Choisir les causes qui payent
S’impliquer dans les causes facilement pourvoyeuses de suffrages, et écarter celles qui risquent de coûter cher, telle est la stratégie.
« Médine, aux mélodies des minarets. Une bête noire qui vit trop près d’une maison d’arrêt. » Foto: MonsieurNas / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0
(Jean-Marc Claus) – L’affaire fait grand bruit dans le Landerneau, et la politicaille strasbourgeoise n’a pas fini de caqueter, car stimulée par l’écho national donné à ses indignations théâtrales. Le rappeur Médine ne serait pas pour certains le bienvenu dans la capitale européenne, alors que d’autres le défendent avec bec et ongles. L’extrême droite et ses associés, permanents ou temporaires, brandit le chiffon vert de la menace islamiste. L’extrême gauche et ses alliés habituels ou occasionnels, sort la bannière de la liberté d’expression.
Les premiers dressent un portrait tout en noirceur du rappeur responsable de dérapages, alors que les seconds angélisent celui qui, ayant effectivement reconnu certains torts, n’est pas pour autant exempt de toute ambiguïté. Médine est humain, toute humanité est faillible, alors que celui qui n’a jamais fauté, lui jette la première pierre, serait-on tenté de dire, et puis basta ite missa est !
A ceci près qu’en changeant de perspective, et en ouvrant plus largement son champ visuel, l’observateur lambda que chacun peut être, constate qu’en la bonne ville de Strasbourg, les indignations sont sélectives, très sélectives. Il faut en matière de stratégie électoraliste, toujours s’impliquer dans les causes facilement pourvoyeuses de suffrages, et écarter celles qui risquent de coûter (trop) cher.
Ainsi, autant l’affrontement des pro et des anti Médine, fait-il couler de l’encre (numérique) comme en son temps l’Affaire Dreyfus, autant est-il oublié que la judéité du valeureux capitaine, était le motif officieux de sa mise au ban. Or, en la riante capitale alsacienne, il est un autre scandale, contre lequel très peu se mobilisent, et surtout pas aux extrêmes de l’arc politique, chaque officine ayant son lot d’ultra(brutis)s, non seulement à préserver, mais aussi à contenter.
Le philosophe et professeur émérite à l’Université de Strasbourg (Unistra) Gérard Bensussan, avait été initialement engagé par un collectif de médecins du Centre Hospitalier Universitaire (CHU), pour donner à la mi-mai une conférence portant sur le vieillissement. Un sujet pouvant potentiellement intéresser tout le monde, et pas forcément susceptible de générer de la guérilla urbaine. Huit jours après la confirmation de son engagement, la conférence fut annulée, « pour des raisons de sécurité, qui ne pouvait pas être assurée dans un contexte actuel tendu. » (sic).
Une enquête est en cours au CHU, et vivement que lumière soit faite, sur les tenants et aboutissants réels de cette annulation au motif des plus inquiétants. Mais à ce propos, quels politiques se mobilisent et alertent l’opinion publique ? Il ne faudrait évidemment pas que ce méga-couac soit instrumentalisé à des fins partisanes. Mais tout de même, force est de constater que les faux apôtres de la liberté d’extrême gauche, ainsi que les tartufes de la laïcité d’extrême droite, ne pipent mot.
Défendre un professeur d’université israélite, peut-être infiniment plus coûteux et bien moins rentable en terme de stratégie électoraliste, que de défendre ou d’attaquer un rappeur musulman des cités. Une fois de plus, la théorie de la jonction des extrêmes, est démontrée par un cas concret, avec forcément toutes les nuances, dont leurs manœuvres et manigances hypocrites respectives, sont truffées façon pâté en croûte (fleurie) !
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