpliste, qui pointe les reculades permanentes dont fait les frais une très large frange de la population du pays ?

« Parce qu’on vit plus longtemps, il faut (logiquement) travailler plus longtemps ! » : premier stupide mantra que les spin doctors au service des puissances d’argent, ont su mettre dans la tête de beaucoup trop de nos concitoyens. Or, c’est justement parce que l’âge de retraite a été ramené à soixante ans à compter du 1er Avril 1983, qu’on vit aujourd’hui plus longtemps et les nombreuses « réformes » intervenues depuis pour en reculer la date de départ, n’ont fait que contribuer à réduire l’espérance de vie des travailleurs.

« Les femmes qui restent à la maison pour s’occuper des enfants, mériteraient un salaire. », entend-on de plus en plus. Ce discours réactionnaire, voulant réduire contre rétribution pécuniaire, la femme à sa seule fonction maternelle, va à l’encontre de toutes les victoires obtenues par les mouvements d’émancipation. Il est beaucoup plus facile et moins coûteux de cantonner les mères à domicile en échange de quelques cacahuètes, que de développer les systèmes de garde et d’augmenter les allocations familiales de manière juste.

« Le nombre de féminicides est en baisse. », se targue l’actuel gouvernement, mais qu’est un pays où l’on est obligé de tenir à jour le compteur de ces crimes ? Sans oublier que devraient y être associé l’ensemble des violences faites aux femmes ? On a beau jeu de pointer du doigt l’ancienne Perse, quand ici, pour citer Simone de Beauvoir, il suffit d’une crise politique, économique et religieuse, pour que les droits des femmes, soient remis en question. Ainsi, la volonté affichée ouvertement par certains, de réduire le droit d’accès à l’avortement, procède-t-il d’une même vision machiste et patriarcale.

Nouveau concept, l’infantisme fait des ravages dans le monde du clivage, et combien d’illuminés s’expriment-ils au nom de cette doctrine sectionnelle, faisant des enfants un groupe social à part. La société est une, dans toute sa diversité, et les problèmes des uns doivent, s’ils ont une incidence sur l’ensemble du corps social, devenir ceux de tous. De très jeunes enfants meurent car « oubliés » dans la voiture d’un parent garée au soleil, des mineurs sont gravement agressés et même violés par d’autres mineurs, des jeunes filles d’une quinzaine d’années disparaissent mystérieusement, faut-il être infantiste pour s’attaquer à ces fléaux, ou alors est-ce à l’ensemble de la société de s’en saisir ?

« Vivement dans trois semaines, on pourra casser du PD autant qu’on veut. », avait déclaré un militant d’extrême-droite après une agression homophobe commise à Paris dans la nuit du 9 au 10 juin 2024, faisant suite aux Élections Européennes dont on sait le sinistre résultat. Agresser les homosexuels, n’est pas l’apanage de l’extrême-droite militante, car dans notre société où la bien-pensance croît de plus en plus sur un substrat religieux toutes chapelles confondues, l’homosexualité redevient un vice. Or, comme le disait si justement Daniel Pennac : « On peut tuer avec des mots ! ».

La libération d’une certaine parole extrémiste, conduit à l’extinction de tout processus de réflexion commune : extrémisme de droite ou de gauche, extrémisme capitalistique, extrémisme religieux, et bien d’autres encore. Notre société prend un véritablement tournant étasunien. Ainsi, chacun est-il poussé à haïr son voisin, ses collègues et même ses proches, s’ils ne s’inscrivent pas dans un même schéma de pensée manichéiste.

Il serait tout de même grand temps de se questionner sur les tenants et aboutissants de ces processus de reculade, ainsi que d’identifier clairement à qui ils profitent. Nier les résultats de la démarche scientifique, pour lui substituer des vérités dites « alternatives », blâmer les services publics de la radio et de la télévision, pour y substituer des officines à infox et à propagande, pointer en permanence la misérable fraude sociale, pour mieux passer sous silence l’immonde fraude fiscale appelée joliment optimisation, ça fait penser à qui et à quoi ?

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