De cette palestinomanie…

Devenue pour certains une fixette façon monomanie des premiers temps de la nosographie psychiatrique, l’adhésion à un narratif convenu sur la Palestine, obscurcit bien des esprits.

C’est cela, va libérer la Palestine et vivre sous l’autorité du Hamas ! Foto: Mike Dickinson / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(Jean-Marc Claus) – Alors encore doctorant en 2024, le désormais docteur et enseignant chercheur en histoire contemporaine Thomas Maineult, s’interrogeait sur le pourquoi d’une telle mobilisation de la jeunesse, en faveur de la cause palestinienne depuis un demi-siècle. Il en faisait remonter une origine à la Guerre des Six Jours (1967), et soulignait la présence d’un« sentiment pro-arabe [...] de plus en plus perceptible au sein d’une fraction du monde gaulliste, dans différents groupes de chrétiens de gauche et au sein des partis de gauche comme le PSU de Michel Rocard, ou au sein du PCF, traditionnellement enclin à soutenir les mouvements anti-impérialistes. » (sic).

Présentée comme un modèle de lutte contre la colonisation et l’impérialisme, la cause palestinienne était alors associée à l’obtention de son indépendance en 1961 par le peuple algérien. La lente dégradation de l’image de l’État d’Israël depuis les années 1980, et l’augmentation progressive, puis récemment exponentielle des actes antisémites, sont maintenant une tendance lourde. Si la guerre contre le terrorisme d’Al-Quaïda et Daesh, ont au début du XXIe siècle, fait passer la cause palestinienne au second plan, depuis octobre 2023, elle occupe d’une manière ou d’une autre, une place importante dans l’actualité, et d’autant plus à l’occasion de la guerre menée contre l’Iran, par les USA et Israël.

Dans cette Europe qui fut le théâtre de multiples pogroms ainsi que de la Shoah, sont désormais tolérés des mouvements politiques légitimant un massacre de juifs, perpétré par des islamistes radicaux. Tolérés car, ceux proférant des slogans tels que « From de river to the sea » ou « Mort aux Juifs, mort à Israël », ne sont pas systématiquement poursuivis. Les keffiehs sont devenus tendance, tout comme le furent à une époque, les tee-shirts affichant le visage du Che, très peu de leurs possesseurs connaissant alors l’origine de la photographie et son auteur.

Que le Hamas ait pris le pouvoir à Gaza, pour y imposer une dictature religieuse proche parente de celles gouvernant l’Iran et l’Afghanistan, n’inquiète pas plus que ça la jeunesse militante occidentale. Il faudrait à propos de l’offensive de Tsahal, s’indigner de la mort de civils palestiniens servant de boucliers humains, à la lâcheté des sbires du Hamas, et renvoyer aux oubliettes de l’Histoire, les victimes de la barbarie des pogroms du 7 octobre 2023.

Ce que le sociologue franco-israélien Shmuel Trigano, nomme palestinisme, est pour lui une nouvelle idéologie, qu’il distingue de l’antisionisme devenu selon ses propres termes, classique et dépassé. Le palestinisme se développe dans trois groupes de la population : les immigrés arabo-musulmans d’Occident, les Palestiniens du Proche-Orient et les Occidentaux. Il n’est alors plus à démontrer comment l’habile importation du conflit proche-oriental en Occident, peut y faire basculer une partie non négligeable de l’opinion publique.

Ajoutez à cela une messianisation d’une Palestine fantasmatique, remontant aux années 1960, quand l’URSS instrumentalisait les populations locales, pour les faire adhérer à un narratif tiers-mondiste de lutte contre le colonialisme occidental, et le tour est joué. Très bien joué, car il dissimule aujourd’hui une guerre de religion, sous prétexte de revendications territoriales. Contrairement au Fatah qu’il a dégagé par les urnes en 2007, le Hamas promeut une idéologie islamiste, qui le met en phase avec les mollahs iraniens, d’où sa qualification de proxi.

Mais pourquoi les progressistes occidentaux, dont certains ont un très haut niveau d’études, ne voient-ils pas cela ? Parce que nul ne peut faire boire un âne qui n’a pas soif. S’il est très juste de fustiger le refus général du réel, pratiqué allègrement par Mister President Donald Trump and his Zany Big Band, ne serait-il pas aussi logique de stigmatiser le déni occidental d’une autre réalité bien précise ? Mais non, il est plus facile d’évoquer un certain antisémitisme d’atmosphère, histoire de renoncer à vraiment le combattre, ainsi que de parler de quête de transcendance et de recherche des racines, plutôt que d’endoctrinement religieux.

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