Cette extrême-droite sans imagination

Incapable de se créer un narratif propre et un propre narratif, l’extrême-droite recycle à tout va les actions honorables de ceux qui l’ont combattu antan...

Un regard on ne peut plus inspiré... Foto: kremlin.ru / Wikimedia Commons / CC-BY 4.0int

(Jean-Marc Claus) – « De grandes ambitions, mais aucune imagination », c’est ainsi que pourrait se résumer l’extrême-droite française. Qu’elle arrive au pouvoir ou pas, les caractéristiques dominantes de son ADN resteront inchangées, car telles sont les lois de la politi-génétique. Ripolinage et dédiabolisation n’ont que des effets superficiels, et une crise comme celle vécue actuellement par le RN-ex-FN, fait revenir le naturel au galop.

Aucune imagination, mais une redoutable organisation, comme à l’époque de la Rafle du Vel’ d’Hiv’, qui sans le soutien actif de l’État Français pétainiste, n’aurait jamais fait autant de victimes. De l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale, l’extrême-droite française s’est, en 1972, attribuée le nom Front National, qui de 1941 à 1949 était un mouvement de résistance communiste, dont les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) furent le bras armé. L’organisation s’était bien sûr dissoute, mais piller son nom, quand on a été l’exact opposé durant la même période, il faut oser.

Il faut oser, et il est bien connu que certaines catégories d’individus osent tout. Cette propension à s’attribuer les références de ce que l’on n’a pas été, ne s’arrête pas là. En 2016, l’association Front National de Science Po Paris, décidait de se nommer Jean Moulin, et fit sans vergogne l’apologie du grand résistant, qui ne serait pas tombé dans les griffes de Klaus Barbie sans l’aide de la France collaborationniste et vichyssoise, dont l’extrême-droite d’aujourd’hui est l‘héritière. Il faut dire que baptiser cette association d’étudiants fronto-nationalistes « Léon Gaultier », aurait rendu l’apologie du personnage plus délicate !

Pourtant Léon Gaultier, français de souche berrichonne, ancien membre de la Waffen-SS mort dans son lit à l’âge de 82 ans, fut en 1972 l’un des pères fondateurs du Front National. Mais de la Seconde Guerre Mondiale, il est plus valorisant de s’identifier à ceux qui ont combattu les nazis, histoire de se ranger du côté des vainqueurs pour se refaire une virginité. A cet effet, il existe toute une littérature négationniste et révisionniste, à laquelle Robert Faurisson, trop jeune pour s’engager en 1939-1945, a ardemment contribué jusqu’à son décès à l’âge de 89 ans, lui aussi dans son lit.

Dans une magnifique concordance des temps, peu après la visite de Jordan Bardella à Yad Vashem, Eric Zemmour, encore plus à l’extrême-droite que le RN-ex-FN, a été condamné pour avoir soutenu que Philippe Pétain avait « sauvé des juifs français ». On aimerait en rire, si ce n’était pas si grave. En fait, incapable de se créer un narratif propre et un propre narratif, l’extrême-droite recycle à tout va les actions honorables de ceux qui l’ont combattu antan, et compte sur l’amnésie historique du peuple français, pour apparaître bien sous tous rapports.

Mieux encore, les héritiers de ceux dont le racisme fut une valeur cardinale, osent se comparer à Martin Luther King et pourquoi pas Nelson Mandela tant qu’à faire ? Ah mais non, ça n’est pas possible, car à l’instar de Nicolas Sarkozy et quelques autres, même condamnée,Marie Le Pen n’ira jamais en prison. Nous ne sommes pas aux USA, où en son temps, même défendu par les meilleurs avocats, Dominique Strauss-Kahn n’a pas pu s’éviter un petit séjour de détention préventive à Rikers Island.

Longtemps loin derrière les thématiques de campagne favorites de l’extrême-droite, alors que toujours porté par celles de la gauche, le pouvoir d’achat est devenu pour le RN-ex-FN, un sujet rassembleur permettant de ratisser bien plus large que les traditionnelles diatribes xénophobes. Si en plus, on peut laisser (sous)entendre, que le pouvoir d’achat des (bons) Français diminue à cause des étrangers, c’est faire d’une pierre deux coups ! N’oublions pas au passage que le discours économique frontonationaliste, a basculé du libéralisme au protectionnisme.

Aucune imagination, mais une redoutable organisation, et le flop du rassemblement place Vauban de dimanche dernier, ne doit pas faire perdre de vue que c’est en se réappropriant le concept gramscien de la bataille des idées pour l’hégémonie culturelle, que droite dure et extrême-droite ont réussi à élargir la fenêtre d’Overton de l’opinion publique. Ceci au point de pouvoir dans leurs discours, inclure sans problèmes, des thématiques qui un quart de siècle plus tôt auraient été jugées inacceptables.

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste