Convictions politico-religieuses et (mauvaise) santé
Les convictions politiques et religieuses sur la santé, n’ont pas que des conséquences personnelles.
Lorsque la santé est prise en otage par des convictions politico-religieuses, la science recule au bénéfice de la croyance. Foto: Cabblow / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int
(Jean-Marc Claus) – Les travaux de la chercheuse Catarina Santos, actuellement doctorante à l’Instituto Universitário de Lisboa, tendent à démontrer qu’au Portugal, les personnes religieuses et politiquement orientées à droite, sont plus susceptibles de recourir à des médecines alternatives et à adhérer à des théories complotistes relatives à la santé. Donc à devenir des cibles privilégiées pour la manipulation et la désinformation.
La désinformation en matière de santé publique, est un fléau dont en Europe, nous n’évaluons pas encore pleinement les conséquences. En septembre 2024, le magazine de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) traitait dans un article, de la lutte contre la désinformation. Ses trois auteurs s‘accordaient sur la nécessité d’agir précocement, en diffusant de l’information de qualité et en formant au développement de l’esprit critique.
Tout cela est bel et bon, mais quid des individus endoctrinés, évoluant dans des microcosmes politiques et/ou religieux, au sein lesquels l’esprit critique est justement proscrit ? Mieux encore, la seule critique autorisée étant celle de la société occidentale, ces mesdames et messieurs Je-Sais-Tout-Sur-Tout, confondent esprit critique et esprit de contradiction. Ce qui les conduit inévitablement à des prises de positions partisanes, dans lesquelles les biais cognitifs sont légions.
La pandémie de Covid-19 a montré en France à quel point le radicalisme peut fracturer la société : d’un côté un président qui avait très envie d’emmerder les non-vaccinés et il n’était pas le seul, de l’autre des non-vaccinés dont beaucoup adhéraient à des théories complotistes ou des pseudosciences, au milieu la majorité silencieuse des citoyens qui faisaient preuve de bon sens. La radicalisation en tous genres ayant progressé depuis, il y a fort à craindre que la prochaine pandémie fasse encore plus de victimes.
Si avoir des convictions aide à avancer dans la vie, manquer d’esprit critique envers ces mêmes convictions, les transforme en absolues certitudes qui seront tôt ou tard, forcément destructrices. La seule certitude que nous pouvons avoir sur terre, est que nous allons tous mourir. Pour le reste, tout le reste, ce n’est qu’affaire de convictions et de choix personnels. Or, l’engagement tant politique que religieux, et pire encore, lorsqu’il combine les deux, transforme très souvent la conviction en croyance et en fait alors une valeur absolue.
Les promesses n’engagent que ceux qui les croient, disait Charles Pasqua qui, en sa qualité d’animal politique, savait parfaitement de quoi il parlait ! Loin s’en faut, car l’engagement de militants s’emparant d’une promesse, peut par leur activisme avoir des conséquences sur des individus ne leur ayant rien demandé, et même plus largement sur l’ensemble la société. Il suffit pour s’en convaincre, de regarder aux USA, comment l’arrêt Roe versus Wade de 1973 faisant de l’avortement un droit fédéral, a été annulé en 2022 par la Cour Suprême, alors que 70% des citoyens étaient opposés à cette décision.
Dans un autre domaine, le recours à des professionnels de la santé mentale, souvent plus tardif chez les hommes que chez les femmes, avec toutes les conséquences désastreuses que cela implique pour la société, est bien en lien avec une vision politico-religieuse du monde dont le masculinisme ne représente qu’un aspect. Lorsque la santé est prise en otage par des convictions politiques et/ou religieuses, la science recule au bénéfice de la croyance. L’histoire de la médecine regorge d’exemples d’instrumentalisation de la santé, à des fins politico-religieuses les plus abjectes. Aujourd’hui, certaines politiques de santé tant en Europe qu’ailleurs dans le monde, ne manquent pas de questionner très fortement, quant à l’humanisme des buts visés et aux enjeux réels.
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